À la uneCultureUn hommage très pointu

Avatar Samuel Lamoureux27 septembre 20154 min

Le Théâtre d’Aujourd’hui promet un rendez-vous très «catharsisant» avec la pièce Sauvageau Sauvageau, mais c’est plutôt un texte fort et lourd qui est servi aux anciens et nouveaux admirateurs de l’auteur maudit.

Son histoire est celle des grands génies rongés par l’angoisse. Yves Sauvageau, peu connu en dehors des cercles littéraires, avale 36 comprimés d’acide à l’entrée des forces canadiennes en octobre 1970. Il avait 24 ans. Pourtant, plusieurs le voyaient former cette nouvelle relève d’auteur, cette modernité québécoise tant attendue.

Et maintenant 45 ans plus tard, c’est le metteur en scène Christian Lapointe (Tout Artaud) qui nous remet cette tragédie à la gorge, ce suicide encore brûlant au visage. Le tout en duo, ou plutôt en duel entre deux comédiens. Paul Savoie dans le coin droit, incarnant avec lucidité Yves Sauvageau à 69 ans, qui aurait donc survécu, et dans le coin gauche, le jeune Gabriel Szabo, jouant le personnage original à la merci du désespoir.

Tout est en place donc pour un rendez-vous émotionnel, un hommage à la sensibilité québécoise. Les cinq premières minutes de la pièce nous l’indiquent. C’est qu’une projection centrale nous fait voir et entendre les témoignages d’époque des plus fins analystes québécois, tel Gaétan Labrèche. Tous s’inclinent devant Sauvageau, et sa pièce Wouf Wouf, moderne et innovante. Il y a même ce piano tout ouvert jouant seul quelques tristes notes. «J’ai mal au cœur de trop avoir rêvé». Ça y est, on y est, la tragédie, le sensible, les émotions, et puis… non.

S’en suit une pièce terriblement axée sur le texte, celui-ci étant lucide, mais d’une lourdeur insupportable, délivré avec un flot ininterrompu. Il est facile de percevoir la stratégie du metteur en scène: c’est qu’il est impossible de suivre tout le texte. Le cerveau humain même des plus concentrés, s’y perd en cinq minutes. Le but est de jouer avec la concentration des gens, de les bombarder d’un texte significatif, trop lourd pour eux comme l’était la vie pour Sauvageau. «Suis-je une œuvre d’art libre ou une erreur de Dieu», répétera justement Gabriel Szabo vers le milieu de la représentation.

La question se pose, mais n’étions-nous pas tous au théâtre pour vivre et pleurer? Une angoisse s’installe rapidement dans la salle du Théâtre d’Aujourd’hui, les gens se regardent un peu, sommes-nous au bon endroit? Quelques questions restent d’ailleurs sans réponses, pourquoi ce piano, pourquoi le public est-il si éclairé, etc. La réponse est probablement dans la touche de Christian Lapointe. Il n’y a pas de doute, celui-ci s’est approprié l’œuvre très bien, mais c’est Sauvageau qu’on voulait voir, pas lui.

Note : 3/5

Crédit photo : Valérie Remise

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