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Ariane Labrèche5 novembre 20144 min

Plutôt que de publier un roman individuel, certains auteurs décident d’allier leurs plumes. Les collectifs littéraires font le bonheur des lecteurs avides de découvertes et des écrivains en quête de nouveaux défis.

L’Orphéon est un immeuble à cinq étages habité par des personnages aux antipodes. Il s’agit également d’une série de romans écrits par Patrick Sénécal, Stéphane Dompierre, Roxanne Bouchard, Geneviève Janelle et Véronique Marcotte. Parue en 2012, cette œuvre est précurseur d’une nouvelle tendance au Québec: les collectifs littéraires. Ces ouvrages permettent aux auteurs de sortir de l’isolement qu’impose d’ordinaire leur travail. Ils peuvent partager leurs expériences afin d’enrichir leur processus de création respectif.

Plusieurs autres projets ont vu le jour, dont le collectif Vol 459 chez VLB tout comme L’Orphéon. «Quand on a sorti L’Orphéon, l’intérêt était d’être original de se démarquer», explique la représentante de VLB éditeur, Myriam Comtois. Il est intéressant de voir le même point de départ traité de manières aussi différentes.»

Regrouper plusieurs auteurs dans un même ouvrage ou une même série est un moyen efficace de promouvoir la littérature québécoise qui peine à faire le poids devant son homologue américaine. «Si on a le choix entre un livre d’un auteur québécois à 25 dollars ou un roman américain à 10 dollars, le lecteur a l’impression de prendre un moins grand risque en achetant le moins cher», constate l’auteure Roxanne Bouchard. À son avis, les collectifs littéraires sont une façon très intéressante de découvrir de nouveaux auteurs. «Pour le même prix, il est possible d’avoir accès à plusieurs auteurs différents. Ça permet de tester ses goûts en littérature», remarque-t-elle. Le pari a été payant pour la maison d’édition VLB. «Les libraires ont vraiment embarqué dans le concept. On en a vendu plus que si on avait sorti simplement un livre unique», affirme Myriam Comtois.

Les collectifs littéraires rendent également l’introduction des nouvelles plumes beaucoup plus facile pour les maisons d’édition. «C’est une belle façon de mettre en valeur les jeunes auteurs qui ont moins de tribune et de les jumeler avec ceux qui ont une belle carrière», explique Myriam Comtois. Pour Geneviève Janelle, l’Orphéon a été une chance incroyable. «C’était l’occasion de travailler avec des auteurs expérimentés, d’apprendre et de me faire des contacts», résume-t-elle. Le fait de côtoyer des écrivains plus aguerris lui a beaucoup profité. «Ils m’ont donné des conseils pour négocier des contrats de livre. Une fois que tu connais d’autres auteurs, ils peuvent t’épauler là-dedans», note-t-elle.

Pour Roxanne Bouchard, participer à un collectif littéraire lui permet de rester active. «J’ai écrit une nouvelle dans le recueil Nu de Stéphane Dompierre tout en travaillant sur un projet de longue haleine. Sortir une petite nouvelle prend moins de temps et j’ai l’impression de continuer à bouger dans l’univers littéraire», explique l’écrivaine.

 

Briser l’isolement

Le travail d’un écrivain se déroule le plus souvent seul, devant un écran d’ordinateur. L’écriture en équipe modifie grandement cette méthode de travail. «Pour L’Orphéon, il a fallut établir rapidement plusieurs bases communes. Il fallait une durée similaire dans le temps puisque tout dans l’histoire se passe dans le même édifice», explique Roxanne Bouchard. Les auteurs devaient se concerter afin que tout concorde dans chacun des romans. Geneviève Janelle a pu puiser dans le travail des autres afin d’enrichir son propre roman. «Ça change la façon d’écrire car tu es toujours en train de penser au travail des autres. J’avais vraiment à coeur de créer le plus de liens possible avec les autres romans. Puisqu’on avait des univers tellement différents, c’était un beau défi», affirme-t-elle.

Ce travail de groupe a permis aux auteurs de L’Orphéon de sortir de leur bulle individuelle. «À force d’échanger des informations sur l’écriture, sur les corrections, sur le fait que l’on a hâte d’aller dehors, on se rend compte que l’on n’est pas seul à vivre les difficultés que peuvent parfois poser ce métier», explique Roxanne Bouchard. Les rencontres de travail se sont vite transformées en soirées amicales. «C’était très festif. Il y avait toujours du vin autour de la table!», s’esclaffe Geneviève Janelle. À chaque mois, les auteurs se réunissaient autour d’un souper afin de discuter de leurs romans. «On parlait du livre, mais on parlait aussi de nos vies. Ça m’a amené beaucoup de confiance par rapport à comment je me vois comme auteur. C’est réconfortant de sentir que tu appartiens à un groupe», se remémore Roxanne Bouchard.

Myriam Comtois croit toutefois que la tendance des collectifs s’estompera prochainement. «Nous arrêtons d’en faire pour les prochains mois car il y en a beaucoup sur le marché. Il faut être original et essayer de trouver de nouvelles idées», explique-t-elle.

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