Le pouvoir de l’absurdité

Lors d’un soir particulièrement important en 1988 au Chilie, des milliers de téléspectateurs ont les yeux rivés sur leur écran de télévision. Ils observent tous un homme qui incite sa femme à faire l’amour avec lui. « No », lui affirme-t-elle à maintes reprises. « No, no, no !» Voici l’une des publicités montée par Saavedra (Gael Garcia Bernal), un jeune publicitaire qui encourage la population à voter contre la réélection de Pinochet lors du référendum de 1988. Surprenant, mais vrai.

Voici No du réalisateur Pablo Larrain.

Le général Pinochet, 15 ans après le coup d’état l’ayant amené au pouvoir, exerce une dictature caractérisée par de multiples violations des droits de l’homme et une brutalité militaire sans précédent.

Un jeune et brillant publicitaire, malgré son scepticisme devant la légitimité de cette campagne et les multiples menaces qu’il reçoit de la part d’un ancien collègue (Alfredo Castro), accepte finalement d’offrir son talent au camp du Non.

S’ensuivra une campagne marquée par l’intimidation, l’absurdité et, parallèlement, une situation familiale dysfonctionnelle, quoique touchante.

Le cinéaste Pablo Larrain opte pour l’utilisation fréquente d’une caméra épaule intime qui dépeint les moindres états d’âmes et actions de son héros. Le cinéaste offre aussi la chance à ses téléspectateurs de vivre une expérience d’immersion. Il les confronte ainsi, aux produits finaux publicitaires des deux camps. Ces prestations médiatiques frôlent l’absurdité et parfois même la stupidité alors que de risibles mais efficaces techniques de dissuasion sont mises à exécution pour remporter le combat.

Le jeune Gael Garcia Bernal (The motorcycle diaries, Amorres Perros) offre une fois de plus une mémorable interprétation dans la peau d’un homme qui doit constamment se battre.

Ce dernier n’est pas sans rappeler le personnage interprété par Brad Pitt dans Moneyball. Malgré des combats fort différents, ces deux hommes courageux doivent tous les deux rivaliser avec une énorme pression sur leurs épaules. On ne peut qu’être touché devant une telle dévotion de ces héros et devant ces expositions cinématographiques de leurs anxiétés, de leur acharnement et de leur bravoure.

No, Pablo Larrain, Chilie/États-Unis, 118 minutes, 2012

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