À la uneCultureRéanimer le goût de l’aventure | Entrevue avec trois invités d’honneur du Salon du livre 2015

Avatar Ericka Muzzo27 novembre 20154 min

Au-delà de la foule, de la cacophonie et des couleurs qui éblouissent, se tiennent des auteurs dont la passion ne cesse de nous faire vibrer. 38ème édition d’un évènement qui honore la passion de la lecture à partager, le Salon du livre 2015 était une incursion dans le monde de l’écriture.

Ils sont uqamiens, ils sont écrivains, et surtout ils sont invités d’honneur au Salon du livre 2015. Plongée dans les univers littéraires de Larry Tremblay, Gilles Laporte et Audrée Wilhemly, entre séances de dédicaces et conférences.

«Je ne suis pas nécessairement dans un personnage, je suis dans tous les personnages, dans tous les points de vue», explique Larry Tremblay, écrivain dramaturge dont la réputation n’est plus à faire. Longtemps professeur de théâtre à l’UQAM – d’abord de théorie, puis de jeu – il confirme qu’enseigner a incontestablement été une source d’inspiration profonde. «Diriger continuellement des scènes, évidemment ça donne le plaisir du texte théâtral, souligne-t-il. Ce qui fait qu’à un moment, tout chez moi devenait pièce de théâtre.»

Le plus récent roman de Larry Tremblay, L’Orangeraie, est lu dans de nombreux cégeps et a notamment remporté le Prix littéraire des collégiens, édition 2015. Cela peut surprendre quand on sait qu’y sont traités les violences et les atrocités de la guerre. L’auteur est le premier à en être agréablement étonné. «C’était une leçon pour moi de comprendre qu’une œuvre écrite sans cibler un lectorat trouve son public, et parfois on a de magnifiques surprises.»

Des envies de grandeur

«J’ai une formation d’historien, mon corps est historien, mais j’ai des marques que la vie m’a laissées, et certainement l’enseignement est une de mes cicatrices», énonce Gilles Laporte. Le spécialiste de la Rébellion des Patriotes n’est pas qu’essayiste. À ses yeux, la bande dessinée permet de rejoindre un public plus jeune, friand d’histoires mais réticent à s’attaquer à un roman. «Cinq pages, pas plus, pour aller chercher les 12-17 ans. Les gens veulent ouvrir des livres, mais encore faut-il que les livres soient faits pour eux», explique-t-il. Pourquoi les adolescents? «Pour leur donner des modèles. On fonctionne beaucoup par exemplarité, on imite, affirme-t-il. Il y a des beaux cas de modèles dans l’histoire du Québec, des modèles hot!»

Et l’historien de se lancer dans des anecdotes qui plongent aux confins du Québec: Marie-Anne Gaboury, Émilie Fortin-Tremblay, Marie Rollet et Louis-Joseph Papineau, autant de héros que Gilles Laporte côtoie lui-même dans ses lectures depuis toujours. «Je suis resté un peu «tit-gars». Je relis Octave Crémazie, Louis-Fréchette, Philippe Aubert de Gaspé, c’est l’héroïsme, la grandeur!», raconte-t-il en s’animant. C’est l’absence de cette envergure que reproche Gilles Laporte à la littérature actuelle. Trop de drames intérieurs, de personnages «pas accouchés», métaphore d’un peuple québécois à la recherche de lui-même.

Réfléchir la passion

En continuant dans la veine folklorique, on risque de trouver le célèbre conte Barbe Bleue, qui nous fera tomber sur la revisite qu’en fait Audrée Wilhelmy dans Les Sangs. «J’aime beaucoup l’univers du conte parce que nos premières histoires, nos premier fantasmes sont construits là-dessus. Ça vient chercher un morceau d’imaginaire qui est très enfoui, mais qui habite tout le monde», raconte-t-elle. Les romans d’Audrée Wilhelmy ont cette particularité d’éveiller les pulsions, l’enfoui, les racines primitives à travers des univers décalés, parfois décadents.

«C’est pratique d’être dans un univers littéraire qui est glauque, très imaginaire, précise-t-elle. Ça me permet de jouer avec un regard décalé, protégé du réel.» Ces univers, la jeune auteure les crée par ses personnages; et pour écrire ses personnages, elle passe invariablement par le dessin. C’est d’ailleurs là le sujet de son doctorat à l’UQAM. «Je me demandais quel impact le dessin, les images, la recherche d’illustration peuvent avoir chez les autres auteurs», énonce-t-elle. C’est une des multiples réflexions que porte Audrée Wilhelmy sur la créativité, un sujet qu’elle aborde aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur. Réfléchir la créativité, repousser les limites. Ainsi va Audrée Wilhelmy, qui par une structure de romans détaillée se plaît à repousser les barrières de la violence, de l’érotisme et de l’exploration de l’art.

Trouver le temps

S’il peut être difficile de résister au rythme effréné que semble parfois prendre le temps, il serait à jurer que celui-ci se suspend lorsqu’on plonge dans les univers décrits par les Tremblay, Laporte et Wilhelmy de ce monde. À voir la cohue qui déambulait dans les rayons aux odeurs d’encre et de papier, il semble que le livre va bien. Quoiqu’il se passe, il y aura toujours cette recherche d’évasion, ce goût de l’aventure, cet enfant qui rêve d’héroïsme.

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