BaromètreInquiétante étrangeté

Emile Mercille Brunelle19 mars 20132 min

Rares sont les cinéastes qui aiment se donner du fil à retordre durant le montage. Une tendance est cependant observable alors que certains réalisateurs hors du commun réussissent à créer des ambiances angoissantes à l’aide de techniques de montage chirurgicales. Souvent, ces acrobaties cinématographiques visent à servir les dérèglements mentaux des personnages en provoquant une immersion de l’auditoire. On n’a qu’à penser à The Shining de Stanley Kubrick ou encore au Cygne noir de Darren Aronofsky.

Le réalisateur Chan-Wook Park (Thirst, Old boy) fait aussi parti de ces cinéastes très talentueux qui sont aptes à se démarquer grâce à leur mise en scène techniquement irréprochable dont la vocation est d’intensifier les troubles mentaux des personnages. Son nouveau film Stoker suit cette admirable tendance; un récit captivant, étrangement inquiétant, et dont le moteur est l’instabilité psychologique des trois protagonistes.

Écrit par Wentworth Miller, l’acteur principal de la télé série Prison Break, le film met en scène une famille dysfonctionnelle qui, suite au décès du père, doit rivaliser avec la venue à l’improviste du frère du défunt, l’oncle Charlie (Mathew Goode).  Suite à quelques récentes disparitions de proches de la famille Stoker, la jeune fille unique, India (Mia Wasikowska), soupçonne son oncle d’être un meurtrier, alors que la mère, Evelyn (Nicole Kidman), tombe rapidement sous le charme de ce dernier.

Le film réussit brillamment à nous faire ressentir l’angoisse et le dégout par des moments d’une beauté visuelle à couper le souffle. Le cinéaste entraine son auditoire dans un monde érotique, violent et rempli de secrets sombres et troublants. Malheureusement, le dénouement manque d’intensité et n’a pas la justesse dramatique nécessaire pour admirablement finaliser un récit si bien entamé.

Les interprétations très naturelles des acteurs sont impeccables. Ces derniers proposent un jeu poignant. Mia Wasikowska semble très à l’aise lorsqu’elle donne la réplique à la fragile et criante de vérité Nicole Kidman. On ne peut qu’être ébahi devant l’aura d’inquiétante étrangeté qui suit continuellement leur mystérieux partenaire masculin, Matthew Goode. Celui-ci est prodigieusement apte à modifier radicalement ses états, en passant d’une imperturbable cruauté à un jeu énigmatique de sourires accueillants, puis perturbants.

Stocker, Chan-Woo Park, États-Unis, 99 minutes, en salle depuis le 15 mars

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