À la uneUQAMRapport sur la décentralisation : réfléchir à l’UQAM 2.0

Avatar Julie Levasseur18 octobre 20165 min

Le rapport sur la décentralisation organisationnelle et budgétaire à l’UQAM, commandé en mars dans la foulée du référendum sur la séparation de l’École des sciences de la gestion (ESG),suscite à la fois espoirs et inquiétudes depuis son dépôt le 27 septembre dernier. Permettra-t-il de dissiper le climat morose au sein de la communauté universitaire? Tour d’horizon des réactions.

Le rapport Dandurand-Tremblay dresse un portrait sombre de la situation uqamienne: lourdeur des structures, impact des compressions budgétaires, valeurs en questionnement. « Le statu quo n’est pas une option », peut-on y lire. Les consultantes suggèrent une décentralisation par les revenus combinée à une péréquation, ce qui accorderait une plus grande autonomie financière et académique aux facultés et à l’école tout en assurant l’équité.

Le doyen de l’ESG, Stéphane Pallage, partage cet avis. « Nous sommes à plus de 200 millions de dollars de déficits accumulés. Il est temps de changer de cap et de nous redynamiser », juge-t-il. M. Pallage ajoute que l’approche « one-size-fits-all » traditionnelle n’est plus adaptée. La décentralisation par les revenus recommandée par le rapport — et demandée par l’ESG depuis des années — permettrait alors à chaque faculté et école de gérer son budget selon ses priorités. Selon lui, l’UQAM aurait ainsi tout à gagner. « Le modèle proposé rapproche les décisions de la base et permettra de surmonter les problèmes financiers de l’institution », croit-il.

À la Faculté des arts, le doyen Jean-Christian Pleau observe une ouverture des membres à la réflexion, mais la position officielle reste à construire et elle pourrait aller, à son avis, « dans une direction comme dans l’autre ». Il souligne que le rapport est un répertoire de changements duquel plusieurs scénarios pourraient découler. Selon lui, une bonne mise en œuvre est possible à condition d’être faite de façon démocratique et solidaire, sinon « on reste avec des facultés divisées qui s’entredéchirent autour des ressources pour survivre. »

Sur le mode abstrait, la décentralisation est désirable; dans la réalité, ça reste à voir plus en détail…
Jean-Christian Pleau, doyen de la Faculté des arts de l’UQAM

Le doyen de la Faculté de communication, Pierre Mongeau, rappelle qu’il s’agit d’un vieux débat puisque le premier rapport à ce sujet date de 1973. « Une chose est sûre, il faut remettre en question la façon dont les décisions sont prises », atteste-t-il. M. Mongeau soutient que les valeurs qui caractérisent l’UQAM, notamment la collégialité, doivent demeurer. À son avis, il faut maintenir des instances responsables des enjeux institutionnels afin de « [conserver] la rigueur nécessaire pour éviter les dérapages. »

Comme ses collègues, le doyen de la Faculté des sciences, Luc-Alain Giraldeau, insiste sur l’importance de la péréquation pour soutenir les facultés moins rentables. Même s’il reconnaît qu’un tel changement soulève de l’inquiétude, le doyen pense depuis longtemps qu’une décentralisation est nécessaire, car « les modes de gestion actuels n’offrent plus l’agilité requise pour faire compétition aux autres universités. »

Tous les doyens interrogés ont l’intention de rencontrer les membres de leur faculté afin de vulgariser le rapport Dandurand-Tremblay et discuter des enjeux. « C’est l’occasion de se demander ce qu’on veut que soit l’Université dans dix ans et d’actualiser l’UQAM version 2.0 », indique M. Mongeau.

Inquiétudes syndicales

Bien que le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ) n’ait pas encore pris position officiellement, la présidente Marie Blais se dit inquiète des conclusions du rapport. « Nous avons examiné les modèles de décentralisation dans d’autres universités et ce n’est pas toujours la formation qui est la priorité », fait-elle observer. Les membres du SCCUQ veulent avoir voix au chapitre des prises de décisions, mais craignent d’être mis devant le fait accompli. « On a entendu des collègues des universités de Montréal et Laval qui vivent la décentralisation et qui nous disent que c’est le Moyen Âge, que ce n’est pas très démocratique malgré les promesses de collégialité », raconte-t-elle.

Le Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ) n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Montréal Campus.

La communauté consultée

La direction de l’UQAM a mis en ligne un site wiki pour recueillir les commentaires quant aux suites à donner. De l’avis du recteur Robert Proulx, cette consultation publique est la principale différence entre le rapport Dandurand-Tremblay et ceux qui l’ont précédé. « Jusqu’alors, il n’y avait pas place à la discussion donc naturellement, les gens étaient plus sur la défensive », estime le recteur.

M. Proulx croit que la décentralisation suggérée offre plusieurs bénéfices, car les regroupements disciplinaires pourraient améliorer leurs finances en travaillant sur l’augmentation des revenus et non pas uniquement sur la compression des coûts. « L’imagination qui existe dans les unités de base, et qu’on ne retrouve pas dans les hautes sphères bureaucratiques, peuvent donc être mises à l’œuvre pour inventer de nouvelles façons d’amener de l’eau au moulin », explique-t-il.

Le recteur ne craint pas une « balkanisation » de l’Université, c’est-à-dire sa fragmentation en plusieurs petites cellules autonomes, même s’il reconnaît l’existence d’un risque à cet égard. « Sachant les avantages, on va les maximiser, et connaissant les menaces, on va se doter de principes pour garantir que la structure ne sera pas utilisée à l’encontre de nos valeurs », laisse-t-il entendre. Quant à déterminer quelles sont les valeurs en question, la balle est dans le camp des uqamiens.

Photo: CATHERINE LEGAULT
L’ESG avait lancé au printemps dernier un ultimatum à l’administration de l’UQAM afin qu’elle décentralise sa structure sous peine de se séparer de l’Université.

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