Non classé35 millions de dollars de prêts et bourses en sursis

Maika Sondarjee16 février 20103 min

Ottawa vient de verser 115 millions de dollars au Québec pour des bourses aux études. En cette périodes de vache maigre, les associations étudiantes nationales craignent que le gouvernement Charest engloutisse une part du gâteau avant qu’il n’arrive dans l’assiette des étudiants.
Les associations étudiantes, après avoir salué la décision du gouvernement Harper pour la somme récemment octroyée, craignent désormais un «détournement de fonds» de la part du gouvernement Charest. Le transfert de 115 millions de dollars du gouvernement fédéral remplace le Programme des Bourses du millénaire, qui a fait ses adieux le cinq janvier dernier. Ce dernier a emporté avec lui un soutien financier de 80 millions de dollars destinés aux étudiants. Avec le nouveau montant transféré par Ottawa, les bourses étudiantes devraient donc profiter d’une bonification de 35 millions de dollars, à moins que le gouvernement provincial n’en décide autrement.

«Il faut que les fameux 35 millions aillent aussi aux étudiants», s’exclame, Jean Grégoire, le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Ce dernier ne fait pas confiance au gouvernement du Québec quant à la gestion de cet argent. Selon lui, le gouvernement fédéral n’a aucun droit de regard sur la gestion de la somme par le gouvernement provincial. «Et le gouvernement provincial refuse de s’engager sur la distribution exacte qu’il va faire de cet argent», ajoute-t-il.

La représentante des étudiants au Conseil administratif de l’UQAM, Charlotte Guay-Dussault, n’a qu’une expression à la bouche pour décrire la situation: «Ça n’a aucun bon sens». Pour elle, il serait «scandaleux» qu’une partie du transfert destiné aux étudiants disparaisse dans des dédales administratifs.
Compensations libres

Le gouvernement Charest pourrait-il utiliser les 35 millions autrement que pour des bourses? C’est tout a fait possible, affirme Ahmed Naciri, professeur au département de sciences comptables de l’UQAM. La règle de «retrait avec compensation» entre les deux instances de gouvernement permet à Québec, s’il ne peut profiter d’un programme fédéral, d’en recevoir une compensation financière libre de contraintes. Québec s’est retiré du programme qui remplace les bourses du millénaires, le Programme canadien de bourses étudiantes (PCBE), avec un montant compensatoire de 115 millions. Si l’administration Charest utilisait les fonds transférés  à d’autres fins, les étudiants pourraient «le lui reprocher» pense Ahmed Naciri, mais ce serait tout de même légal. «Dans les faits, il pourrait bien faire ce qu’il veut avec cet argent», résume le professeur.

Bien que le ministère de l’Éducation du Québec ait officieusement promis que cet argent garnirait les coffres du programme de prêts et bourses, le président de la FEUQ reste très sceptique. «Comme ils n’ont pas de compte à rendre, ils peuvent tout simplement prendre l’argent et le mettre n’importe où», précise-t-il.
Alex Desrochers, secrétaire aux relations internes de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), a rencontré les représentants du Ministère de l’Éducation. Selon lui,  les réponses du gouvernement sont aussi «vagues» qu’«inquiétantes».
Grogne des étudiants
La FEUQ,  et les120 000 universitaires québécois qu’elle représente,  prévient : «les étudiants réagiront rapidement». Une manifestation était d’ailleurs organisée par la Fédération le jeudi 11 février, coin Sherbrooke et McGill College, afin d’exiger du gouvernement qu’il place immédiatement le 35 millions supplémentaire en bourses aux étudiants.
 
«On ne laissera pas l’argent aller en baisses d’impôts plutôt qu’en bourses», assure Alex Desrochers de l’ASSE. Il croit pourtant que «ce ne serait pas surprenant», vu le contexte économique actuel. Il assure que, de son côté aussi, les étudiants sont sur le pied d’alerte.

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