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Avatar Prisca Benoit8 octobre 20143 min

Les activités de recherche de l’UQAM passent sous le bistouri en raison de nouvelles coupes imposées par le gouvernement provincial. La qualité et la quantité de la recherche écopent déjà.

Un branle-bas de combat a été déclenché dans le secteur de la recherche à l’UQAM par la réduction du crédit d’impôt sur les frais indirects liés à la recherche universitaire. Les chercheurs de l’Université du peuple doivent faire des pieds et des mains pour s’assurer que les étudiants évitent les conséquences liées à ces réductions qui laissent le secteur dans un flou profond.

Les chaires de recherche de l’UQAM s’ajustent aux nouvelles réalités du financement de la recherche. Le professeur Sid Ahmed Soussi, ancien titulaire de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté, dit avoir sauvé son équipe en changeant la nature de son projet. «On est passé d’une chaire de recherche à un centre de recherche par le biais d’un concours extrêmement difficile», raconte-t-il. Sur les nombreux projets proposés à l’UQAM lors de la sélection, seul le centre de Sid Ahmed Soussi a été retenu.

Un des changements majeurs de la nouvelle Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI) du gouvernement provincial est la réduction de 35 % à 28 % du crédit d’impôt offert aux institutions universitaires pour la subvention des frais indirects de recherche. Ces derniers couvrent des dépenses comme les infrastructures, le matériel nécessaire, le téléphone ou les bibliothèques. Dès cette première année, l’UQAM pourrait défrayer jusqu’à 800 000 dollars pour compenser cette compression.

Selon le vice-recteur à la recherche et à la création Yves Mauffette, la baisse du financement provincial risque d’entraîner un contrecoup sur les subventions en provenance du fédéral. «Ce qu’on reçoit du provincial nous sert aussi de levier pour aller chercher d’autres moyens de financement. C’est avec de l’argent qu’on fait de l’argent et avec des recherches qu’on fait encore plus de recherches.» Même si la part du gâteau est moins grande du côté provincial, l’argent que le gouvernement verse en recherche universitaire permet aux chaires de montrer leur crédibilité et d’aller chercher de plus grandes subventions à d’autres niveaux.

Selon le doyen de la Faculté des sciences, Luc-Alain Giraldeau, un projet de recherche est d’abord évalué pour sa pertinence dans un domaine plutôt que par les coûts encourus par le projet. «On regarde d’abord s’il y a une valeur académique, explique-t-il. Souvent le projet est évalué avant même qu’il y ait de montage financier». Selon lui, la réduction du crédit d’impôt provincial n’empêchera pas les chercheurs de déposer des projets de chaire. Le stress est moins pesant du côté scientifique puisque leur source de financement vient surtout du gouvernement fédéral, ajoute le doyen.

 

Dommages collatéraux

Du vice-rectorat aux directeurs des chaires de recherche, tous s’entendent pour dire que les premiers affectés par les coupes en recherche sont les étudiants. «Ça nuit à l’avancement du savoir et à la formation étudiante», martèle le directeur du Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC), Sid Ahmed Soussi. D’après lui, la recherche permet non seulement de former les étudiants dans une application pratique de leur savoir, mais aussi de leur enseigner les plus récentes théories produites par les chercheurs universitaires.

En études scientifiques, la majeure partie du budget octroyé pour un contrat de recherche sert à financer l’activité étudiante, explique Luc-Alain Giraldeau. «Quand on subventionne un professeur, une partie s’en va en bourse étudiante et ça détermine combien d’étudiants on peut engager dans des activités de recherche, soutient-il. Ça représente 75 % à 80 % du budget des subventions en science.» Il est commun que les étudiants du domaine scientifique soient payés pour participer à des travaux de recherche contrairement aux étudiants d’autres secteurs qui ont un horaire de travail plus flexible. «Tu ne peux pas travailler de chez toi ou à la bibliothèque, fait remarquer Luc-Alain Giraldeau. Les étudiants doivent passer des journées entières attachés au laboratoire.»

Les coupes dans la recherche universitaire peuvent aussi nuire au rayonnement de l’Université à l’échelle du pays et même à l’international, croit le vice-recteur, Yves Mauffette. «Quand on arrête en recherche, on ne fait pas juste prendre une pause d’une journée, prévient-il. On perd de l’avance dans nos travaux, parce qu’il y a une compétition qui se fait à l’échelle du globe.»

Pour le professeur Sid Ahmed Soussi, couper dans la recherche universitaire correspond à choisir un enseignement terne et répétitif. «On ne produira plus de savoir de chez nous et on va continuer à répéter en boucle les mêmes vieilles leçons», dénonce-t-il. Selon lui, garder un savoir bien vivant nécessite des coûts et l’UQAM doit aller sonner à d’autres portes si elle ne veut pas plutôt sonner l’alarme.

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