BaromètreAimer d’amour

Michaël Poirier Martin26 septembre 20112 min

À vous de décider: ou bien vous arrivez dans la salle en anticipant un Café de Flore désolant, un vidéoclip convenu de deux heures aux effets faciles et au mélodramatique appuyé; ou bien vous êtes bon joueur et vous embarquez. Très loin de mon idée d’affirmer que la cinéphilie exclut un regard critique. Mais rares sont les occasions de s’abandonner totalement à un film comme nous l’offre ici Jean-Marc Vallée. Le cinéaste prend tous les risques avec une œuvre plus qu’ambitieuse et il en résulte une très grande composition.

Deux histoires en parallèle. Une à Paris en 1969, dans laquelle Jacqueline élève seule son jeune garçon trisomique et lui donne tout son amour et son temps. L’autre à Montréal en 2011, dans laquelle Antoine, un DJ approchant la quarantaine, tente de retrouver la paix intérieure dans ses relations avec sa nouvelle blonde, son ancienne femme, ses parents et ses deux filles.

Si le lien narratif entre les deux histoires de Café de Flore est assez faible, le lien émotif qui les fusionne est extrêmement puissant. Les personnages s’aiment comme des âmes sœurs et il en va de même pour les deux parties du film, qui s’enlacent et se répondent. Monteur de son film, Vallée procède comme le DJ de son récit, opérant des sauts temporels et des répétitions incessantes pour former un intense tourbillon de musique et d’images fortes. Malgré une voix off quasi inexistante et des dialogues avec un psychologue qui auraient facilement pu être évités, ainsi que quelques égarements autour du thème de la réincarnation, l’amour qui émane du film demeure intact et vainqueur pour atteindre le spectateur droit au cœur. Kevin Parent, Hélène Florent, Evelyne Brochu, Vanessa Paradis et Marin Gerrier nous interprètes des personnages profondément amoureux, fragiles et humains. Les références au spirituel, particulièrement au christianisme, sont également omniprésentes et force est de constater que Vallée y trouve les éléments pour élever l’amour humain de ses personnages au rang du divin, ceux-ci baignant souvent dans une lumière surnaturelle.

S’il y a plusieurs ralentis et de la musique sur 50% du film, Café de Flore ne devient pas pour autant un essai formel, fort de son message essentiel. Faire un film grand public tout en livrant une morale édifiante, voilà plutôt un grand tour de force. Authentique, sensible et poétique, Café de Flore est un véritable hymne à l’amour qu’il faut voir absolument.

En salles depuis le 23 septembre.
Café de flore, de Jean-Marc Vallée, Québec, 129 min.

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