À la uneCultureS’accorder au rythme des générations

Avatar Camille Lopez4 février 20153 min

L’Orchestre symphonique de Montréal revisite sa programmation, pour plaire aux jeunes, qui remplaceront la marée de têtes grises de son public.

Dans la salle de concert de la Maison symphonique, les jeunes sont faciles à repérer, puisqu’il y en a peu. Dans plusieurs cas, ils ont un intérêt personnel pour la musique classique, selon la gérante de l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal OSJM, Michèle-Andrée Lanoue. «Lorsque je vois quelqu’un dans la vingtaine à la Maison symphonique, une fois sur deux, je connais la personne puisqu’il s’agit d’un musicien», avance-t-elle. Pour qu’un public plus jeune s’intéresse à son calendrier, la Maison symphonique accueille des artistes populaires et organise des activités aux tendances actuelles.

Aujourd’hui, les jeunes représentent 20 % du public de l’OSM. Si ce nombre peut paraître bas, il représente toutefois une amélioration depuis quelques années. «C’est important pour nous de démontrer que la musique classique touche tout le monde», avance le directeur du marketing et du développement de l’OSM, Gilbert Brault. Cette idée dirige les initiatives de l’orchestre depuis les dernières années. Avec des programmes comme OSM POP, qui invite des artistes populaires à se produire de concert avec l’orchestre, les salles se remplissent rapidement, mais l’idée n’est pas de remplacer l’orchestre classique par un groupe connu. «On arrange la musique populaire en musique classique. Par exemple, avec Mika, ses chansons sont réarrangées en version symphonique», ajoute le directeur. D’autres options, comme les tarifs modiques pour les moins de 34 ans et les billets de dernière minute pour les spectacles réguliers à prix réduit sont aussi séduisants pour les étudiants avec un budget serré.

«La musique classique est prise avec une image quelque peu rigide, pense Michèle-Andrée Lanoue. Les gens ne se présentent pas au concert, ils pensent ne pas avoir leur place là puisqu’ils ne connaissent pas ça, qu’ils ne sont pas de fervents mélomanes. Ils ont peut-être peur de ne rien comprendre.» Selon elle, les programmes jeunesse de l’OSM servent à vulgariser la musique classique et, ainsi, à attirer un public curieux de découvrir d’autres formes de musique.

«C’est sûr que les jeunes ont tendance à aller vers des musiques avec lesquelles ils peuvent s’identifier. Ils veulent créer des liens avec des gens qu’ils connaissent. Ce phénomène, c’est un frein pour nous, puisque la majeure partie des musiciens ne sont pas connus», explique le pianiste de renommée et professeur de musique à l’UQAM Stéphane Aubin. Il considère que les programmes de l’OSM, qui mélangent les genres de musique, vont dans la bonne direction pour piquer la curiosité d’un public plus jeune, mais que la transition sera ardue. «Le changement d’audience ne sera pas miraculeux. Je ne pense pas que les salles vont plus se remplir maintenant», continue-t-il. Michèle-Andrée Lanoue est d’accord, le changement ne se fera pas du jour au lendemain. Selon elle, il faudra une multitude de projets pour arriver à rajeunir le public. «Je crois que c’est une multiplicité d’initiatives, et pas seulement OSM POP, qui fera en sorte qu’il y a aura un changement», explique-t-elle.

Le prix pour assister à un concert est un autre élément à considérer. «Un orchestre, c’est un produit de luxe et ça coûte extrêmement cher, avance Stéphane Aubin. S’il n’y avait pas de problème d’argent, il n’y aurait pas de problème d’auditoire.» En encourageant les plus jeunes à fréquenter la Maison symphonique tôt, Gilbert Brault pense que leur intérêt pour la musique classique se développera progressivement. «Je ne suis pas sûr qu’un jeune qui a assisté au concert de Simple Plan avec l’OSM, par exemple, va s’acheter un billet pour un spectacle de musique classique l’an prochain. Mais il y a une transition vers les concerts réguliers.»

L’appréciation de la musique classique serait une question de génération, selon Stéphane Aubin. «À partir d’un certain âge, il y a un renouvellement d’intérêt pour la musique classique, remarque-t-il. Ceux qui étaient jeunes il y a des années ne s’y intéressaient pas, eux non plus. La situation d’aujourd’hui n’est pas pire qu’avant.» Selon lui, la musique classique demande une qualité d’écoute qui fait peur aux jeunes. «Il faut avoir le temps d’écouter, d’apprécier», ajoute-t-il. Il avance aussi que si un public plus âgé apprécie davantage la musique classique, c’est parce qu’elle véhicule des valeurs différentes des autres styles. «Sa fonction est différente, c’est une musique de recueillement, qui n’a pas besoin d’artifices. Elle peut se suffire à elle-même.» Lorsque Mika foulera les planches de la Maison symphonique, certains partisans feront connaissance avec un orchestre classique pour la première fois. Il reste à voir si ils y retourneront une deuxième fois.

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