Non classéLes wiz du petit écran

Jean-Francois Bourbeau11 décembre 20095 min

Spécialistes des quiz télévisés

Vous désirez faire de l’argent facilement? Vous mourez d’envie d’être reconnu au coin de la rue? Les portes des quiz télévisés vous sont grandes ouvertes. Mais attention, vous risquez d’y affronter plus fort que vous.

Illustration: Dominique Morin www.spoutnikmorin.net

Daniel Morin a déjà touché un salaire de 50 000 dollars de l’heure. Pourtant, il n’est ni joueur de hockey professionnel ni rockstar. Seulement un champion parmi les champions d’une discipline hors du commun: le jeu-questionnaire.

Que ce soit à Bluff, au Cercle ou à Paquet-voleur, les participants ont la chance de mettre la main sur des sommes alléchantes s’élevant parfois jusqu’à 100 000$. Au milieu de tous ces shows télévisés, une poignée de têtes savantes reviennent de quiz en quiz. Le téléspectateur attentif remarquera régulièrement ces génies du petit écran, affectueusement surnommés les wiz par les producteurs.

En participant entre autres au Cercle, à 21, à Ultimatum et à Pyramide, Daniel Morin a récolté un magot total de plus de 65 000$ en l’espace de quelques années seulement. Un avare du petit écran? «On fait ça pour le plaisir de jouer, dit-il prestement. C’est enivrant. L’argent, ce n’est que le glaçage sur le gâteau.»

François-Yves Prévost, médecin et ancien participant à la mythique émission pour adolescents Génies en herbe, cultive sa passion pour la culture générale depuis son enfance. «Quand j’étais jeune, je me disais que si les compétences intellectuelles étaient aussi valorisées que le talent au hockey, j’aurais pu être une superstar!» À défaut de défrayer les manchettes, il a toutefois atteint l’étape finale de plusieurs quiz. Parmi ceux-là, Bluff, où il a été défait par son rival et ami… Daniel Morin.

À force de côtoyer les mêmes individus d’émission en émission, les concurrents finissent par se connaître. Céline Bélanger, une des doyennes du milieu avec plus d’une quarantaine d’émissions à son actif, en sait quelque chose. Elle affronte régulièrement nul autre que son mari, Marc Tremblay, un des joueurs les plus compétitifs du Québec. «Non, il n’y a pas de concurrence entre nous! On s’entraide et on demeure extrêmement solidaires malgré les défaites.» Elle concède néanmoins que le fait de connaître ses adversaires peut changer l’issue des parties: «on commence à cerner les faiblesses des autres. Par contre, on sait que certains sont très forts et ça devient intimidant.»

Monopole des ondes

Pour accéder aux plateaux de tournage, encore faut-il réussir les entrevues de sélection. François-Yves Prévost se fie simplement à sa vaste culture générale, ce qui ne l’empêche pas de jouer le jeu de la séduction. «J’essaie toujours de faire des blagues. Je sais qu’ils veulent des gens drôles. C’est mon sang de kid kodak qui ressort dans ce temps-là!» Les producteurs de quiz recherchent justement les François-Yves Prévost de ce monde. Le responsable de la sélection des joueurs au Cercle, Patrick Couillard, tient mordicus à ce que les concurrents soient à l’aise devant la caméra et en ce sens, les wiz représentent des valeurs sûres grâce à leur expérience. «Quand l’objectif se pose sur eux, il faut que leur regard s’allume. Ces gens-là connaissent bien les rouages des plateaux de télévision et leurs jambes ne flanchent pas durant les moments importants.»

Les wiz ont beau être les génies du petit écran, certains diront qu’ils s’accaparent les ondes et enlèvent la chance à d’autres de gagner des sommes faramineuses. C’est une préoccupation qui traverse souvent l’esprit des équipes de production. Par exemple, au Cercle, la vague de wiz a envahi l’émission durant les premiers mois. «Ils sautent sur la première occasion, lance Patrick Couillard, et c’est pourquoi on les a surtout vus au début. Chez nous, il faut attendre un an jour pour jour avant de se réinscrire. Après, il me fera plaisir de les réinviter.»

La politique est différente du côté de Bluff, où plusieurs participants sont revenus tenter leur chance à la deuxième saison. Le producteur, Jean-Yves Paiement, ne trouvait pas de raison valable pour leur refuser une seconde tentative de remporter 50 000$. «Les critères étaient les mêmes lors des entrevues. Certains concurrents de l’année dernière n’ont pas été réinvités, car ils ont moins bien performé lors de l’examen. Sinon, je prends les plus méritants, alors je considère que ce serait immoral d’exclure un joueur sous prétexte qu’il est bon et qu’il a déjà connu du succès.» Le wiz François-Yves Prévost est du même avis: «est-ce qu’on va empêcher un médecin d’acheter un billet de loterie sous prétexte qu’il n’a pas besoin d’argent?»

À force de briller à la télé, les wiz doivent-ils payer la rançon de la gloire? «On m’aborde parfois pour me féliciter et me demander quel est le prochain quiz auquel je participerai, raconte Daniel Morin. Mais la plupart du temps, je reste dans l’anonymat.»

Party de wiz

Les professionnels du quiz ne font pas que s’affronter à la télévision. Ils se rencontrent aussi hors des ondes pour le plaisir de jouer. Des ligues régionales de Génies en herbes confrontent ces encyclopédies sur pattes chaque dimanche soir. «C’est ma ligue de bowling à moi, confesse François-Yves Prévost. Et comme dans tous les sports, on aime être le meilleur.» Durant la saison, il y a aussi l’important tournoi Paléogénies, organisé en partie par Daniel Morin, où convergent les gens les plus cultivés du Québec. Plus d’une centaine d’érudits s’affrontent dans un vacarme de cris de joie, de rires et de bruits provenant des boutons-réponses. «C’est un tournoi qui se tient chaque année à un endroit différent de la province, explique l’organisateur. C’est très informel, un gros party qui s’étend sur une fin de semaine. On fait ça pour le plaisir d’être en gang et d’apprendre de nouvelles choses.»

Daniel Morin, enseignant, s’implique aussi dans la ligue scolaire de Génies en herbe. «Cette discipline est ce qui m’a permis d’être un bon élève et d’être la personne que je suis aujourd’hui. Si je peux transmettre ces valeurs à mes jeunes et montrer qu’elles peuvent mener à quelque chose de très positif, tant mieux!»

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