Province sauvage

Est-ce que l’humain est dénaturé au point d’avoir oublié les mécanismes qui sont nécessaires à sa survie? À force d’artifices, de pensées prêtes à porter et de fuites à travers des mondes virtuels, que reste-t-il de l’homme chasseur, maître de l’adaptation, ayant survécu à plus fort, plus nombreux et plus mystérieux que lui? La Province est malade. Il n’y a qu’à voir la guerre urbaine qui a eu lieu hier soir dans le centre-ville de Montréal. Mais à quel point le cancer est-il généralisé? Le Théâtre de la Banquette arrière s’est souvent déjà posé ce genre de questions. Pensons par exemple à la pièce La Fête sauvage, reprise en 2009, pleine de tensions, de rapports malsains et des malheurs que l’on tente constamment d’ignorer, tabous jusqu’au ridicule. La création-cadeau montée pour les dix ans de la compagnie, Province, reprend une bonne partie de ces thématiques, s’installant dans la nouvelle Licorne vitrée jusqu’au 12 mai.

Pour constituer une Province, ça prenait presque les mêmes ingrédients que pour La Fête sauvage, c’est-à-dire: un texte de Mathieu Gosselin, les sept comédiens sauvages plus trois nouveaux. Avec ces éléments de base, il n’y a qu’un pas à faire avant d’observer apparaître sous nos yeux un petit bled de maisons mobiles au beau milieu de nulle part, un couple de douchebags qui se shootent à l’autobronzant, deux geeks pros de la gâchette virtuelle, une suicidaire et une «grosse crisse de crisse». Manquent au portrait un homme des bois tourmentés par des «invisibles», une mère prête à abandonner ses enfants pour satisfaire sa libido, une adepte de la dissection et un dieu doré. Incohérent? Ça aurait pu, mais ce serait sous-évaluer la Banquette arrière. Et pas besoin de grand-chose pour y croire. Rappelez-vous ce bon vieux temps où votre serviette devenait une cape, le premier bâton venu votre épée. L’impression d’histoire faite-maison persiste tout au long de Province.

Seuls les thèmes ont réellement changé. La Banquette arrière joue encore, sans en faire tout un plat, clamant elle-même ses changements de lieu, décrochant à point et s’occupant de ses ambiances sonores par la seule force de sa bouche. Le propos est critique, l’issue apocalyptique. Mais on trouve quand même le temps de rire en masse avant d’y passer. La scénographie est chargée, mais sert toujours le propos, le jeu caricatural sans être faux. On se perd parfois dans les méandres délirants de la Province, mais on finit toujours par retrouver son chemin.

Province de Mathieu Gosselin à La Licorne du 24 avril au 12 mai 2012, M.E.S. de Benoit Vermeulen.
Distribution: Amélie Bonenfant, Sophie Cadieux, Sébastien Dodge, Rose-Maïté Erkoreka, Mathieu Gosselin, Renaud Lacelle-Bourdon, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau.

Courtoisie: Bruno Guérin

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