À la uneUQAMPrendre les moyens du bord

Antonin Besner21 novembre 20124 min

Si le Centre sportif voudrait voir grand, sa réalité financière et son manque d’espace le ramènent les deux pieds sur terre.

En 2011-2012, près du quart des uqamiens a fréquenté le Centre sportif de l’UQAM. En plein centre-ville, le complexe compte sept étages, dont trois sous-sols, dans lesquels on retrouve une piscine, un triple gymnase multisports, une salle d’entraînement et un mur d’escalade. Comparativement aux installations des autres universités québécoises, celles de l’UQAM demeurent modestes. L’Université du peuple ne possède aucun terrain extérieur, ni aréna. L’administration du Centre entend développer ses infrastructures sportives, mais les capacités financières limitées de l’institution et sa localisation lui compliquent la tâche.

Un projet d’agrandissement du Centre sportif actuel est prévu dans les prochaines années. Les nouvelles installations, qui contiendraient des plateaux sportifs et des salles polyvalentes, prendraient place entre le présent établissement et le CLSC. L’expansion est prévue depuis la construction du Centre sportif en 1997. Le plan de développement immobilier de l’UQAM ne fait cependant pas mention de l’agrandissement du Centre sportif. Le projet pourrait donc ne pas se matérialiser avant 2016. Le directeur du Centre sportif, Jean-Pierre Hamel, estime tout de même «que cet agrandissement est fondamental pour les étudiants». L’expansion n’a pas été chiffrée précisément, mais le grand manitou du Centre sportif s’attend à ce qu’elle nécessite un investissement de «quelques millions de dollars».

Le Centre sportif finance ses activités grâce, entre autres, à une subvention du gouvernement. Elle s’élève à environ 600 000 $ par année. «Ce montant du gouvernement nous sert à défrayer une bonne partie de ce que coûtent les frais de base, comme l’entretien, l’électricité et le chauffage», mentionne celui qui est à la tête de l’administration du centre. La cotisation étudiante de 40 $ par session, pour l’accès aux activités libres, et le prix d’inscription aux activités dirigées ne permettent pas d’investir dans les infrastructures.

Contrairement aux installations sportives de plusieurs autres universités québécoises, celles de l’UQAM sont exclusivement réservées à ses étudiants. Si cela permet d’offrir un plus grand éventail de services à la communauté uqamienne, l’Université doit se priver d’une bonne source de financement. «L’UQAM a choisi de ne pas faire de location externe», note le coordonnateur du sport d’excellence à l’UQAM, Daniel Méthot. «Si on ouvrait nos installations aux citoyens, ce serait peut-être plus facile d’obtenir de la ville l’accès à un terrain», reconnaît-il.

Encore loin d’un stade

L’accès à un stade extérieur est également un projet que caresse l’institution, bien qu’il soit encore à l’état embryonnaire. «Pour une université qui dit vouloir mettre l’accent sur le sport, je trouve ça étrange qu’elle n’ait pas son propre terrain», avance le journaliste sportif à RDS, Alexandre Tourigny, affecté aux sports universitaires. «La réalité, c’est qu’au centre-ville, ce n’est pas évident de trouver de la place pour un petit stade de sports universitaires», constate pour sa part le directeur des programmes universitaires du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), John Bower. L’UQAM préfèrerait partager une infrastructure avec d’autres organismes municipaux ou scolaires, plutôt que d’être propriétaire. Jean-Pierre Hamel explique que la demande de la communauté étudiante uniquement ne serait pas suffisante pour rentabiliser l’investissement. Des discussions sérieuses ont déjà eu lieu avec le Cégep du Vieux Montréal afin de trouver une installation à partager, mais elles n’ont jamais abouti.

Les nomades

Cette année, l’équipe de soccer des Citadins pratique et joue ses matchs locaux au terrain du collège Bois-de-Boulogne, à plus de 12 kilomètres de l’UQAM. Une situation loin d’être l’idéale, mais qui demeure un pas en avant. «Avant, on se promenait de terrain en terrain. Cette année on a stabilisé ça, soutient Daniel Méthot. On a mis nos bannières sur les clôtures, on pourrait dire que c’est comme si c’était chez nous.» Le coordonnateur considère que jouer les matchs à l’extérieur du campus affecte la taille des assistances aux matchs. Le journaliste Alexandre Tourigny, lui, ne mâche pas ses mots. «Est-ce que les gens vont se déplacer à Bois-de-Boulogne pour aller voir un match? La réponse est non.»

Si les joueurs de soccer des Citadins assurent être fiers de représenter l’UQAM, Daniel Méthot admet que le manque d’infrastructures peut nuire au sentiment d’appartenance des sportifs. «Quand tu joues à McGill, que tu ouvres la porte et que tu vois le stade de 25 000 places avec ton logo au centre, c’est certain que c’est plus facile de créer ce sentiment.» John Bower, le directeur des programmes universitaires au RSEQ, affirme qu’il faudra penser «en dehors de la boîte» afin de trouver des idées pour créer de nouvelles infrastructures sportives au centre-ville. À la blague, il propose d’installer un terrain de soccer sur le toit du Centre sportif. Le chef du sport d’excellence uqamien, pour sa part, suggère une solution tout aussi inusitée. «Je me dis que le plus bel emplacement qui reste dans notre secteur, c’est la Place Émilie- Gamelin. C’est un espace fantastique pour un aréna avec un terrain de soccer sur le toit. Ça fit», conclut-il, sourire en coin.

Illustration: Dominique Morin

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