Non classéCru, dis-tu?

Justine Grenier13 novembre 20095 min

Le crudivorisme gagne du terrain à Montréal

Bien que l’automne invite à la tarte aux pommes et aux plats mijotés, les crudivoristes tournent le dos au comfort food. Pour ces défenseurs de la nourriture crue, l’alimentation vivante est bien plus qu’une source d’énergie. C’est un amour de la nature.

Photo : Jean-François Hamelin

Valérie Daigneault dort cinq heures par nuit et son secret n’a rien à voir avec le café ou le Red Bull. «80% cru, 20% plaisir», confie-t-elle, le sourire aux lèvres. Elle fait partie des adeptes de plus en plus nombreux à Montréal de l’alimentation vivante. Mais oubliez les plats fades: les réinventeurs de la nourriture crue mettent K.O. le bâton de céleri sans saveur.

Valérie Daigneault est la gérante pimpante du restaurant Crudessence. Combos de nourriture crue, biologique, végétalienne et locale ornent son menu. Les sushis de vie y côtoient les fines crêpes déshydratées à base de noix, d’avocat, de chia et de lin. Sur la musique de Don’t worry be happy, Valérie résume en une phrase la mission du restaurant. «C’est l’art de manger avec conscience.» Depuis deux ans, le restaurant Crudessence se veut une porte ouverte à Montréal sur une façon différente de manger. Il offre des cours de cuisine pour les non-initiés et, grâce au service de buffet, peut même verdir vos partys de bureau.

Verdir grâce à des fruits et des légumes, certes, mais la base du crudivorisme est de privilégier la germination et la fermentation au détriment des fourneaux. Pain et légumineuses germés, algues et lait de noix sont des exemples d’ingrédients de cette crusine. Certains crudivores intègrent la viande crue à leur régime, mais la plupart des adeptes de l’alimentation vivante sont à la base des défenseurs du végétarisme, voire du végétalisme, qui exclue tout aliment d’origine animale, comme les œufs ou le lait, de leur réfrigérateur.  

Plus de cru, plus de jus

«J’ai commencé à être végétarienne pour des raisons environnementales», se rappelle Valérie Daigneault. Petit à petit, elle s’est laissée tenter par le cru, puisque l’apport énergétique de ce régime s’est manifesté rapidement dans le corps de la jeune femme. «Mes amis me disent souvent: Valérie, t’es une machine! J’ai vu les bénéfices énergétiques de l’alimentation vivante. Manger cru permet de garder toutes les vitamines et les enzymes des aliments.»

Une enzyme? «L’enzyme est un catalyseur. On a besoin d’une enzyme pour qu’une réaction comme la digestion se fasse», explique la nutritionniste Marie-Claude Jolicœur. La spécialiste de la nutrition rappelle toutefois que le crudivorisme est déconseillé aux enfants, aux adolescents et aux femmes enceintes puisqu’il n’a pas encore été étudié scientifiquement. «C’est vrai que des enzymes sont perdues à la cuisson, soutient-elle. Mais il y a des cas, par exemple la tomate, où la quantité assimilée par le corps augmente lorsque c’est cuit.» Selon elle, les nutritionnistes ne prônent pas le crudivorisme parce que les aliments proposés ne sont pas très variés et que ce régime est difficile à suivre au quotidien.

C’est justement pour ces raisons que la massothérapeute et professeure de yoga Lisa Shalom a dû abandonner le régime 100% cru. «C’est trop difficile dans le monde dans lequel on vit. Quand je dois m’absenter de la maison, je n’aime pas juste manger des carottes!» raconte la jeune femme végétalienne, le sourire dans la voix. Mais son expérience avec le cru a été bénéfique. «J’avais un peu trop d’énergie. Je me sentais vraiment saine dans mon corps, mais aussi dans mon esprit. Tout était moins lourd», se rappelle-t-elle. Aujourd’hui, Lisa se permet environ un repas cuit par jour.

Demain l’hiver

Les grandes communautés crues se sont naturellement développées dans les régions plus chaudes, comme la Californie, où le climat est favorable à la variété  de fruits et de légumes à l’année. Au Québec, les crudivores doivent plutôt adapter leur régime pour traverser l’hiver. «On va intégrer les grains cuits comme le riz au menu parce qu’on est à Montréal! Il faut savoir compenser un peu pour la saison froide», justifie la gérante de Crudessence. Au restaurant, seule la serveuse Mireille Chamberland est 100% crue, été comme hiver, depuis plus d’un an. «Avant, j’étais végétarienne et je cuisinais des plats chauds. Mais tout finissait par devenir brun!» raconte-t-elle.

Cette contorsionniste a rapidement été charmée par la diversité des assiettes crues. «La plupart de mes amis mangent comme moi, alors on sort dans des endroits qui nous conviennent. Il y a un grand réseau à Montréal en alimentation vivante pour se réunir et goûter à toutes sortes de choses: des desserts, des soupes, des craquelins» explique la serveuse. «C’est merveilleux d’avoir des employés 100% cru parce qu’ils ne sont jamais malades et qu’ils travaillent des dix heures» ajoute la gérante en riant.

Les trois V

Et comment les non-initiés peuvent-ils intégrer le crudivorisme à leur alimentation? Lisa Shalom privilégie une approche étape par étape. «Je ne dirai jamais à quelqu’un qui mange de la viande de devenir cru! Boire un verre de jus vert par jour, par exemple, fait déjà une grande différence. Tout comme couper dans le sucre, la caféine, et manger moins et moins tard. Il suffit d’écouter son corps», conseille la massothérapeute. «J’aime beaucoup le combo des trois “V”: vert, vivant et varié», ajoute pour sa part la gérante du restaurant Crudessence. Une variété également très prisée par la nutritionniste Marie-Claude Jolicœur. «Il y a certainement des bons points au crudivorisme lorsqu’il est suivi comme il le faut. C’est un régime plein de fibres alimentaires, ce que les Québécois ne mangent pas suffisamment. Mais pour éviter les carences, une variété des quatre groupes alimentaires, de cuit et de cru, c’est la recette gagnante!»

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