À la uneCultureMélodies sales propres à la contestation

Ariane Labrèche8 octobre 20144 min

À mille lieues des stars de musique pop préfabriquées, un genre musical connaît une renaissance sans pareil. Dans les pas de Plume Latraverse, des artistes comme Lisa Leblanc et Bernard Adamus propulsent le folk trash dans le coeur de beaucoup de mélomanes.

Compressions budgétaires, vieillissement de la population et taxes scolaires laissent l’impression d’une nouvelle ère. Lorsque le mécontentement gronde au sein de la population, le folk trash se charge de l’exprimer. Heureux mélange entre un joual assumé et une sonorité brute, ce style musical décoiffe et permet de faire sortir le méchant que cela plaise ou non.

Professeur à l’UQAM et spécialiste de musique populaire Danick Trottier croit que le folk trash est une étiquette que l’on accole à l’heure actuelle aux musiciens à la recherche d’authenticité et d’un son particulier. L’attrait du public pour ce type de musiciens réside dans la contestation. Selon la professeure au département de musique de l’UQAM, Sylvie Genest l’anticonformisme des artistes folk d’aujourd’hui est ce qui séduit le plus les auditeurs. «Après une grande période de musique pop bien réglée, la venue d’artistes produisant des chansons plus «sloppy» avec des voix éraillées paraît très rafraîchissante», indique-t-elle. Cet éloignement de la musique généraliste plaît tout particulièrement à la jeunesse. «Les jeunes ont toujours été attirés en musique par une sous-culture de contestation et le folk trash participe, par l’usage de la langue et d’une sonorité brute, à une forme de contestation sociale», suggère Danick Trottier.

Sylvie Genest estime également que des artistes féminines comme Lisa Leblanc ou les Hay Babies aident à briser le moule des chanteuses qui composent principalement sur l’amour ou le sexe. «Ça peut ajouter à leur capital de sympathie alors qu’une partie de la population féminine ne se reconnaît plus depuis longtemps dans les attitudes à la Beyoncé», remarque la professeure. Pour ce qui est d’un artiste masculin comme Bernard Adamus, sa popularité constitue un certain retour du balancier. «On avait aimé Plume Latraverse pour son côté mauvais garçon ; il a fallu passer par Mario Pelchat et Rock Voisine pour se dire que finalement, on aimait bien Plume Latraverse», résume-t-elle.

Même si le folk trash n’est pas son style musical préféré, l’animateur de MusiMax, Claude Rajotte reconnaît que c’est le franc-parler de ces artistes qui a conquis les mélomanes. «Ils ont la qualité de parler franchement, ce qui tranche dans notre société de plus en plus politiquement correcte. Dans notre monde de foutaises commerciales, il y en a encore qui ont le courage de dire ce qu’ils pensent», remarque-t-il. L’attaché de presse chez la maison de disques BonSound, Jérémie Pelletier lui donne même un côté viscéral. «Ça nous prend par les tripes et c’est difficile d’y résister», affirme-t-il. Danick Trottier est persuadé que des musiciens comme Lisa Leblanc réussissent à attirer les jeunes avec leur langage plus familier. «Les musiciens qui utilisent le joual et font appel à un son cru sont toujours perçus comme étant plus authentiques. Ils sont vus comme étant vrais par rapport à qui ils sont et l’art qu’ils veulent pratiquer», analyse-t-il.

Cet attrait pour le folk n’est pas nouveau. «Cette image d’authenticité a toujours fait vibrer une corde sensible chez les jeunes occidentaux, qu’on pense seulement aux années 1960 avec Dylan, Simon and Garfunkel ou Janis Joplin», explique Danick Trottier. L’usage du joual dans un style qui puise à la fois au rock et au folk remonte selon lui aux années 1960. «Robert Charlebois en est l’instigateur du mouvement avec Louise Forestier à partir de l’Osstidshow et de l’album culte de 1968. Plus tard, des musiciens comme Plume Latraverse et Steven Faulkner ont incarné cette tendance durant les années 1970 et 1980», énumère le professeur. Jérémie Pelletier remarque que c’est un genre de musique peu commun à l’extérieur de la communauté franco-canadienne, mais qui réussit à trouver un écho particulier en Europe. «Une artiste comme Lisa LeBlanc s’est vite faite remarquer en France parce que sa musique est tellement différente de tout ce qui se fait chez eux», analyse l’attaché de presse.

 

Aux armes

Claude Rajotte est convaincu que c’est le côté contestataire du folk qui a réussi à accrocher les gens. «Le folk est né pour protester. Il correspond logiquement à un certain type de révolte douce», remarque-t-il. À son avis, ce sont les artistes, plus que le style en tant que tel, qui ont réussi à se distinguer du troupeau. «Ils sont de très bons communicateurs. Ils savent aussi toucher nos cordes sensibles et être en contact avec leur temps. Ce sont probablement des personnes d’une grande lucidité», avance l’animateur. Danick Trottier note que cette musique est souvent associée à une forme de défoulement social et culturel. «Lisa Leblanc a pris son essor durant la contestation étudiante de 2012 alors qu’elle chantait «Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde», la chanson étant alors en conjoncture avec les phénomènes sociaux et l’expression d’une certaine colère», explique-t-il. En cette ère de changements, le Folk trash ne diminuera pas en popularité de sitôt.

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