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Penelope Leclerc16 avril 20103 min
Dans le monde du spectacle, les artisans de l’envers du décor sont aussi indispensables que méconnus du grand public. C’est le cas de Louise Roussel, directrice de production de Robert Lepage. Cette ancienne de l’UQAM, qui travaille pour le grand manitou depuis plus de 15 ans, a accepté que les projecteurs se braquent sur elle le temps d’un portait. 
Le rendez-vous est pris à l’Usine C, troisième étage. La hauteur des plafonds et les murs d’un blanc immaculé donnent une impression de galerie d’art. C’est à gauche, première porte. Le décor épuré de son bureau offre un tableau à des années lumières de ce qu’on attend des personnages de théâtre bordéliques. 
Le mariage d’amour entre Louise Roussel et le théâtre remonte à ses jeunes années. «Au secondaire, et ensuite au cégep, je touchais au théâtre tout le temps, aux arts lyriques un peu aussi, le chant, la voix, mais surtout le théâtre», affirme la femme dans la quarantaine, un brin de nostalgie dans la voix. Après des études collégiales en sciences humaines, Louise Roussel hésite: droit, psychoéducation ou théâtre? La Saguenéenne d’origine choisit le jeu à l’UQAM. «Je voulais faire du théâtre dans la vie, mais je ne savais pas si je pouvais en faire un métier. Il y a toujours une peur à choisir les arts et j’avoue que mes parents auraient peut-être préféré que je choisisse le droit.» Au fil de son baccalauréat, la jeune étudiante délaisse le jeu pour les coulisses. «Je prenais beaucoup, beaucoup de cours en scénographie. Je me rappelle que j’allais souvent au J-2020 voir le directeur technique pendant qu’il faisait du montage. Je lui demandais comment faire pour poser telle lampe, je tripais là dessus!»
En 1989, aussitôt diplômée, sa carrière s’enclenche, Louise Roussel délaisse ses aspirations de comédienne pour se consacrer au métier de directrice de production. Sans aucun regret, elle est toujours persuadée d’être à sa place derrière le rideau plutôt que face au quatrième mur. «Récemment encore, on était dans une très belle ville comme Madrid, à diner dans un magnifique restaurant à côté du théâtre, et là je me suis dit: wow, on fait vraiment le plus beau métier du monde!» s’exalte la dame de théâtre. 
Bien que Louise Roussel ait à valser avec les chiffres et les plans d’affaires, ce sont les contacts humains qui demeurent sa véritable passion dans le métier, quitte à être une deuxième maman. «Je pense qu’une de mes forces dans mon travail, c’est la gestion de personnel. Il faut que tu comprennes leurs peurs, leur inquiétudes, leurs désirs.»
Citoyenne du monde
De scènes en scènes, son travail avec Robert Lepage l’a amené à arpenter le planisphère. «J’ai presque fait le tour du monde. Nous ne sommes malheureusement pas allés en Afrique, mais je suis passée par tous les autres continents. C’est peut-être la sixième fois qu’on joue à Londres, qu’on présente des spectacles à Paris.» La Québécoise se considère extrêmement chanceuse de travailler à l’étranger, dans un milieu propice à l’ouverture aux autres comme à l’art. «Travailler dans d’autres pays, c’est une façon de voyager complètement différente. Tu travailles avec des gens qui vivent là, tu vas manger dans le restaurant local des techniciens et tu sors dans les boîtes de nuit qui sont moins visées par le tourisme.» 
Ses nombreuses péripéties autour du globe ont façonné sa vision au quotidien. «Ça t’ouvre sur le monde, ça t’ouvre sur les différentes communautés et leurs particularités, mais aussi sur les difficultés politiques et culturelles, le racisme. C’est tellement riche!» Une ouverture qui teinte son travail et celui de Robert Lepage, dont la distribution artistique est volontairement métissée.
Néanmoins, la femme cosmopolite entretient toujours un amour pour la ville aux cents clochers. «Je trouve que c’est une des villes où il y a la plus belle intégration des ethnies. Ici tu peux manger chez le Chinois un jour, chez le Portugais le lendemain et entendre parler italien la veille. Montréal est une ville harmonieuse, on ne sent pas de difficultés d’intégration et ça, tu le réalises une fois que tu as voyagé.»

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