À la uneCultureLe Québec au bout des doigts

Avatar Daphnee Malboeuf21 janvier 20154 min

Le documentaire interactif prend d’assaut les plateformes numériques et s’illustre auprès de son auditoire. Découverte d’une technologie qui promet grand.

Parmi les plus gros joueurs en matière d’innovation numérique, le Québec est considéré comme un chef de file. Depuis cinq ans, la Belle Province fait tourner des têtes sur la scène internationale avec un nouveau genre: le documentaire interactif. Créés sur des plateformes numériques, comme des applications pour téléphones cellulaires et tablettes, les documentaires interactifs offrent un tout autre pouvoir d’accès au contenu, 24 heures sur 24, sept jours par semaine.

De concert avec d’autres sociétés comme la chaîne franco-allemande ARTE, l’Office national du film du Canada (ONF) a rapidement pris sa place dans ce nouveau domaine. Les créateurs d’ici se sont illustrés partout sur la planète. «Chaque fois qu’il y a une œuvre qui sort, tous les créateurs de documentaires interactifs du monde suivent de près tout ce qui se passe à Montréal», atteste le producteur exécutif du studio interactif au programme français de l’ONF, Hugues Sweeney. Pour la doctorante en médias interactifs Karelle Arsenault, le documentaire interactif est une œuvre qui comporte trois caractéristiques prin- cipales. «D’une part, c’est hyper médiatique, ce qui veut dire que ça fait appel à plusieurs formes de médias, donc on a du filmique, des images en mouvement, il y a des pistes audio qui peuvent être à part, des images figées et du texte», raconte-t-elle. Parfois, l’auteur travaille avec le public pour créer son œuvre en ajoutant un espace de commentaires pour créer une dynamique de discussion similaire à celle des réseaux sociaux. Même la création de certaines œuvres relève donc de l’interactivité.

Dans le documentaire interactif de l’ONF Fort McMoney, conçu pour le web et la tablette numérique iPad, les participants sont appelés à prendre les commandes d’une réplique de Fort McMurray, ville albertaine où l’on extrait chaque jour plus d’un million et demi de barils de pétrole. Citoyens virtuels temporaires, ils participent à des référen- dums où ils doivent exposer leur vision de l’exploitation pétrolière, pour ainsi pouvoir mieux comprendre les enjeux reliés aux sables bitumineux. En 2009, l’Office national du film du Canada (ONF) a pris le virage numérique de deux façons. «Nous avons créé onf.ca, une plateforme où les gens peuvent visionner toutes nos archives, explique-t-il. L’autre branche a été plutôt créée pour consacrer 25% de la production à de la production interactive.» En cinq ans, le Québec s’est vu couronné à plus de 80 reprises aux échelles nationale et interna- tionale. Le véhicule Internet était une bonne façon, pour l’ONF, de cibler un auditoire plus proche de la vingtaine et de la trentaine. «L’une des motivations principales était d’aller chercher l’attention du public de façons différentes», se souvient le producteur.

Briser les conventions

Le documentaire interactif se distingue par son accessibilité et son facteur immersif qui permet au public d’interagir directement avec l’œuvre. Différentes formes s’offrent au public. «Il y en a qui sont plus de style jeu vidéo, plus ludiques, où le spectateur devient un acteur du documentaire, comme il y en a qui sont plus artistiques et qui n’ont pas nécessairement de visées sur les questions sociales par exemple, pense Karelle Arsenault. Il y a différentes formes, différents genres à l’intérieur de cette forme d’expression, c’est pourquoi ça devient une forme artistique expressive en elle-même», poursuit la doctorante.

Le documentaire interactif propose de nouvelles façons d’apprendre et de dénoncer certaines situations sociales, tout en vivant une expérience artistique stimulante. Karelle Arsenault croit qu’il est plus intéressant pour les auteurs d’utiliser la plateforme numérique pour dénoncer des situations, puisqu’ils jouissent d’une latitude qu’ils n’ont pas ailleurs.

Pour l’auditoire, l’expérience est totalement différente. «Ça permet aux gens de créer un peu leur propre expérience, affirme Nicolas Roy, directeur artistique et partenaire du studio de création numérique Departement. Au lieu de donner le contrôle aux cinéastes, on donne le contrôle aux spectateurs, ce qui apporte un autre aspect à l’expérience.» Loin d’être connu de tous, le documentaire interactif se démarque de plus en plus par son caractère immersif qui attire les curieux. Présentes au Festival du film de Sundance 2015, les productions québécoises de documentaires interactifs tenteront de gagner le cœur du jury, pour revenir dans la province, une fois de plus, victorieuses.

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