Non classéUne rondelle par jour rapproche le docteur pour toujours

Simon Granger21 avril 20095 min

Dr David Mulder, médecin en chef du Canadien

Photo Jean-François Hamelin


Les résultats du test d’urine de Carey Price? La véritable nature de la blessure de George Laraque? Un seul homme peut mettre la main sur ces informations classées top secret. Depuis plus de 35 ans, le Dr David Mulder sait tout ce qui se trame dans le bas du corps des Glorieux.

Le décor du bureau du Dr David Mulder détonne avec les corridors ternes de l’Hôpital général de Montréal. Une photo de lui en compagnie de Jean Béliveau et d’autres légendes du Canadien sur le mur, des études sur les blessures à l’aine dispersées sur une table; il s’agit bien du cabinet du médecin en chef du Canadien de Montréal. La carrure imposante de l’homme aux cheveux blancs – une véritable armoire à glace – n’est d’ailleurs pas sans rappeler le milieu du hockey.

Entre deux opérations, le Dr Mulder a cordialement reçu Montréal Campus pour une consultation tout sauf médicale, toujours vêtu de son uniforme de chirurgien et de son sarrau. Pas le temps de se changer: son horaire déborde. Spécialiste des chirurgies thoraciques, il reçoit des patients chaque jour à l’hôpital avant de filer au Centre Bell les soirs de matchs. Mais le Dr Mulder ne s’y rend jamais à contrecœur. «Aller aux games, c’est comme un médicament pour moi. Ce n’est pas un travail!» Facile à dire quand on a le meilleur siège en ville au Centre Bell.

Le docteur Mulder est arrivé dans le giron de l’équipe en 1963, après s’être expatrié de sa Saskatchewan natale pour étudier à l’Université McGill. Alors que lui et d’autres étudiants soignaient les équipes sportives de l’Université, le médecin du Canadien de l’époque, Doug Kinnear, leur a proposé de s’occuper des joueurs du Canadien junior, le club-école du Tricolore. Une offre impossible à refuser pour ce grand amateur de hockey.

Cette expérience lui a permis de côtoyer les entraîneurs et les jeunes joueurs qui allaient éventuellement devenir les vedettes du club. «Mon premier contact important dans l’équipe a été Toe Blake, se rappelle le médecin de 69 ans. Quand j’étais en résidence à l’Hôpital général de Montréal, sa femme a été malade. J’ai donc agi comme intermédiaire entre l’hôpital et lui.» Cette incursion dans l’intimité du joueur lui fait découvrir l’homme derrière le hockeyeur. «J’étais très pauvre à l’époque, mais Toe Blake m’a pris sous son aile. Il m’offrait des repas et de la bière dans son bar», confie-t-il d’un air jovial.

«On a une position unique en tant que médecin, affirme le docteur Mulder. On apprend à connaître les joueurs en tant que personnes.» Ce contact privilégié s’installe dès le premier camp d’entraînement d’une nouvelle recrue, alors que le toubib lui fait le premier de nombreux examens médicaux. Les athlètes développent un lien de confiance très fort avec celui qui traite tous leurs petits bobos, de la blessure à l’aine à la vilaine grippe d’homme. «Parfois les joueurs t’appellent au milieu de la nuit parce que leur femme ou leur enfant est malade.» Pas de panique, le doc est là pour les diriger vers le meilleur spécialiste en ville. «Et bien sûr, les joueurs feraient n’importe quoi pour toi en retour! Ils vont t’aider à l’hôpital pour des œuvres caritatives, ils vont visiter les enfants malades. C’est une relation qui perdure et que je chéris beaucoup.» Même les anciens de la Sainte-Flanelle ne rangent jamais le numéro du docteur bien loin. «C’est toujours un honneur quand Jean Béliveau t’appelle pour recevoir des soins.»

De grandes victoires
En plus de 35 ans de carrière dans la médecine sportive, le Dr Mulder en a vu de toutes les couleurs. Mais pour lui, même l’euphorie d’une Coupe Stanley ne peut rivaliser avec l’émotion vécue lors du retour au jeu du capitaine Saku Koivu, après sa longue lutte contre le cancer. «Je l’ai suivi pendant tout son traitement, j’étais très proche de lui et de sa famille.» Invité au mariage du Finlandais dans sa ville natale de Turku l’été suivant, le Dr Mulder a été estomaqué lorsque Koivu lui a affirmé son désir d’acheter à l’Hôpital général de Montréal un PET scan, un appareil spécialisé dans la détection des cellules cancéreuses. «Je lui ai dit “Saku, ça coûte près de six millions de dollars”. Mais il voulait vraiment le faire et il a mis sur pied la fondation Saku Koivu. J’ai été impliqué dans beaucoup de collectes de fonds, mais je n’avais jamais rien vu de tel. On aurait jamais eu cet appareil sans le leadership de Saku.» Aujourd’hui encore, cette pensée émeut le docteur. «C’était un moment important, car ça rejoignait mes deux mondes: mon monde de hockey et mon monde d’hôpital.»

Mais les guérisons mémorables doivent nécessairement être précédées de blessures graves. Le médecin était en service au Centre Molson le soir du 20 janvier 2000, alors que le joueur du CH Trent McCleary recevait en pleine gorge un tir frappé du défenseur des Flyers de Philadelphie Chris Therien.

McCleary s’écroule sur la glace, le larynx fracturé. Il se relève péniblement et se traîne jusqu’au banc. «Il a pointé son cou et a fait un geste pour montrer qu’il étouffait», raconte le docteur. Mulder saute dans l’ambulance avec le hockeyeur en lui retenant la tête afin qu’il parvienne à respirer. Dix-neuf minutes plus tard, McCleary est opéré avec ses patins aux pieds. Une seconde de plus aurait pu être fatale. «C’est sans doute le moment le plus difficile de ma carrière, se remémore le médecin, toujours bouleversé. J’étais certain qu’il allait mourir. J’étais épuisé au moment où on est arrivé à l’hôpital.»

À 69 ans, l’aventure de David Mulder avec le Canadien tire à sa fin. Sa grande fierté professionnelle demeure néanmoins son influence sur la sécurité au hockey. À la tête de l’association des médecins de la Ligue nationale de hockey, il a convaincu les dirigeants de modifier certaines pièces d’équipement et a contribué activement au débat sur le port de la visière. «Le rôle d’un médecin à l’université est de développer de nouvelles idées. Moi, j’ai pu appliquer la science de la médecine au hockey. D’un point de vue académique, c’est extrêmement satisfaisant.»

 

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