CultureOpinion>En coulissesCleptomanie virtuelle

Avatar Florence Sara G. Ferraris1 février 20122 min

Je suis un pirate. Peu assumée. Pas trop souvent. Mais pirate quand même. J’écoute de nombreuses séries en streaming, je télécharge souvent les albums avant de me les procurer chez les disquaires et il m’arrive rarement de sortir mon portefeuille pour acheter un film. Parfois même lorsque ce dernier est encore au cinéma.

Et quoique certains puissent en dire, on est tous un peu comme ça. Pirates à nos heures, portés par la vague du 2.0, mais peu enclins à l’afficher ouvertement. Après tout, rares sont ceux qui se vantent de pratiquer le vol régulièrement. Dans mon entourage en tout cas, je n’en connais pas beaucoup qui proclament haut et fort être déjà parti sans payer.

Pourtant, au cours des dernières années, il ne s’est probablement pas passé une semaine sans qu’un ami ne me conseille une nouvelle série télé. Et règle générale, cet ami a raison et c’est très bon. Mais à chaque fois, il y a à peu près huit saisons. Ces dernières valent au moins 35 $ la pièce. Je ne suis pas très forte en calcul mental, mais je suis tout même en mesure de vous dire qu’au rythme où les sitcoms apparaissent sur les ondes, mon budget estudiantin est loin d’être capable d’assumer la largesse de ces frais. Celui de mes amis non plus d’ailleurs. On a une hausse à assumer quand même!

Devant cette évidence, le piratage semble la solution parfaite. Deux ou trois mots clés dans un moteur de recherche et le tour est joué. La mémoire de mon disque dur s’effrite, mais ma bourse, elle, est toujours bien remplie.

Je me suis tout de même établi certaines règles que j’essaie de transgresser le moins souvent possible. Ainsi, la plupart du temps, les artisans de la culture de chez nous restent loin de mon dossier de téléchargement. Comme un pirate en haute mer, je reste au large, loin des côtes familières. Ces exceptions à ma règle me permettent de dormir la tête tranquille.

Malgré tout, les plus récents rebondissements virtuels m’ont donné matière à réfléchir. À la suite de la fermeture du site Megaupload, chroniqueurs – officieux et officiels – se sont portés à la défense du libre droit sur la Toile. Chacun pour soi, cachés dernière nos écrans. Il était presque possible d’entendre cette rumeur outragée, ce murmure revendicateur: «Oui aux téléchargements! Oui à la liberté du cyberespace!» Tour à tour, les grands du web ont protesté. Les petits aussi.

Et dans ce brouhaha cybérien, les mêmes qui défendaient la liberté sur le web se disaient contre le téléchargement. En faveur d’une meilleure protection du travail des artistes, des droits d’auteur. Allez savoir qui ils souhaitent leurrer. Ça demeure tout de même un excellent moyen pour se donner bonne conscience.

À ceux-là, je n’ai qu’une chose à dire. Je suis un pirate. Et vous aussi!

Florence Sara G. Ferraris
Chef de pupitre Culture
culture.campus@uqam.ca

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