À la uneSociétéLa guerre de la chaussée

Avatar Mariane Lajoie12 septembre 20144 min

Conduire son vélo dans la ville de Montréal se rapproche d’un sport extrême. Entre cônes orange omniprésents et automobilistes pressés, les accidents deviennent fréquents.

Antidote 10

À Montréal, deux vélos fantômes ont été installés, l’un sur l’avenue du Parc et l’autre sous le viaduc de la rue des Carrières, en souvenir de Suzanne Iswari et Mathilde Blais. Au cours des deux dernières années, elles sont toutes les deux décédées sur la route, happées par un véhicule alors qu’elles circulaient dans les rues de la métropole. Maniaque de vélo, Sébastien Gilbert-Corlay est conscient des risques qu’il prend en l’utilisant comme moyen de transport à Montréal depuis ses 13 ans. «C’est être prêt à se faire frôler par des automobilistes qui ne se rendent pas compte du danger qu’ils représentent pour les autres, ou bien ceux qui le font exprès parce que les vélos les dérangent», témoigne-t-il.

La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) a dénombré 114 cyclistes blessés gravement en 2013. «Trop souvent les véhicules passent à moins d’un mètre de moi à une vitesse élevée»,se souvient Sébastien Gilbert-Corlay. Avec ces statistiques, CAA-Québec recommande de bien connaître les règles de la route. «Il importe de rap- peler que, pour l’essentiel, le Code de la sécurité routière impose les mêmes règles aux cyclistes qu’aux automobilistes, affirme Anne-Sophie Hamel-Longtin, conseillère en communications de l’organisation. Bien assimilées, ces règles peuvent faire la différence sur la route.»

Le cycliste est toutefois convaincu que le véhicule à deux roues reste un moyen de transport très pratique en milieu urbain. «C’est un mode de transport actif, et à Montréal, il est possible de l’utiliser à longueur d’année, ou presque!», rajoute-t-il. Conseillère et dirigeante des relations de presse chez Vélo Québec, un organisme à but non lucratif qui rassemble la communauté cycliste québécoise depuis 1967, Stéphanie Couillard confirme que les montréalais suivent la vague. «À Montréal, la popularité du vélo explose. On a des aug- mentations de plus de 50 % de 2008 à 2013 sur plusieurs axes du centre-ville et de ses abords», explique-t-elle. Selon les estimations de CAA Québec, il y a plus de cinq millions de conducteurs routiers et environ 3,5 millions de cyclistes.

Sébastien Gilbert-Corlay recommande à tous les automobilistes qui se plaignent d’inverser les rôles pour quelques heures. «Ils com- prendront rapidement la situation dans laquelle on baigne, suggère-t-il. Je recommanderais aussi aux cyclistes qui ne respectent pas les priori- tés de s’assurer que leur carte d’assurance maladie est bien valide», lance-t-il à la blague. D’après lui, une relation équitable et calculée entre les piétons, cyclistes et automobilistes serait à préconiser. «L’équation devrait inclure les composantes environnementales et de santé publique et il faudrait prioriser en conséquence», propose Sébastien Gilbert-Corlay. L’article 492.1 du code de la sécurité routière, qui explique que le conducteur d’une motocyclette, d’un cyclomoteur ou d’une bicyclette n’est pas en droit de circuler sur le trottoir, sauf en cas de nécessité ou d’une signalisation précise. À la suite du décès de Mathilde Blais, survenu sous le viaduc de la rue des Carrières, les trottoirs ont été autorisés aux vélos pour certains viaducs. Par contre, des bollards aux entrées de ces viaducs gênent le passage des cyclistes sur le trottoir le temps de leur traversée. Ils s’exposent donc à de grands risques, vu le rétrécissement des voies à ces endroits. «Même si cela s’améliore lentement, ce n’est pas conçu pour les vélos, mais bien pour les voitures en priorité, voire en exclusivité», déplore Sébastien Gilbert-Corlay.

Changement à l’horizon

Un groupe de travail a été mis sur pied cet été par le ministre des Transports Robert Poëti. «Il a pour but de discuter de diverses solutions pour veiller à la sécurité des cyclistes», explique Anne-Sophie Hamel- Longtin. Lors d’une première discussion le 14 août dernier, des idées ont été apportées dans le but de moderniser le Code de la sécurité routière. «L’esprit actuel du Code quant aux cyclistes et aux piétons date d’une réflexion amorcée à la fin des années 1970, s’est exprimée la prési- dente-directrice générale de Vélo Québec, Suzanne Lareau. Quelques amendements ont été faits depuis, mais pour l’essentiel, rien n’a réellement permis de considérer les nou- veaux usages du vélo et l’im- portante augmentation de sa pratique.» Stéphanie Couillard et son équipe de Vélo Québec demandent de modérer la circulation, de créer des voies cyclables sur les artères, en particulier dans les passages dénivelés.

Sébastien Gilbert-Corlay espère voir de nouvelles réglementations dans le futur, mais croit que les acteurs de la route peuvent faire leur part des choses en attendant.«Le problème se situe entre nos deux oreilles: la culture de l’automobile est bien ancrée, dit-il. Mais avec de nouvelles générations de jeunes plus actifs qui gran- dissent et vieillissent, les mentalités changeront, lentement mais sûrement.»

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