À la uneCultureTraverser le multivers | Critique de la pièce Love U Lovecraft

Avatar Catherine Drapeau29 mars 20163 min

La peur la plus ancienne et la plus violente est celle de l’inconnu, disait H.P Lovecraft. Quand divers univers se rencontrent, la frontière entre le rêve et la réalité s’estompe, se dissipant dans un épais brouillard où la raison se perd à travers de curieuses émotions. La pièce Love U Lovecraft met en scène cette angoisse qui mène vers le délire et la perte de repères, dans une création collective inspirée de l’œuvre du parrain de la science-fiction contemporaine.

Une météorite termine sa chute au milieu d’un champ. Dans le quartier, des bruits font écho à la «lande foudroyée», ce terrain plongé dans la brume où des évènements surnaturels se produisent. Un jeune couple anglophone, les Gardner, emménage dans la vieille demeure campée dans ce décor effrayant. Les fruits du jardin y ont un goût amer et les animaux de la ferme y souffrent d’étranges malformations. Un silence assourdissant meuble l’atmosphère et le sommeil de Madame est hanté par d’inquiétants cauchemars. Ces multiples phénomènes inexplicables plongent ses locataires dans l’angoisse. L’antre possédé constitue un lieu de rencontre où plusieurs univers communiquent entre eux.

Le nouveau projet de The Other Theater propose une mise en scène de Stacey Christodoulou, à partir d la célèbre nouvelle La couleur tombée du ciel, publiée par l’auteur américain Howard Phillips Lovecraft en 1927. Ancrée dans un décor délabré, gris et poussiéreux, l’atmosphère se veut mystérieuse et inquiétante. L’absence de couleurs crée une vision noire et négative de ce monde bizarre.

Les sens restent en alerte. Le spectateur flaire l’anormalité des lieux possédés à travers l’ambiance sonore, elle aussi angoissante dans cet univers tourmenté. Les textures et les jeux d’ombres amplifient cette atmosphère accablante et préoccupante.

L’œuvre expérimentale intègre aisément la danse aux mouvements des comédiens dont le résultat sert beaucoup l’émotion véhiculée à travers la pièce. Les corps transpirent le trouble. Ils semblent possédés par les esprits, car le psychique l’est également.

Le texte, bilingue, joue avec l’imaginaire et invite à plonger dans plusieurs mondes, dont celui du subconscient. Différentes visions de l’histoire sont présentées, soit celle du récit vécu par les protagonistes principaux, le couple habitant la maison hantée, et celle des narrateurs qui présentent les faits.

Au final, Love U Lovecraft présente un récit fantastique qui illustre l’étrangeté des phénomènes inexplicables. Mais faut-il absolument trouver un sens à ces derniers? La pièce fait réfléchir sur l’impact que peuvent avoir les perceptions et le mental sur l’existence. Où est la limite entre le rêve et la réalité? Le point de vue avec lequel l’humain décide de regarder l’univers détermine son bonheur (ou son malheur), car tout est relatif.

La pièce est présentée au Théâtre Lachapelle jusqu’au 2 avril.

Photo : Maxime Côté

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