Non classéBipolarité créatrice

Marie-Dominique Asselin24 mars 20093 min

Photo: Jean-François Hamelin 

 

Surtout reconnue pour ses boutiques de robes de mariée un peu glauques, la Plaza Saint-Hubert abrite son lot de trésors bien cachés. Rubans Boutons, une coquette boutique se spécialisant dans la vente de ces menus objets qui enjolivent le quotidien, fait partie des secrets de cette artère sous-estimée.


C’est une belle histoire qui débute par des retrouvailles. En 2006, Lori Hazine Poisson, comédienne et ancienne professeure de théâtre à l’UQAM, rencontre dans la rue un de ses ex-étudiants, Richard Letendre. La comédienne possède alors sa propre compagnie de théâtre, Effet V, tandis que lui a eu la piqûre pour le bouton et possède sa propre mercerie, rue Saint-Denis. Malgré vingt-deux années sans s’être vus, c’est le coup de foudre. Une idée naît de ces retrouvailles: celle de conjuguer leur passion respective en un seul lieu. Le 19 janvier dernier, leur projet commun Rubans Bouton Boutique/Théâtre, situé au 7363 Saint-Hubert, ouvrait finalement ses portes aux curieux. 

Dès qu’il franchit le rideau de velours rouge qui ceint l’entrée de la boutique, le visiteur se retrouve plongé dans un décor de théâtre. Ce n’est que petit à petit qu’il réalise qu’il s’agit bien d’un commerce. À droite, un coffre ancien déborde de boutons tous différents les uns des autres. À gauche, des bijoux faits – évidemment – de boutons. Sur les murs, des boutons jusqu’au plafond. Toutes sortes de boutons, de couleurs et de formes différentes, classés minutieusement. De l’autre côté, les rubans.

Et au fond du magasin, à quelques pas seulement après la dernière rangée de boutons (encore), une petite scène, entourée de rideaux de velours noirs. L’aspect est très professionnel, malgré la taille microscopique du lieu de création. «Ce n’est pas parce que c’est un petit théâtre qu’il faut que ce soit broche à foin! s’exclame Lori Hazine Poisson. L’idée était de créer un théâtre laboratoire. Une fois par semaine, nous présenterons des spectacles dans la boutique. Le public sera ensuite invité à partager ses impressions sur le moment créatif vécu.» L’important, pour les deux créateurs, c’est de prendre son temps. L’art ne se commande pas, croient-ils. De cette manière, les spectacles de la boutique ne débuteront que plus tard ce printemps.

Le couple d’interprètes travaille présentement sur le décor de la boutique pour de futures représentations. Dans le magasin, tout est mobile. Lors des représentations à venir, les boutons et les rubans jonchant les murs seront ainsi camouflés par des rideaux pour ne pas attirer le regard. Vingt-cinq chaises seront aussi installées devant la scène pour y accueillir les spectateurs. De deux à quatre comédiens pourront prendre place sur la scène et, malgré le manque d’espace, deux petites coulisses pourront leur permettre de disparaître. Sans oublier l’importance de la technique de scène : douze projecteurs et bientôt une console professionnelle s’ajouteront à leur arsenal.

 

Piqûre à quatre trous
Ce n’est pas par choix que Richard Letendre s’est lancé dans le commerce pour le moins excentrique de boutons et de rubans. À sa sortie du baccalauréat en art dramatique de l’UQAM en 1984, le jeune comédien jouait au théâtre le soir et se cherchait un emploi le jour. Fils de commerçant, l’idée d’acheter une boutique à Montréal lui apparaît comme la meilleure des solutions. C’est tout à fait par hasard qu’il tombe sur l’annonce d’une petite mercerie à vendre. L’idée lui plaît et la transaction est conclue quelque temps après. Depuis, le fibulanomiste, comme on appelle les collectionneurs du petit disque troué, roule sa bosse autant au théâtre que dans le commerce des boutons. «On ne vend pas des boutons pour devenir millionnaires. En fait, ça empêche surtout de mourir», dit-il d’un ton léger. Ce qui était au début un moyen de vivre s’est tout de même mué en une véritable passion. Richard Letendre tient des conférences sur les boutons et pense même écrire un livre de proverbe sur ces petits objets. Un exemple? «Si le fil casse, changez de fil. Si le bouton casse, changez de nettoyeur». Simple, mais efficace, à l’image du bouton lui-même.

 

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