À la uneCultureMaddin trop Maddin | Critique du court-métrage Bring Me The Head Of Tim Horton

Avatar Zacharie Lareau5 décembre 20152 min

Le David Lynch canadien, Guy Maddin, ne chôme pas. Après la sortie de l’impressionnant The Forbidden Room cet automne, le voici avec Bring Me The Head Of Tim Horton, un court-métrage qui déphase le spectateur et redéfinit les limites du making of.

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Présenté en primeur québécoise dans le cadre d’un programme double projeté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), Bring me the Head of Tim Horton est un court-métrage nous présentant les coulisses du film canadien à grand budget Hyena Road (2015), réalisé par Paul Gross. Évidemment, Maddin n’a rien fait de tout ce que l’on peut s’attendre d’un making of conventionnel. Le court commence avec une narration du réalisateur qui explique avoir été engagé comme figurant sur la production du film, car celui-ci s’était gravement endetté pour réaliser son dernier film The Forbidden Room (2015). Il se sentait pitoyable de se réduire à un simple figurant alors il a pris une caméra et a décidé de réaliser un making of avec l’aide d’Evan et Galen Johnson. Maddin en profite pour filmer certaines scènes du film en tournage et construit une narration (une dysnarration dans ce cas-ci) grâce à un montage psychédélique. Le film présente entre autres des scènes ayant lieu sur fond vert sans numérisation, des scènes de guerres sans son ajouté, et d’images du réalisateur qui dort sur le sol.

Avec son humour noir habituel, Maddin dépeint l’industrie du cinéma canadien de manière à la rendre complètement absurde et dénuée de sens. Bring me the Head of Tim Horton est une fresque colorée à saveur nationaliste qui s’autoréfléchit de manière à déstabiliser le spectateur. Comment un réalisateur ayant foulé les podiums des plus grands festivals de cinéma mondiaux peut-il se retrouver figurant dans un film de série B canadien? C’est la question que Maddin soulève par le biais d’une spirale absurde du langage visuel, qui emmène le spectateur à réfléchir sur la quête identitaire du cinéma canadien. Un cinéma d’invisibilité, dans l’ombre d’une industrie saturée par les mégas-productions américaines qui dénaturent l’essence même du septième art. L’esprit créatif surréaliste de Maddin réussit encore une fois à déranger et à redéfinir les barrières du cinéma.

En deuxième partie, un documentaire sur le réalisateur était présenté. The 1000 Eyes of Dr.Maddin (2015) est un bio-documentaire retraçant le début de la carrière de Maddin jusqu’à la plus récente production de ce dernier. Une grande partie du film était filmée au Centre Pompidou à Paris où avait lieu le tournage de The Forbidden Room. Le documentaire s’adresse surtout aux admirateurs de Maddin, mais aussi aux cinéphiles. Yves Montimayeur survole la vie du réalisateur avec une très belle fluidité et nous offre un document important et unique. The 1000 Eyes of Dr.Maddin est à voir pour les passionnés du cinéma de Guy Maddin.

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