BaromètreCultureL’Opéra de la déception

Thomas Dupont-Buist26 janvier 20122 min

Je vois déjà venir les grandes critiques dithyrambiques. La communauté théâtrale en émoi, qui n’en aura que pour ce nouveau grand succès de Brigitte Haentjens, prodigue de la mise en scène. L’Opéra de Quat’sous revisité en langue de chez nous avec une distribution de rêve prenait l’affiche le 24 janvier à l’Usine C. À la sortie, la rumeur ambiante criait à la merveille. Ma voix sera très probablement discordante au sein de la critique, mais je ne peux vous mentir. J’ai été profondément déçu par ce qui s’annonçait comme l’une des pièces les plus prometteuses de l’année.

Pour la petite histoire, L’Opéra de Quat’sous est une pièce quasi légendaire de l’allemand Bertolt Brecht, œuvre phare du théâtre épique ayant pour vocation principale de faire réfléchir son public. Pas étonnant que Brigitte Haentjens s’y soit frottée, étant donné son parcours très engagé. Dans cette comédie musicale, la critique du monde moderne et de notre société est omniprésente. L’adaptation situe l’action à Montréal dans la période de l’avant-guerre, alors que le Roi Georges VI nous fait l’honneur de sa visite. Deux clans d’écorchés de la vie s’affrontent pour le contrôle de la ville. D’un côté M. Peachum (Jacques Girard), exploiteur et roi des mendiants, plus avare que l’avare de Molière. De l’autre, le criminel Mackie-le-Couteau (Sébastien Ricard) chef d’une bande de malfrats de petit calibre, prêt à vendre sa mère si ça peut aider sa cause. Au cœur du conflit, Polly (Eve Gadouas), fille de Peachum, s’étant amouraché de Mackie. En l’épousant, elle ruine la retraite dorée de son père qui s’emploiera à pendre le Dom Juan des bas-fonds. Putains, mendiants, bandits et constables corrompus forment le reste des protagonistes.

Quand on s’attaque à Brecht, il faut rendre la chose passionnante, parce que 2h30 sans entracte, c’est long. Il suffit que quelque chose cloche pour que le spectateur décroche. Malheureusement, les éléments qui clochaient ne manquaient pas. Avec une trame sonore sans rebondissements et plusieurs comédiens qui peinent à chanter convenablement, les irritants arrivent rapidement. Sébastien Ricard dans le rôle principal n’arrive pas à convaincre, contrairement à son habitude. Peut-être que ça viendra avec le rodage. La mise en scène n’éblouit pas, malgré quelques bonnes idées, et ne provoque pas la remise en question comme il se devrait. C’est dommage, mais c’est trop souligné. L’adaptation québécoise du texte par Jean-Marc Dalpé est toutefois bien réussie, malgré des paroles de chanson laissant parfois à désirer. Notons tout de même les belles performances de Jacques Girard, Eve Gadouas et Marc Béland. Tout ça pour dire qu’il faut parfois plus qu’une équipe de champions pour vaincre, même lorsque tous les partisans sont avec vous.

L’Opéra de Quat’sous de Bertolt Brecht à l’Usine C du 24 janvier au 11 février 2012. M.E.S. de Brigitte Haentjens.

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