CultureLa voix de la jeunesse

Avatar Ariane Labrèche12 septembre 20143 min

Son nombre d’assistance par représentation ne cesse d’augmenter, tout comme ses revenus de billetterie. À l’Opéra de Montréal, les salles sont pleines, mais les jeunes se font rares parmi les têtes blanches.

Les collègues étudiants de Louis-Charles Gagnon, à l’Université Laval, sont toujours étonnés de son par- cours académique. Ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un étudiant en chant lyrique. «Ma révélation vient souvent piquer leur curiosité. Ils me questionnent sur les efforts et les implications nécessaires pour un tel type d’études et me demandent même quelques fois de chan- ter pour eux», raconte-t-il. Avec un taux de fréquentation de seulement 4% auprès des Québécois, l’opéra n’est décidément pas l’art le plus populaire.

La participation des jeunes est encore plus problématique. «Les tendances démographiques nous démontraient par le passé que les consommateurs migraient vers la musique classique avec l’âge. Par contre, selon ces mêmes statistiques, cette tendance semble de moins en moins se perpétuer», explique le directeur. Le retrait presque complet de l’enseignement des arts des programmes scolaires rend la tâche encore plus difficile. «Sachant que 70% de notre public a été exposé à l’opéra par leur famille ou à l’école, il faut donc doubler nos efforts de démocratisation et trouver de nouvelles courroies de transmission», remarque-t-il.

Pourtant, Colette Boky, professeure de chant classique à l’UQAM, croit en l’intérêt des jeunes pour l’art lyrique. «L’opéra exerce depuis tou- jours une grande fascination sur toutes les couches de la société», croit-elle. La soprano de renommée internationale affirme qu’il n’est pas difficile de faire en sorte que les jeunes apprécient cet art. «La plupart du temps, il suffit que l’on assiste à une représenta- tion pour s’apercevoir qu’on aime ça plus qu’on ne l’avait cru», explique-t-elle. Une opinion que partage Louis- Charles Gagnon. «Je dirais qu’au départ, il y a un intérêt chez les jeunes qui est présent et qui pourrait être cultivé afin de leur permettre de s’ouvrir au monde de l’opéra.

Susciter l’intérêt

Emmener les jeunes aux représentations reste encore le plus grand défi. L’Opéra de Montréal mise sur le marketing relationnel et l’engagement communautaire. Selon Louis-Charles Gagnon, l’image élitiste de cet art doit premièrement être modifiée. «Il faut montrer que cet univers est plus accessible que certains ne peuvent le penser et qu’il n’est pas réservé qu’aux mélomanes ou aux gens raffinés», remarque- t-il. Pour Colette Boky, cela passe par une démocratisation de l’art lyrique. «Il faut utiliser tous les moyens disponibles pour leur rendre l’opéra facilement accessible», plaide la professeure. Louis-Charles Gagnon croit qu’il faut faire comprendre à tous que l’opéra ne repose pas uniquement sur les chanteurs italiens aux voix puissantes. «La musique n’est qu’un moyen de véhiculer ce qui se passe dans l’histoire sur scène», note l’étudiant. À ses yeux, c’est le récit qui viendra toucher les gens. «C’était de découvrir toute l’intrigue, les personnages et les péripéties qui rendaient l’opéra encore plus intéressant et plus accessible pour moi», explique le finaliste du concours de musique du Canada. L’étudiant soutient que les jeunes s’y intéresseront lorsque l’opéra viendra à eux, notamment par le biais d’ateliers dans les écoles primaires et secondaires, comme cela se fait déjà à Québec avec l’Orchestre symphonique de Québec. «On peut commencer avec quelque chose de léger comme du Mozart adapté pour les plus petits et quelque de plus intense en émotions comme Puccini ou Verdi pour les plus grands», propose le jeune chanteur.

Une solution réside égale- ment dans la programmation d’oeuvres plus accessibles ou plus connues. «Une œuvre moderne et actuelle comme Dead Man Walking, montée la saison dernière, a de quoi intéresser un nouveau public parmi lequel on compte for- cément des jeunes», remarque Claude Gingras, critique de musique classique à La Presse. «Or, il faut également réussir à satisfaire son auditoire fidèle», croit Claude Gingras. En attendant, les bancs rouges de la salle Wilfrid- Pelletier devront se satisfaire d’un public vieillissant.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *