Non classéFréquences cachères

Ewan Sauves11 décembre 20105 min
Radio Shalom

Chants religieux hébraïques, émissions culinaires cachères, débats sur l’avenir politique d’Israël… Voici la programmation du 1650AM Radio Shalom. Portrait d’une radio qui jongle avec les sensibilités d’une communauté juive à la diversité insoupçonnée.
Bienvenue dans les locaux de l’unique station radiophonique confessionnelle hébraïque d’Amérique du Nord. Dans le minuscule studio de Radio Shalom, quelques animateurs bénévoles parlent au micro, entre des airs folkloriques et des chants hébraïques. Plus de 92 000 paires d’oreilles les écoutent. Montréal possède la deuxième communauté juive en importance au pays. Établie depuis 2006, une centaine de bénévoles œuvrent pour Radio Shalom à Montréal. Mais la radio communautaire peut également compter sur des collaborateurs aux quatre coins du monde. 
C’est la Torah qui dicte la ligne directrice de cette radio religieuse, explique son président et fondateur, Robert Levy. «En tant que radio juive, nous sommes censés diffuser tout ce qui est en lien avec le judaïsme.» Les 24 émissions de Radio Shalom abordent tous les types de sujets, de l’actualité nationale aux émissions de cuisine cachère, en passant par la musique hébraïque. Un contenu varié offert à un auditoire tout aussi diversifié. 
«La communauté juive de Montréal est composée d’ultra-orthodoxes comme d’ultra-laïques, décrit Robert Levy. Le contenu de la radio se doit alors d’être diversifié pour susciter l’intérêt de chacun. Ma responsabilité est d’essayer de satisfaire le plus grand nombre de sensibilités possible, en trouvant un certain équilibre.» 
En équilibre sur le fil de l’érouve*
Et ce n’est pas toujours évident de plaire à tous. Après des plaintes de plusieurs auditeurs, le directeur a dû jongler avec la plage horaire des émissions afin d’éviter toutes voix féminines en ondes avant midi. De six heures du matin jusqu’à midi, des chansons du patrimoine israélien, avec des paroles tirées de la Torah – et chantées par des hommes – sont diffusées. «Le matin, nous évitons de mettre des chansons populaires, parfois chantées par des femmes, concède Robert Levy. Les ultra-laïques disent que nous sommes trop à caractère religieux tandis que les ultra-orthodoxes affirment que nous prenons les choses trop à la légère. J’essaie de jongler avec les deux tendances.» 
Le fossé de la langue

En plus de s’adapter aux sensibilités de chacun, la radio doit aussi prendre en compte les différentes langues de son auditoire. La programmation est à 60% francophone, 30% anglophone et 10% hébreu. La communauté juive montréalaise se divise en deux branches du judaïsme: les Sépharades, juifs majoritairement francophones issus de l’Espagne, du Portugal et du Maghreb, et les Ashkénazes, anglophones d’Europe centrale et orientale. «Nous remarquons que les Sépharades sont beaucoup plus fidèles à Radio Shalom que les Ashkénazes, explique Dina Sabbah, animatrice de Musique au cœur, une émission de musique et de chants religieux. Il y a peut-être moins de traditionalistes chez les anglophones et plus de religieux orthodoxes chez les francophones.» 
Pour Arlette Fara, animatrice de Confidences des gens d’ici, Radio Shalom propose un regard différent sur le monde. La radio juive présente des nouvelles plus approfondies et complètes sur certains enjeux concernant Israël, parfois négligés par les médias de masse. Elle n’hésite pas non plus à aller au-delà des préjugés. «Il y a des moments dans mon émission où j’ai des invités arabes. Vous croyez quoi? Qu’on leur dit « Ah, non, on ne vous reçoit pas, vous »? Non, ce n’est pas ça Radio Shalom», se défend-elle. Cette ouverture ne fait pas nécessairement le bonheur des auditeurs anglophones, plus prompts à partager leurs mécontentements. 
La licence de radiodiffusion du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) classe Radio Shalom dans la catégorie «radio religieuse». Robert Levy précise toutefois que pour Radio Shalom, le terme religieux est à nuancer. «La liturgie est très peu mise en valeur sur nos ondes. On essaie plutôt de rassembler les auditeurs autour d’une culture et d’un mode de vie, et c’est pour cela que nous nous considérons plutôt comme une radio communautaire.» 
* Fil continu autour d’une ville ou d’un quartier permettant le transport d’objets pendant  le sabbat (le jour du repos) et les jours de fêtes. Il représente en quelque sorte l’extension des murs d’une maison selon la tradition juive.
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Sépharades ou Ashkénazes ?
Le clivage Sépharade/Ashkénaze remonterait au début de l’immigration juive d’après-guerre en sol canadien, vers la fin des années 1940. La communauté anglophone, ashkénaze, déjà établie, s’attendait à ce que les francophones fraîchement arrivés s’assimilent à eux, raconte Peggy Levy, juive sépharade et présentatrice de l’émission La cuisine de mes mères et de mes grands-mères. «Mais nous avons gardé notre culture, nos traditions et nos habitudes.»

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