À la uneCultureLe meilleur des condos | Critique de la pièce Unité modèle

Avatar Samuel Lamoureux18 avril 20163 min

C’est une pièce classique et avant-gardiste, forte et fragile, virile et délicate… Guillaume Corbeil frappe dans le mile avec Unité modèle, un texte vif dénonçant nos rêves préfabriqués et notre culte de l’image.

Les comédiens Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille incarnent sur les planches du théâtre d’Aujourd’hui deux employés de la compagnie Diorama, qui offre des logements aux jeunes couples les plus branchés. Derrière eux se retrouve notre rêve à tous: un condo. Mais pas seulement un type de condo, non! Il y a tout d’abord celui pour célibataire, puis pour couple. Un autre plus grand pour mettre les enfants et, à la fin, Diorama vous offre même un condo pour personne âgée. Si vous avez des problèmes financiers, pourquoi pas un condo logement social ?

À travers une narration double – une première directement envers le public pour vendre le condo et une deuxième entre les deux comédiens pour jouer le couple parfait investiguant les lieux – les interprètes dénoncent les rêves mous de notre époque. Si au départ le texte nous offre un monde qui se bâtit déjà sous nos yeux dans nos quartiers, la pièce s’enlise tranquillement dans l’anticipation où le condo engloutit toute la société. À la fin, le complexe Diorama offre même sa clinique privée et son église multiconfessionnelle, qu’a-t-on besoin de plus ? N’est-ce pas le meilleur des mondes ?

La force d’Unité modèle réside sans contredit dans les divers niveaux d’interprétations du texte. Car, au fond, le mode de vie que dénonce Guillaume Corbeil est pratiqué par plusieurs habitués du Théâtre d’Aujourd’hui. Il serait intéressant de faire le sondage: combien de spectateurs dans la salle possèdent également un condo ? Probablement beaucoup, mais ceux-ci peuvent rire des blagues plus légères, et les autres, vraiment apprécier la douce ironie.

Unité modèle, c’est aussi un décor puissant et beau. On sera surpris de voir chaque mur et objet transformés en écran numérique pour faire défiler les choix de matériaux pour l’aménagement idéal.

Le jeu des comédiens est solide, surtout lorsqu’il est question de jeu comique. Les punchs sont bien étalés dans la courte représentation d’une heure quinze qui passe comme une comète. Parions que certains en redemanderont.

La pièce a la force de provoquer plusieurs sentiments, parfois même opposés. Si certains ressortiront du théâtre avec un large sourire amusé, d’autres seront beaucoup plus dans le malaise et la révolte. Guillaume Corbeil n’a pas dû regarder bien loin pour imaginer sa dystopie. Ces nouveaux quartiers sont à nos portes, et le vide aussi. Si l’art ne peut pas changer réellement les choses, il doit au moins les décrire.

La pièce Unité modèle est présentée au théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 7 mai 2016.

Photo : Valérie Remise choix média

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *