Non classéTrou de cul, pas deux de pique

Émilie Clavel12 février 20104 min
Une fédération encadre le célèbre jeu de cartes

Longtemps confiné aux sous-sols de banlieue, le trou-de-cul sort de la noirceur et réclame sa place au firmament des jeux de cartes. Montréal Campus est allé à la rencontre de la fédération officielle à la brasserie Cherrier, l’un des derniers endroits où l’on peut passer en une soirée d’orifice anal à président du monde.
L’atmosphère est fébrile à la Brasserie Cherrier. Et pour cause: ce soir, c’est soir de tournoi. Au centre de chaque table trône un paquet de cartes. La quinzaine de joueurs écoute attentivement Dominic Robitaille, qui expose les règlements de la joute avant le coup de départ. Au signal de l’animateur, tous empoignent leurs cartes et les présidents sont désignés. Pour les membres de la Fédération québécoise de trou-de-cul (FQTC), le trou-de-cul, c’est du sérieux.

Même si l’organisation n’en est qu’à sa cinquième année d’existence, Dominic Robitaille, fondateur et président, met sur pied des tournois du populaire jeu de cartes depuis plus de dix ans. «Le but, c’est de créer des événements uniques, mais sans prétention», explique-t-il. 

Les balbutiements du trou-de-cul organisé ont eu lieu alors que Dominic Robitaille était étudiant à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. À cette époque, ses colocataires et lui, tous mordus de trou-de-cul, inventent un système de pointage et affichent un classement sur le mur de leur appartement. D’année en année, les étudiants organisent quelques tournois à la Brasserie Cherrier, avant de créer officiellement la FQTC.
Une compétition amicale

Au-delà des cartes, les adeptes de trou-de-cul voient dans leurs rencontres mensuelles l’occasion de socialiser. «Ce sont des gens qui travaillent et qui ont besoin d’une sortie, de voir du monde», résume Dominic Robitaille. La plupart des convives participent d’ailleurs au tournoi depuis plusieurs années. Certains joueurs, dont le président, ont même trouvé l’amour entre deux paires de valets. D’autres habitués ont tissé de belles amitiés au fil des années et organisent des activités ou des voyages ensemble.

Isabelle Nadeau, 36 ans, est une habituée des tournois de trou-de-cul depuis cinq ans. Jadis en tête des classements, la joueuse a récemment connu quelques tournois difficiles. «Mais ce soir, c’est mon grand retour!» clame-t-elle en guise d’avertissement. À chaque table, blagues et taquineries fusent. «Lui, il triche tout le temps!», lance avec humour Réal Boucher, 70 ans, en pointant son voisin de table qui est assis à la place du président, généralement une chaise plus confortable. Le doyen du tournoi est un adepte de ces soirées depuis 2005. Il raconte même avoir un jour organisé son propre tournoi sur une plage de Cuba, avec un groupe de touristes québécois. 
Si quelques joueurs soutiennent que leur succès n’est qu’une question de chance, la plupart s’entendent pour dire que le jeu nécessite tout de même une part de stratégie.  «Un bon joueur de trou-de-cul est patient, commente Dominic Robitaille. Il sait attendre au bon moment pour jouer ses meilleures cartes. Statistiquement, c’est prouvé que certains sont meilleurs que d’autres.»
Pour pimenter l’exercice, le président de la FQTC aime bien varier les règles à chaque tournoi. «C’est un jeu assez conservateur, explique-t-il, mais j’aime ça brasser le conservatisme de temps à autre.» Les joueurs doivent donc composer avec les extravagances du président et adapter leur style de jeu. «J’ai certaines variantes qui sont assez rock and roll, ça augmente le calibre de la soirée» ajoute Dominic Robitaille en rigolant.
Il assure que, malgré ces petits défis, le trou-de-cul demeure assez simple à apprendre. Selon lui, c’est d’ailleurs l’accessibilité du jeu qui fait tout son charme. «On a un nouveau champion à chaque rencontre. Tout le monde peut avoir ses quinze minutes de gloire.» Le président de la FQTC va même jusqu’à qualifier le trou-de-cul de «jeu le plus démocratique du monde». «Même dans les sociétés dites démocratiques, les dirigeants ont de nets avantages sur le peuple. Au trou-de-cul, c’est pareil; le président a toujours un avantage sur le trou-de-cul.»
Une vision d’avenir
Même si leurs rencontres se font plus rares, les joueurs de la FQTC n’en sont pas à leur dernière partie. Dominic Robitaille chérit l’idée d’organiser un trou-de-culthon, un événement durant lequel les participants joueraient pendant 24 heures. Il prévoit aussi une refonte complète du site Web de l’organisation. «Je veux devenir LA référence du trou-de-cul sur le Web» déclare le président. Parallèlement, Dominic Robitaille organise sur une base régulière des tournois d’autres jeux de société, comme Risk ou Carcassonne, par l’entremise de son blogue. 
La prochaine rencontre de ces adeptes du trou-de-cul organisé aura lieu le mercredi 3 mars prochain à la Brasserie Cherrier, au grand plaisir du propriétaire de l’établissement, Claude St-Pierre. Lui-même un joueur régulier du tournoi annuel du Temps des Fêtes, il se dit très heureux que les joueurs aient choisi sa brasserie comme lieu de rassemblement. Accueillant avec autant d’hospitalité les trous de cul que les présidents, l’établissement laissera très certainement sa marque dans les annales du jeu de cartes. 

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