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Avatar Elisabeth Caron24 octobre 20132 min

Assister à Une vie pour deux, c’est recevoir le privilège d’entrer dans l’univers de création intime d’une poignée de génies du texte, de la scène, de l’image et du son. Réadaptation de la pièce du même nom mise en scène par Alice Ronfard en 2012, le film (ou objet filmique, puisque les réalisa- teurs n’ont toujours pas réussi à le catégoriser) se base sur le roman de la philosophe et écrivaine Marie Cardinal, écrit en 1979. Il est réalisé par le duo formé d’Alice Ronfard et de Luc Bourdon, cinéaste émérite de documentaires et de fictions.

Le désir d’épanouissement d’une épouse tourmentée par ses besoins, ses envies et ses retenues est au cœur du récit, qui raconte un évènement révélateur de la vie de Simone et de Jean. L’époux découvre, lors de leurs vacances en Irlande, le cadavre d’une jeune femme, Mary. Simone l’imagine belle et heureuse, Jean la voit telle qu’elle est : sans vie, rongée par le temps, mystérieuse. Simone deviendra malgré elle jalouse du bouleversement qui ébranle Jean, la séparant à jamais d’une liberté qu’elle ne semble même plus espérer.

Les premières minutes de l’œuvre nous ramènent en arrière dans une entrevue de Marie Cardinal, où elle précise le lien qui l’unit à Simone, ren- dant le film encore plus intime. Toutes les scènes sont filmées à l’Espace Go, dans des décors plus simplissimes que jamais, teintés d’une lumière bleutée récurrente qui amplifie l’effet surréaliste. La caméra traque les acteurs sous tous leurs angles, dans une suite de gros plans qui dénudent leurs émotions sans complaisance. Heureusement, le tout est fait très habilement, et c’est en pataugeant dans nos petits souliers qu’on regarde et qu’on écoute, surtout, le texte poignant d’Évelyne de la Chenelière. Les tirades sont parfois longues, douloureuses, se rendent d’un point à l’autre bout du monde rapidement en nous plongeant de force dans l’âme des personnages chavirés. Personne n’est épargné ; Simone et Jean s’entre- déchirent en s’arrachant le malheur de Mary et nous, spectateurs, recevons ce nouveau genre cinématographique avec autant de plaisir que de choc.

Une vie pour deux, de Luc Bourdon et Alice Ronfard, Québec/Canada, 75 min. La pièce dont le film est inspiré, Une vie pour deux, sera en reprise à l’Espace GO jusqu’au 3 novembre.

Retrouvez l’entrevue avec le réalisateur au montrealcampus.ca

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