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Florence Sara G. Ferraris25 novembre 20104 min

Punaises de lit dans les résidences de l’UQAM

Petit hexapode recherche colocataire possédant déjà un logement à Montréal. Aucune préférence concernant le quartier ou le montant du loyer. Vit de nuit. Tendance hématophage.

Caroline, étudiante en comptabilité à l’UQAM, habite les résidences de l’Université. Depuis quelques semaines, elle subit la présence d’un petit colocataire brunâtre à tendance hématophage, qui se glisse dans son lit la nuit venue. «Au début, j’avais le poignet enflé et des marques rouges dans le dos, raconte-t-elle. J’ai finalement trouvé une petite bibitte dans ma salle de bain.» Après avoir envoyé une photo de l’insecte en question à un exterminateur, le diagnostic tombe: son appartement est infesté de punaises de lit.

Du haut de ses quatre millimètres, le désagréable insecte n’hésite pas à vivre à visage découvert. Piqûres suspectes, démangeaisons, taches de sang dans les lits, ce petit monstre laisse des traces partout. Mais difficile de s’en débarrasser.  «C’est un insecte particulièrement résistant, explique le président d’ABC Extermination, Christian Korb. Les insecticides commerciaux ne le tuent pas, ils ne font que l’irriter.» Avis aux étudiants, donc: pulvériser du Raid partout est inutile. C’est d’ailleurs pour éviter la prolifération de ce parasite vampirique que l’UQAM fait directement affaire avec une compagnie d’extermination. Élaboré au cours de la dernière année face à la recrudescence des cas, le plan de l’Université contre les punaises se limite à mettre les étudiants en contact avec les exterminateurs. Après quoi, ce sont ces derniers qui font le suivi. Mais pour le directeur des résidences de l’UQAM, Karim Khelfaoui, la situation n’est pas inquiétante.

«On parle d’environ deux cas depuis le début de la session, soutient-il. Lorsque l’exterminateur revient, c’est presque toujours pour les mêmes chambres.» Selon Caroline, les choses semblent pourtant différentes. «D’après le personnel qui a fait mon suivi, je n’étais pas la seule dans les résidences. Il y aurait environ un cas par semaine.»

L’UQAM n’est pas la seule université à être contaminée par cette petite bestiole. La quasi-totalité des campus nord-américains sont confrontés à cette invasion. Selon Harold Leavey, entomologiste de formation et spécialiste en gestion parasitaire pour l’Entreprise Extermination Maheu, les résidences universitaires sont plus à risque à cause des moyens financiers dont disposent les étudiants. «On ne peut pas demander à un étudiant de tout acheter neuf, reconnaît-il. Malheureusement, ce qui est usagé peut aussi être contaminé.»

Plus qu’un problème universitaire

Loin de se limiter aux chambres estudiantines, la punaise de lit est depuis une vingtaine d’années un fléau en pleine expansion dans les grandes villes du monde. L’entreprise de Harold Leavey, l’une des plus importantes de la métropole, effectue en moyenne une centaine d’interventions d’extermination par jour à Montréal. «C’est un problème exponentiel, affirme-t-il. Depuis l’an 2000, c’est une véritable invasion.»

Même son de cloche à l’Office municipal de l’habitation de Montréal (OMHM). «Nos statistiques sont inquiétantes, souligne Adrien Sanregret, chargé de l’Unité de salubrité à l’OMHM. En 2009, il y a eu 1300 cas et l’on prévoit qu’il y en aura plus de 2000 cette année.» Sur les quelque 20 000 logements dont se charge l’Office, il s’agit d’une augmentation de plus de 910% depuis 2006.

Même s’il n’y a pas de lien entre héberger une colonie de punaises de lit et la salubrité de son appartement, il n’en reste pas moins qu’avoir les ressources financières pour intervenir rapidement n’est pas le luxe de tout le monde. Lorsqu’une compagnie d’extermination se déplace, un particulier doit s’attendre à débourser de 300 $ à 1500 $. Selon Harold Leavey, une personne âgée en perte d’autonomie vivant seule n’interviendra pas assez vite pour freiner la propagation. «D’autres ont honte et essaient de régler le problème eux-mêmes», déplore le Dr Stéphane Perron, spécialiste en médecine communautaire et conseiller pour l’Agence de la santé publique et des services sociaux de Montréal. Les interventions maisons ne sont toutefois pas une solution à adopter avec légèreté puisque, en général, elles amplifient le problème et compliquent la vie aux experts.  «Il faut que les gens comprennent que même un hôtel cinq étoiles peut être aux prises avec ce genre de problématique, précise Stéphane Perron. Ce qui fait la différence, c’est la vitesse d’intervention.»

Un insecte globe-trotteur

Les causes de la propagation des punaises de lit sont multiples. Selon Harold Leavey, les pesticides plus écologiques, les échanges commerciaux et le tourisme peuvent être montrés du doigt. «Depuis une quinzaine d’années, la punaise voyage avec nous», affirme-t-il. Christian Korb, d’ABC Extermination, raconte que son entreprise a même déjà désinfecté un cinéma. Tous ceux qui s’y étaient rendus ont donc été susceptibles d’en amener ailleurs. «À New York, il y en a partout. À l’Empire State Building, à l’ONU, partout, s’exclame Harold Leavey. C’est plus qu’un problème parasitaire.»

La Ville de Montréal et l’Agence de la santé publique misent sur la prévention. Ce serait toutefois insuffisant pour enrayer le plan de conquête du monde de la lilliputienne créature. Selon Adrien Sansregret de l’OMHM, les gens doivent plutôt changer leur manière d’appréhender le problème.  «Il faudrait que les gens agissent comme s’il y en avait partout!»

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