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Avatar Jean-Philippe Guilbault27 septembre 20155 min

Peu de temps après sa sortie, le jeu pour appareils mobiles produit à Montréal PewDiePie : Legend of the Brofist trône déjà au sommet du Apple Store. L’industrie des jeux indie montréalaise continue d’épater la galerie grâce à la coopération de ses acteurs principaux.

Le nouveau jeu a démarré à la suite d’un défi du Suédois Felix Kjellberg, personne la plus suivie sur Youtube avec 39 millions d’abonnés. Critique de jeux vidéo, celui connu sous le pseudonyme de PewDiePie a lancé un concours afin de créer un jeu en 72 heures. La compagnie de jeux vidéo indépendants montréalaise Outerminds a décidé d’articuler son projet entièrement autour du Suédois, attirant son attention. Une version complète du jeu a nécessité huit mois de travail à la compagnie et la réaction des fans est unanime : «Même les personnes qui détestent PewDiePie disent que ça les écoeure qu’il fasse encore plus d’argent, mais que le jeu est bon», rigole le gestionnaire de communauté pour Outerminds, Guiz de Pessemier.

Legend of the Brofist cumule déjà une note moyenne de 4,98 sur 5 sur les plateformes d’Apple et d’Android. Membre de l’incubateur Execution Labs, la firme Outerminds côtoie d’autres acteurs du milieu indépendant, partageant leur expertise. «Je pense que d’avoir fait partie de ce programme-là nous a vraiment aidés», souligne Guiz de Pessemier. «[Sans Execution Labs] on y serait probablement arrivés, mais on aurait probablement beaucoup moins dormi!» C’est le volet commercialisation qui a été le plus gros défi des sept employés qui ont refusé de collaborer avec un gros joueur de l’industrie, sans vouloir révéler lequel. «C’est un défi pour tout le monde», souligne le journaliste techno du quotidien La Presse, Jean-François Codère. «Il y a des gros studios de production à Montréal, mais leur marketing ne se fait pas ici.» Pour les géants nord-américains, le marketing se fait par des firmes souvent situées à San Francisco, aux États-Unis.

La renommée de la scène vidéoludique montréalaise tient principalement de son dynamisme et les employés d’Outerminds admirent la collaboration entre les petites firmes. Sans pouvoir donner plus de détails car le projet est trop récent, Guiz de Pessemier indique qu’une nouvelle Guilde des développeurs de jeux vidéo du Québec aide maintenant à établir un rapport de force pour l’obtention de programmes d’assurances collectives ou à partager des compétences diverses. «C’est de la coopération, pas de la compétition», résume le programmeur et co-fondateur de Outerminds, Alexandre Caron.

Du 8 bits 2.0

Jeu de plateformes en deux dimensions (comme Super Mario Bros.), PewDiePie : Legend of the Brofist entraîne le joueur dans l’univers déjanté de Felix Kjellberg et de cinq autres vidéastes amateurs bien connus de Youtube : Marzia (la copine de PewDiePie), CinnamonToastKen, JackSepticEye, Cryaotic et Markiplier. Si ces noms ne disent rien au commun des mortels, il n’est pas nécessaire d’être au fait de la culture Youtube pour profiter du nouvel opus d’Outerminds. L’humour absurde et les nombreux clins d’œil adressés aux premiers jeux vidéo satisferont ceux qui ne connaissent pas déjà le protagoniste de Legend of the Brofist. L’équipe montréalaise a misé sur une signature visuelle complètement rétro agrémentée de prouesses techniques contemporaines. «Aujourd’hui on a la possibilité de réutiliser le style, mais avec la nouvelle technologie, illustre Alexandre Caron. Donc on peut pousser les gameplay, on peut pousser le design des parcours, on peut pousser le jeu au complet pour qu’il soit encore plus le fun, mais en gardant tout cet esprit nostalgique.» La musique et les sons, par exemple, sont plus riches dans le jeu d’Outerminds que dans ce qui se faisait autrefois. «On n’est plus limités par la cassette», conclut Guiz de Pessemier.

Jeux et société

Pour la professeure et responsable de la concentration Jeux vidéo et ludisme de la maîtrise en Communication de l’UQAM, Maude Bonenfant, l’émergence de petites firmes indépendantes dans le paysage montréalais est bénéfique pour l’industrie, mais aussi pour l’ensemble de la société : «Ça permet de faire éclater le nombre de jeux […] et on sait que c’est dans l’entreprise indépendante qu’apparaîtront des innovations en terme de représentations sociales, de représentations des avatars féminins, de questions sociales plus larges et de diversité de gameplay», explique-t-elle.

Les étudiants de l’UQAM choisissant cette spécialisation ont justement pour défi d’analyser les jeux vidéo comme phénomène de société. «C’est que c’est un lieu de communication, de socialisation, mais c’est aussi un vecteur de discours, c’est-à-dire que les jeux vidéo portent en eux-même un certain discours sur la société et sont produits de la société», explique Maude Bonenfant. La professeure donne en exemple le cas de PewDiePie, dont la popularité sur le web est le fruit d’une société se gavant de médias sociaux.

Les millions d’admirateurs de PewDiePie seront donc extrêmement utiles à Outerminds pour assurer le succès de leur produit qui pourrait charmer de nouveaux fidèles. «S’ils réussissent à obtenir une plate-forme pour faire voir leur talent, c’est certain que ça va leur donner un bon coup de main», prévoit Jean-François Codère.

Crédit photo : engadget.com

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