Non classéUniversity of Quebec in Montreal

Daniel Blanchette-Pelletier17 septembre 20094 min

Cours en anglais à l’UQAM

L’École des sciences de la gestion offre désormais six cours en anglais aux uqamiens. Une nouveauté qui ne plaît ni au Syndicat des professeurs, ni aux défenseurs de la langue française.

Dans le but d’attirer deux fois plus d’étudiants étrangers, l’UQAM offre six cours entièrement en anglais à l’École des sciences de la gestion (ESG) cet automne. Ces cours, déjà offerts en français au baccalauréat, pourront désormais être suivis dans la langue de Shakespeare par ceux qui le désirent.

L’accueil d’étudiants étrangers supplémentaires permet à l’UQAM de négocier des places avec les autres universités. «Dans le cadre d’ententes internationales, j’ai besoin de places pour des étudiants québécois à l’étranger, explique Benoît Bazoge, vice-doyen aux études à l’ESG. Mais pour augmenter l’envoi d’étudiants, il faut aussi augmenter la réception. C’est la réciprocité d’échange.»

L’UQAM éprouve d’ailleurs plus de difficultés que les universités anglophones de la métropole à attirer les étudiants étrangers. «À l’heure actuelle, 100 étudiants internationaux fréquentent l’ESG. D’ici 2011, on souhaite doubler ce nombre, mentionne Benoît Bazoge. Sinon, on risque de perdre l’accréditation European Quality Improvement System (EQUIS) qui reconnaît les plus hautes écoles de gestion dans le monde.» La dernière évaluation demandait à l’UQAM d’augmenter le nombre d’échanges.

Contradiction syndicale

Le Syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ) voit dans l’offre de l’ESG une violation du contrat de travail des professeurs. «Il est stipulé dans notre convention collective que la langue d’enseignement est le français», insiste Michel Laporte, premier vice-président du SPUQ.

Le représentant syndical craint que la modification de la langue d’enseignement désavantage certains professeurs. «L’offre de cours en anglais introduit des biais dans la gestion et l’organisation d’une session. Des professeurs qui pouvaient avoir les compétences pour donner le cours en français pourraient être écartés. Pas parce qu’ils ne parlent pas l’anglais, mais parce que l’anglais technique demandé nécessite une meilleure compréhension générale.»

Des arguments que le vice-doyen aux études, Benoît Bazoge, prend en considération. «Je ne peux pas obliger les profs à enseigner en anglais. C’est sur une base volontaire. Mais je ne peux pas nier non plus que la sélection des enseignants pourrait être problématique.»

Même si les cours en anglais s’offrent d’abord dans le cadre d’échanges internationaux, les étudiants au baccalauréat à l’ESG peuvent aussi s’y inscrire. «Si nous n’avions pas permis aux Québécois de s’inscrire à ces cours, ils auraient été privés d’une expérience enrichissante», insiste le vice-doyen aux études. Il souligne que l’initiative de l’ESG répond également à une demande des étudiants au baccalauréat. La priorité demeure toutefois les étudiants étrangers : sur les huit cours offerts au départ, deux ont été annulés parce qu’aucun étudiant étranger ne s’y était inscrit.

Pour sa part, le président de l’Association étudiante de l’ESG (AEESG) est très enthousiaste. «Les étudiants sont soucieux de leur avenir, souligne Simon Goulet. D’autant plus que les cours en anglais sont très intéressants dans le secteur du commerce.»

Courchesne cautionne

En commission parlementaire, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a déclaré que l’enseignement en français n’est pas menacé par ce virage de l’ESG. Même si le vice-doyen aux études à l’ESG s’est avoué agréablement surpris de la réaction de Michelle Courchesne, il conçoit difficilement comment elle aurait pu s’y opposer. «Elle a permis à l’Université Laval de donner des cours en anglais, alors pourquoi le refuser à l’UQAM?» La Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval offre déjà 27 cours entièrement en anglais. 

Un argument qui ne convainc pas Michel Laporte, qui croit aussi que l’offre de cours en anglais ouvre la porte à une université bilingue. «L’ESG crée des cours qui ne mènent ni à un certificat, ni à un bac. Mais les étudiants unilingues anglophones feront sans doute des pressions pour obtenir quelques cours supplémentaires afin de terminer leur cursus en anglais.» Même si Benoît Bazoge envisage d’augmenter l’offre de cours en anglais, il assure qu’il n’est pas question de permettre aux étudiants de terminer un quelconque diplôme en anglais.

À la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, le président Mario Beaulieu rappelle que l’UQAM a été créée dans un contexte de déséquilibre linguistique. «Les universités francophones se battent pour attirer une clientèle étrangère, mais je ne comprends pas pourquoi il n’est pas possible de le faire en enseignant en français. Si on anglicise les écoles francophones sur l’île de Montréal, le français sera menacé.»

Mais pour le vice-doyen aux études à l’ESG, ce débat n’a pas lieu d’être. «Je pense qu’on mélange le problème de la question linguistique au Québec avec l’anglais, langue des affaires.»

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