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Matthieu Max-Gessler27 octobre 20105 min
Entrevue avec Claude Corbo et Monique Goyette

Avec un déficit de 16,7 millions de dollars prévu en 2010-2011, l’UQAM navigue encore en eaux troubles, non loin des écueils de l’Îlot voyageur. Dans les hauteurs du pavillon Athanase-David, Montréal Campus a rencontré les deux capitaines à la barre de l’UQAM, tous deux bien déterminés à maintenir le cap vers l’équilibre budgétaire. 

Retour à l’équilibre budgétaire

L’UQAM wants YOU!

Ce n’est pas avec de nouvelles compressions que l’UQAM atteindra l’équilibre budgétaire, mais en augmentant ses effectifs étudiants aux cycles supérieurs, affirme le recteur Claude Corbo. 
Selon son budget 2010-2011, l’Université prévoit ainsi passer de 3 350 étudiants aux cycles supérieurs en 2009 à 3 960 en 2015, tout en maintenant les effectifs au premier cycle. Un objectif réaliste, ont affirmé Claude Corbo et la vice-rectrice aux affaires administratives et financières, Monique Goyette, le 15 octobre dernier. «Chaque année, 300 étudiants admissibles aux études supérieures sont refusés, faute de professeurs pour les encadrer, déplore le recteur. Avec l’augmentation d’ici 2015 de 145 professeurs, qui pourront superviser au moins cinq étudiants chacun, ça nous fait 700 étudiants aux cycles supérieurs de plus.» Grâce à cette augmentation espérée des inscriptions, l’Université rejoindrait la moyenne du réseau universitaire québécois, soit 20% des étudiants aux cycles supérieurs. À l’Université de Montréal et à l’Université McGill, ce ratio atteint 23%, alors que l’UQAM traîne de la patte à 17%. Avec la formule actuelle de financement des universités, un étudiant de cycle supérieur apporte davantage de subventions publiques aux établissements qu’un étudiant de premier cycle. C’est pourquoi l’UQAM mise tant sur les doctorants et les étudiants à la maîtrise pour l’atteinte de l’équilibre budgétaire.
Le recteur de l’UQAM tient également à distinguer le Plan de retour à l’équilibre budgétaire de son austère prédécesseur, le Plan stratégique 2009-2014. «Ce dernier était axé sur les compressions, reconnaît Claude Corbo. Le Plan de retour à l’équilibre est axé sur le développement.» Ainsi, l’ajout d’une quatrième plage horaire n’est plus envisagé par la direction de l’Université. Par contre, si l’UQAM ne tablera pas sur les frais afférents pour atteindre le déficit zéro, Monique Goyette prévient que la contribution étudiante n’a pas d’autre choix que d’augmenter. «Le coût des services aux étudiants croît toujours, explique-t-elle. Il y a toute une série d’éléments qu’on doit financer.»
Même si les vents lui sont favorables pour les six prochaines années, l’UQAM restera tout de même aux prises avec un déficit cumulé de plus d’une centaine de millions de dollars. Une perspective qui n’effraie pas Monique Goyette. «Nous ne sommes pas en train de penser à comment on va rembourser la dette, déclare-t-elle. Parmi toutes les universités qui ont des déficits, aucune n’a encore commencé à les rembourser.» Pour l’année budgétaire 2010-2011, l’UQAM prévoit être dans le rouge de plus de 16 millions $, à l’instar de l’année précédente.
Frais de scolarité

Dégel pour rétablir l’équilibre

Même si le recteur Claude Corbo refuse de prendre position sur la nouvelle hausse des frais de scolarité à venir, contrairement à ses collègues Guy Breton, de l’Université de Montréal, et Denis Brière, de l’Université Laval, le Plan de retour à l’équilibre budgétaire de l’UQAM repose en partie sur la poursuite du dégel après 2012.
Dans ses calculs pour rétablir la santé financière de l’Université, la vice-rectrice aux affaires financières et administratives, Monique Goyette, a prévu que les droits de scolarité continueraient leur ascension de 50 $ par session jusqu’en 2016. Le dernier dégel de ces frais, qui a commencé en 2007, prévoit une hausse du même ordre jusqu’en 2012, pour une augmentation de 500 $ en cinq ans. Mais dans son budget du printemps dernier, le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a annoncé une nouvelle hausse des frais de scolarité à partir de 2012. En dépit de ce nouveau fardeau pour les étudiants, Claude Corbo ne craint pas une diminution des effectifs. «Peu importe les droits de scolarité, l’objectif de hausser les inscriptions va persister», tranche-t-il


Formule de financement des universités

L’UQAM s’en va-t-en guerre

La direction de l’UQAM fourbit déjà ses armes pour que la prochaine formule de financement des universités soit plus avantageuse à son égard. 
«Ça ne sera pas en 2011, mais on se prépare à débattre de la question», affirme le recteur Claude Corbo. Ce dernier ne compte pas répéter l’erreur de son prédécesseur, Roch Denis. L’ancien recteur avait donné son aval en 2006 à des modifications de la formule de financement qui désavantagent nettement l’UQAM. Depuis ces changements, les universités en région et celles avec une faculté de médecine détiennent une longueur d’avance sur l’Université du peuple. «L’UQAM est prise entre les deux visions, confirme la vice-rectrice aux affaires administratives et financières, Monique Goyette. Chacun essaie de tirer la couverture de son bord. On veut être prêts à défendre notre position et à mieux tirer notre épingle du jeu la prochaine fois.» 
Plan directeur immobilier

Université cherche pavillon (bis)

L’UQAM planche depuis plusieurs mois sur un nouveau plan immobilier. L’Université doit trouver une façon d’accueillir plus d’un millier de nouveaux étudiants dans les six prochaines années. 
Selon les prévisions de l’Université, près de 1 700 étudiants à plein temps viendront gonfler les rangs de l’UQAM d’ici 2015, en plus des 145 nouveaux professeurs embauchés d’ici 2014. «On est à l’étroit, mais on est encore capable de supporter plus de clientèle, affirme la vice-rectrice aux affaires administratives et financières, Monique Goyette. La diminution des effectifs des dernières années nous laisse du jeu.» À la demande du Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, en 2008, la direction de l’Université doit mettre sur pied un Plan directeur immobilier qui va établir les besoins d’espace de l’UQAM. «Il faut améliorer les espaces de vie pour les étudiants et les activités associatives, souligne le recteur Claude Corbo. C’est important que le campus soit une place agréable.» Le Plan directeur immobilier devrait être dévoilé en décembre.
Un homme averti en vaut deux: Claude Corbo ne compte pas répéter les erreurs de son prédécesseur. L’ancien recteur Roch Denis, qui a démissionné avec fracas en novembre 2006, a entraîné l’UQAM dans deux fiascos immobiliers, ceux du Complexe des sciences et de l’Îlot Voyageur. Les deux désastres financiers sont en grande partie responsables de la piètre santé financière de l’UQAM et de la baisse de fréquentation de l’établissement.

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