Au bout de l’arc-en-ciel

Disparition du seul groupe LGBT uqamien

La communauté allosexuelle uqamienne est en deuil: le groupe qui la représentait n’est plus. Même si l’homophobie n’est pas très présente entre les murs bruns de l’Université, les étudiants lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres pleurent leur lieu de rassemblement.

Illustration: Dominique Morin www.spoutnikmorin.net

Après sept ans d’existence, le Regroupement étudiant dans la diversité sexuelle (REDS), le seul groupe arc-en-ciel de l’UQAM, n’est plus. À cause de problèmes financiers, internes et de participation, ce groupe pour les jeunes étudiants lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT) a fermé ses portes au début du mois de novembre.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que l’ancien président du REDS, Emmanuel B. Lepage, a mis la clé sous la porte. «Le REDS, c’est ma vie, c’est une histoire personnelle», raconte-t-il avec un mélange de nostalgie et de bonheur. Mais aucune autre option n’était possible. «On ne pouvait rien faire, les gens ne s’entendaient pas bien, explique Claire Dumouchel, ancienne vice-présidente aux affaires externes. Je pense que la plus grande erreur du REDS, c’est d’avoir voulu être politique.»

Peut-être est-ce pour cette raison que le membership n’a jamais été très élevé, propose Emmanuel B. Lepage. La présence de quinze personnes représentait un excellent taux de participation, alors qu’à leur plus bas, certaines activités réunissaient uniquement quatre personnes, se souvient-il en riant.

Emmanuel B. Lepage n’est pas le seul à être attaché émotivement au REDS. Sur le coup, Claire Dumouchel a été affectée et déçue de la dissolution du groupe. Elle croit qu’il était important pour la visibilité des étudiants LGBT. Pour elle, le REDS représente d’heureux souvenirs: c’est notamment à cet endroit qu’elle a rencontré sa copine. Au départ, le but premier de son intérêt pour le groupe était justement de faire des rencontres, amicales et possiblement amoureuses. Le côté informel et social du groupe était la clé du succès, affirme-t-elle.

Briser l’isolement

Marie Houzeau, la directrice du Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS-Montréal), s’attriste de la dissolution du groupe. «Je trouve cela très dommageable. Avoir un groupe queer au sein de l’université, c’est un signe d’ouverture et d’acceptation de la diversité». Selon elle, ce groupe avait «un effet bénéfique non seulement sur les LGBT, mais sur tous les étudiants». Les jeunes allosexuels, qui représentent de 5 à 10% de la population en général, pouvaient démystifier leur situation aux yeux de leurs pairs en étant visibles. En plus de promouvoir cette diversité sexuelle, certains étudiants pouvaient compter sur le REDS pour enclencher leur processus de coming out en toute confiance.

Un groupe queer universitaire sert à briser l’isolement, selon Marie Houzeau. Les jeunes se rassemblent pour discuter avec d’autres étudiants qui passent à travers le même cheminement qu’eux.

«J’ai l’impression qu’on a quelque chose en commun, une remise en question de l’hétérosexualité, de l’hétéronormativité, témoigne Claire. On a le droit d’avoir un sentiment d’appartenance et d’identité distinct. Le but de se regrouper, c’est d’être fier. On doit pouvoir exposer notre réalité sans se faire dire qu’on en parle trop, ce que me reprochent souvent mes amis hétérosexuels.»

Vaincre l’homophobie

De l’homophobie, à l’UQAM? Claire Dumouchel n’en a pas vécu, même si elle  s’affiche avec sa copine. «J’ai été agréablement surprise de constater à quel point je peux être visible, je peux dire que je suis lesbienne sans aucune mauvaise réaction», se réjouit Claire, qui étudie en psychologie. Quant à Martine Robitaille, une étudiante qui discute ouvertement de sa bisexualité, elle craint que certains n’osent pas s’afficher comme elle le fait. Pour sa part, Emmanuel est convaincu que l’homophobie est toujours présente dans les milieux universitaires. Par contre, il affirme que la plupart des gens sont «politiquement corrects» avec lui.

Or, l’hétérosexisme, avec son langage exclusif, existe bel et bien. Pour remédier à cette situation, Martine croit qu’il devrait y avoir un plus grand contact entre les communautés gaie et hétérosexuelle au sein de l’UQAM.

Le GRIS-Montréal, qui fait de la sensibilisation dans les écoles, intervient aussi dans les milieux universitaires. Lorsqu’il est sollicité à l’UQAM, c’est souvent par les professeurs de francisation. Dans ces cours, «les étudiants proviennent parfois de pays où l’homosexualité peut être criminalisée à différents degrés, raconte Marie Houzeau. Il y a un travail de sensibilisation à faire.» Ainsi, une partie de cette démystification continue d’être réalisée malgré la disparition du REDS.

Groupes queer: UQAM, l’entre-deux

Contrairement à l’UQAM, d’autres universités possèdent toujours leur regroupement allosexuel. Par exemple, L’Alternative est présente à l’Université de Montréal. Cependant, Emmanuel B. Lepage déplore le fait que le groupe n’ait même pas son propre local. Quant à l’Université McGill, elle possède l’un des meilleurs groupes LGBT étudiants, Queer McGill. «McGill a des ressources phénoménales. Ils ont même une ligne d’écoute!», lance Emmanuel, enjoué. Il considère que le REDS était à mi-chemin entre les deux. Le groupe uqamien recevait pour sa part un financement des Services à la vie étudiante, mais était loin d’avoir en main toutes les ressources de Queer McGill.

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