À la uneSociétéUn long chemin de croix

Avatar Nicholas De Rosa24 septembre 20144 min

Délaissée depuis plusieurs années, l’Église québécoise tente de se métamorphoser afin de retrouver ses fidèles. Avec les multiples scandales sexuels qui l’ont éclaboussée, un miracle lui sera nécessaire. 

«Je n’ai rien à cacher», affirme le père Paul Pomkoski. Pour lui, les prêtres accusés et reconnus coupables d’agressions sexuelles auprès de mineurs ont reçu la punition qu’ils méritaient, et tous ceux qui suivront la même voie devraient aboutir à la même fin. «Ces gens ont profité d’enfants innocents, un énorme pêché, et ils méritent donc d’être punis par les lois en place», proclame-t-il, seul représentant de l’Église ayant accepté de donner son opinion sur le sujet au Montréal Campus. Alors que les plus convaincus promettent de ne jamais quitter les bancs de l’Église, certains fidèles et observateurs extérieurs dénoncent encore l’attitude fermée des paroisses.

L’énorme faux pas de l’Église aura été de s’efforcer de cacher la vérité sur les accusations portées envers des prêtres, confesse Paul Pomkoksi. «Défendre les prêtres dans le pêché, et transférer ceux-ci de paroisse en paroisse sans tenter de régler leurs problèmes n’était certainement pas quelque chose de bien», affirme-t-il. Catholique pratiquant et père de famille, Michael Leblanc reproche aussi à l’organisme religieux d’avoir gardé le silence. «L’Église n’a démontré aucune transparence à travers tout ça, avoue-t-il. C’était une très grosse erreur de leur part, mais le nouveau pape semble plus ouvert.» Fondateur de Victimes d’agressions sexuelles au masculin, un organisme venant en aide aux hommes agressés sexuellement, Alain Fortier salue également Rome pour ses prises de position fermes et pour l’ouverture du pape François 1er.

Alain Fortier félicite d’ailleurs ce dernier puisqu’il rencontre des victimes, mais déplore le fait qu’il ne puisse pas dire la même chose de l’archevêque de Québec, Monseigneur Gérald Cyprien Lacroix. «À Québec, il refuse encore de rencontrer des victimes, indique-t-il. Je dirais même qu’il se cache, tout comme l’Église s’est cachée pendant les trente dernières années.» D’après Alain Fortier, la meilleure manière pour l’Église de faire preuve d’ouverture serait de laisser davantage de temps aux victimes de poursuivre leur organisme. Ceux-ci ont présentement un délai de trois ans après le moment de leur agression pour poursuivre l’Église. Dépassé ce délai, leur action n’est plus recevable auprès de la loi. «Abandonner ce délai de prescription permettrait légalement aux victimes qui se rendent compte des séquelles de leur agression après cinq, dix ou quinze ans de poursuivre l’Église», explique le fondateur d’Agressions sexuelles au masculin.

Selon lui, les catholiques pratiquants devraient cesser de contribuer monétairement à l’Église en appui aux victimes. «Chaque dollar amassé par l’Église pourrait servir à financer leur défense au tribunal, expose-t-il. On ne veut pas faire saigner l’Église ou les pousser à fermer leurs portes, on demande uniquement que les victimes puissent être compensées afin de pouvoir financer l’aide professionnelle nécessaire à leur rétablissement Paul Pomkoski balaie du revers de la main ces accusations. «Je n’ai entendu nulle part que l’Église payait de ses propres poches les frais légaux des prêtres accusés, mais je peux dire que la situation n’est pas toujours la même pour d’autres organismes où pourraient se trouver des pédophiles», rétorque-t-il.

La foi du prêtre Paul Pomkoski n’a donc pas été affectée par les gestes de ses pairs. «On trouve des pédophiles partout, pas seulement dans l’Église, fait-il valoir. Une très grande minorité des prêtres, moins d’un pour cent d’entre eux, sont des agresseurs sexuels.» Michael Leblanc seconde les propos du père, indiquant que sa foi est demeurée inébranlable. «J’étais un enfant de chœur, et je me suis beaucoup impliqué à l’église au fil des années, affirme-t-il. J’ai toujours baigné dans un environnement sain, avec de bons prêtres, donc il serait irraisonnable de rejeter ma foi à cause de quelques pommes pourries.» Alain Fortier voit les choses d’une manière différente. «Aujourd’hui, les prêtres agresseurs sont rares, mais ils étaient beaucoup plus communs il y a une quarantaine d’années, l’époque d’où provenaient les accusations» souligne-t-il. Il ajoute qu’il ne faut pas sous-estimer les dommages qu’ont pu causer les prêtres dans le passé.

Paul Pomkoski juge qu’un changement de mentalité dans l’Église s’est entamé depuis un certain moment déjà. «Le pape est plus vigilant, les prêtres sont plus vigilants, l’Église est plus ouverte et la couverture médiatique, même si elle était parfois exagérée, a conscientisé les victimes de viol qu’il ne faut pas se cacher et d’en parler à quelqu’un», soutient le prêtre. Il prédit que cette nouvelle ouverture et une plus grande concentration de l’Église sur les paroles de Jésus poussera les gens à s’intéresser davantage à l’institution dans les dix prochaines années.

Alain Fortier, pour sa part, est moins optimiste. Selon lui, le procès des prêtres rédemptoristes a changé l’avis d’une grande partie des croyants québécois. Il croit que la tendance populaire négative de l’Église au Québec va s’accentuer si l’institution ne passe pas réellement à l’action. «Rien n’a changé, déclare-t-il. L’Église a toujours été moralisatrice sans appliquer ses règles à soi-même, et maintenant elle doit venir en aide aux victimes si elle veut retrouver de la crédibilité.»

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