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Catherine Lamothe4 mars 20144 min

Loin d’enchanter les adultes, l’idée de permettre le droit de vote à 16 ans plane dans l’arène politique québécoise depuis des années. Bien que concernés par les enjeux électoraux, les principaux intéressés demeurent divisés.

Le droit de vote à 16 ans ne sera pas adopté de sitôt au Québec. En 2012, le Parti québécois s’était prononcé en faveur, mais n’y a jamais donné suite. Controversée, l’initiative suscite un enthousiasme mitigé chez la jeune génération. Respectivement âgés de 16 et 17 ans, Laurie D’Amours et Guillaume Laverdière sont comme le feu et l’eau. Alors que l’une s’ennuie ferme devant un bulletin de nouvelles, le second s’intéresse activement à la politique. «Personnellement, j’aurais peur de ne pas faire le bon choix. Je pense que si le droit de vote à 16 ans était en place, je n’irais juste pas voter», lance Laurie D’Amours.

Si l’étudiante en cinquième secondaire admet se sentir peu interpellée par la politique, elle juge que les jeunes en général ont une curiosité pour le sujet. «Je crois qu’ils ont un intérêt, mais ne sont peut-être pas prêts à se positionner», suppose-t-elle. Guillaume Laverdière pense au contraire que grâce aux médias, les jeunes de 16 et 17 ans sont plus renseignés que ne l’étaient les générations précédentes et sont suffisamment matures pour obtenir ce pouvoir politique. «C’est sûr que tous les jeunes ne s’intéressent pas à la politique, mais ce n’est pas le cas de tous les adultes non plus, soutient-il. Ceux qui se sentent concernés vont voter. Ce serait pareil pour nous.»

L’enseignant au département de politique de l’Université de Montréal, André Blais, explique que cette idée avec laquelle jongle le Parti québécois circule un peu partout en Europe. Le droit de vote à 16 ans est déjà en place en Autriche et sera notamment appliqué lors du prochain référendum écossais. «Selon moi, le Parti québécois n’a pas vraiment d’intérêt à soutirer de cette loi, souligne-t-il. Je ne crois pas que les jeunes de cette tranche d’âge soient a priori plus ou moins péquistes que les autres.»

Vote impopulaire

Ce sont les jeunes Québécois qui exercent le moins leur droit de vote par rapport au bassin d’électeurs. Selon la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval, seulement 62,1 % des 18 – 24 ans ont voté aux élections de 2012, 12 % de moins que la moyenne nationale. «Des études sur la socialisation politique ont démontré l’importance des premiers votes, souligne le doctorant chercheur à la chaire de recherche, Charles Tessier. Quelqu’un qui ne votera pas les premières fois, même s’il en a le droit, va probablement garder ce comportement- là toute sa vie.» Selon lui, abaisser l’âge légal du vote à 16 ans pourrait diminuer davantage le taux de suffrage des jeunes. «Je ne vois aucune raison pour laquelle les jeunes de 16 et 17 ans auraient un comportement différent de leurs confrères de 18 ou 19 ans», affirme-t-il.

La possibilité d’autoriser le droit de vote aux 16 et 17 ans est particulièrement impopulaire auprès des Québécois d’âge adulte. Selon un sondage réalisé par la firme Léger-Marketing publié dans Le Devoir en février 2013, 80 % des adultes y seraient défavorables. André Blais y perçoit une réaction intuitive. «Parce qu’ils votent peu, les adultes extrapolent que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique, note-t-il. Ils ne comprennent pas pourquoi on leur donnerait le droit de vote, d’autant plus qu’on ne leur reconnait pas toutes les responsabilités légales.» Des besoins plus urgents aux yeux des électeurs entrent aussi en ligne de compte. «Ils s’intéressent à la santé, à l’éducation, à l’économie. Clairement, le droit de vote à 16 ans n’est pas très haut placé dans la liste de leurs priorités», remarque Charles Tessier.

Le doctorant de l’Université Laval reconnait que les évènements du Printemps érable ont mobilisé la jeunesse québécoise et ont pu leur servir de premier contact avec la politique, sans pour autant les y intéresser plus amplement. «Des études faites après le Printemps érable ont démontré que le taux de vote des jeunes n’a pas vraiment augmenté suite aux manifestations étudiantes», avance-t-il.

Éducation défaillante

Laurie D’Amours et Guillaume Laverdière s’entendent sur une chose : les cours déjà en place dans les écoles secondaires sont insuffisants et mal adaptés afin d’informer adéquatement les jeunes sur la question politique. «J’ai l’impression que la majorité des jeunes intéressés par la politique le font de façon volontaire, avance Laurie D’Amours. Ils écoutent les nouvelles, vont chercher l’information par eux-mêmes.»

Étudiant au Cégep, Guillaume Laverdière stipule que les cours de politique devraient être intégrés au programme dès le secondaire. «Sans instaurer un nouveau cours, on pourrait intégrer davantage la politique québécoise dans certains cours déjà en place comme histoire ou monde contemporain, avance-t-il. Ce serait indispensable à implanter avant d’abaisser le vote à 16 ans.» Bien que les adolescents se soient fait une tête sur le sujet, ils sont conscients que le débat avance à pas de tortue. Pour l’instant, tous deux attendent le jour où ils pourront voter… quand ils auront 18 ans.

Crédit photo: Marie Berne

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