À la uneCultureDifférents procédés, un seul objectif

Avatar Raphaëlle Forgues3 décembre 20144 min

Les écoles de photographie du Québec attirent beaucoup d’aspirants. Au-delà des clichés instantanés, le processus de formation est laborieux et le résultat final souvent teinté d’incertitudes.

Le talent, la personnalité et la motivation sont des éléments souvent plus importants que la formation et le diplôme pour devenir photographe, selon les employeurs. Programmes publics de trois ans ou formation privée de 15 mois au coût de 15 000 $, les options pour apprendre le métier sont nombreuses. Les aspirants photographes doivent avant tout bien connaître leurs besoins et être conscients que le succès ne se créera pas en un seul clic.

L’obtention d’un diplôme donne une certaine assurance au jeune qui débute dans un milieu aussi compétitif, affirme la photographe Caroline Bergeron. Cumulant plus de 30 ans d’expérience derrière l’objectif, elle précise que le diplôme apporte une longueur d’avance à l’étudiant. «C’est tout ce que la formation implique qui fait la différence. Pas seulement l’apprentissage technique de la photo, mais surtout le fait d’être en contact avec des gens passionnés et de pouvoir comparer son travail avec d’autres», nuance la titulaire d’un baccalauréat en arts visuels avec spécialisation en photo de l’Université d’Ottawa.

Productrice à la maison de production La Cavalerie, Marie-Hélène Harvey confirme que les diplômes n’ont aucune valeur lors de l’embauche. Celle qui engage régulièrement des photographes pigistes explique que le talent et la personnalité influencent son choix, mais pas la certification. La directrice artistique du magazine L’Actualité, Jocelyne Fournel, abonde dans le même sens. «Ce qu’on regarde en premier c’est plutôt l’entregent, l’intérêt et surtout le portfolio qui permet de juger de la signature artistique d’un photographe.» Marie-Hélène Harvey reconnaît toutefois que l’école permet d’obtenir des bases techniques solides et une bonne idée de l’aspect commercial relié au monde de la photographie professionnelle.

Le Collège Marsan offre une formation principalement axée sur la photographie commerciale. Sans passer d’examen d’entrée, n’importe quel adulte désirant se spécialiser en photographie, avec 15 000 $ en poche, peut poursuivre cette formation de 15 mois qui mène à une attestation d’études collégiales (A.E.C.). Les frais d’admission sont à priori élevés, mais le directeur pédagogique et professeur au Collège Marsan, Michel Proulx, insiste sur le fait qu’à long terme la formation permet d’économiser du temps et de l’argent. «Les étudiants qui s’inscrivent au Collège Marsan sont des adultes qui veulent poursuivre une formation de pointe en photographie, sans perdre de temps pour obtenir une certification professionnelle reconnue», souligne-til. Le milieu de la photographie au Québec est restreint, ajoute le professeur, alors si le travail n’est pas bien réalisé par manque de connaissances techniques et d’expérience, les chances de réussir sont vite minées.

Attiré par la courte durée de la formation et par la bonne réputation du Collège Marsan, Alexandre Girard a tenté l’expérience dans cet établissement privé. Peu de contrats professionnels à son actif et 15 000 $ plus tard, l’ancien étudiant est déçu d’avoir déboursé une telle somme d’argent pour une formation en photographie. Alexandre Girard avoue avoir mal évalué son désir de devenir photographe professionnel et assure que s’il avait su que la formation misait autant sur l’aspect commercial de la photographie, il ne s’y serait pas inscrit. La formation offerte au Collège Marsan se concentre fortement sur le côté commercial, concède le directeur Michel Proulx. Il souligne qu’il y a tout de même une bonne part de créativité et de technique, car l’objectif ultime de cette formation est d’ouvrir la porte vers le marché du travail. «Que ce soit le Collège Dawson, l’Université Concordia ou ici, au Collège Marsan, chaque établissement possède sa propre couleur et ses caractéristiques distinctes, il faut alors savoir ce que l’on recherche», renchérit le professeur.

La photographe au studio Straub Collaborative, Béatrice Munn, a choisi d’entreprendre, en 2010, le programme de trois ans en photographie au Cégep du Vieux-Montréal dans le but de découvrir si elle pouvait pousser la photographie plus loin que le passetemps. La photographe de 21 ans estime aujourd’hui que c’est ce qui lui a permis de décrocher un emploi à temps plein en photographie.

Peu d’étudiants réussissent véritablement à se tailler une place dans le milieu professionnel, observe la jeune photographe. L’ancienne vendeuse chez Lozeau, magasin spécialisé en photo, constate tristement que plusieurs diplômés en photographie se recyclent finalement dans la vente d’équipement photo à défaut d’obtenir suffisamment de contrats. Diplôme ou pas, si le talent se révèle parfois par procédés techniques, il faut savoir le développer adéquatement pour espérer un jour pouvoir vivre de ses clichés.

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