Non classéGuatemala, salsa, etc.

Esther Duquette25 février 20095 min

Photo: Antoine Rouleau 

Chaude et festive comme un été sud-américain, la salsa fait de plus en plus d’adeptes à Montréal, en bonne partie grâce au pétillant danseur et professeur Alberto Azpuru. Rencontre avec le père fondateur d’une communauté de noctambules bien vivante.


Percussions, éclats de rire, crissement de semelles sur le plancher de bois franc. Dans les vastes studios de Salsa Etc., avenue du Mont-Royal, des dizaines d’élèves se déhanchent et virevoltent en tentant d’oublier un peu la grisaille de l’hiver. Au milieu des couples concentrés ou amusés, Alberto Azpuru prodigue ses conseils avec bonne humeur.
«La salsa doit être dansée avec énergie, lance avec un accent chantant le Sud-Américain. Ce n’est pas une danse nostalgique comme le tango. Ce n’est pas une danse dramatique comme le flamenco. C’est une danse joyeuse, vivante.»

 

En 1988, le Guatémaltèque ouvrait la première école de salsa de Montréal, apportant un peu du soleil de son pays natal dans la métropole nordique. L’initiative a fait boule de neige. Aujourd’hui, des milliers d’amateurs de danses latines se meuvent dans la ville et une trentaine d’établissements d’enseignement y ont ouvert leurs portes.
La plupart de ces entreprises concurrentes appartiennent à d’anciens étudiants d’Alberto. «J’ai formé des professeurs qui ont travaillé avec moi et qui ont ouvert leurs écoles. Ces écoles ont formé des professeurs qui ont ouvert leurs écoles aussi. En ce moment, nous sommes à peu près 80 à 100 professeurs de salsa dans tout Montréal», explique le danseur.
Le doyen de ce petit univers a même enseigné à Caroline Paré et Edson Vallon, des artistes de renommée internationale. Les deux étoiles possèdent maintenant leurs propres institutions. «Tous les meilleurs danseurs de Montréal sont passés par Salsa Etc. On reconnaît le style d’Alberto un peu partout», affirme son amie et professeure de salsa, Annick Boismenu.


On ne naît pas danseur, on le devient

Ce n’est pas au Guatemala, mais dans les boîtes de Montréal que l’immigrant a appris à danser la salsa. «J’avais la nostalgie de mon pays, de la musique. Fréquenter les discothèques latinos, c’était un moyen de retrouver mes racines. À force de côtoyer des gens venant d’un peu partout, j’ai appris ce qu’ils dansaient. La plupart bougeaient avec des pas de rumba, de salsa, de merengue et de cha-cha-cha.»

Alberto s’est ensuite initié au ballet jazz, à la danse contemporaine, aux claquettes et au ballet classique. Le danseur a ainsi développé une technique solide et un style très personnel. Il n’hésite pas à inventer ses propres figures. «Alberto est une personne très créative. On ne sait jamais à quoi s’attendre quand on danse avec lui. Un moment, on a la tête en bas. Quelques secondes après, on pivote dans les airs», décrit en souriant Annick Boismenu.

C’est dans les discothèques qu’Alberto a trouvé ses premiers clients. Quelques amis, fascinés par son talent, lui ont demandé de leur apprendre la salsa. Un mois plus tard, le Sud-Américain avait rassemblé des locaux, un percussionniste et une assistante. «Je travaillais comme frigoriste [technicien en réfrigération] la semaine et j’enseignais tous les samedis. Je ne faisais pas ça pour l’argent, c’était pour le plaisir», se remémore le quinquagénaire.

Ce qui n’était qu’un passe-temps est rapidement devenu un travail. Après quelques mois, une centaine d’apprentis fréquentaient ses cours. «Je faisais de la publicité et j’avais de plus en plus d’étudiants. Quand je me suis retrouvé au chômage, je me suis mis à enseigner quatre jours par semaine.» Aujourd’hui, Salsa Etc. accueille de 600 à 800 élèves chaque session. Le credo de l’école? On ne naît pas danseur, on le devient.

Un jeu de société pour deux
L’intérêt des Montréalais pour la salsa a grandi au fur et à mesure qu’émergeaient sur la scène mondiale des chanteurs latino-américains tels que Célia Cruz, Oscar De Leon, Marc Anthony et Carlos Santana. La participation de ces icônes à des événements comme le Festival international de jazz de Montréal ou le Festival Nuits d’Afrique a contribué à faire connaître la culture latino-américaine au grand public. Un attrait qu’ont sans aucun doute alimenté les nombreux voyages dans le sud des Québécois.

Selon Alberto Azpuru, c’est souvent par désir de socialiser qu’autant de personnes s’initient aux danses latines. «Je constate qu’il y a un manque de rapprochement entre les hommes et les femmes dans la culture québécoise. Le fait que la salsa soit une danse festive et qu’elle offre une excuse pour pouvoir se rapprocher est un motif qui attire les gens à la pratiquer.»

La danse en couple serait également une façon de renouer avec les rôles traditionnels, écorchés par la Révolution tranquille. «Beaucoup de femmes ont l’habitude de tout contrôler. Ces femmes ont de la difficulté à se laisser guider. Par ailleurs certains hommes ont du mal à prendre des décisions. Quand vous dirigez une partenaire, vous devez faire des choix à chaque huit temps de la musique. Guider, ce n’est pas seulement un plaisir, c’est un stress aussi.»

Les femmes demeurent majoritaires dans les cours de salsa, malgré les efforts de l’entrepreneur pour attirer la gent masculine. Bien souvent, ce sont les salseras qui traînent leur partenaire sur le plancher de danse. «Il y a encore un préjugé au Québec envers les hommes qui dansent. Pour plusieurs, la danse est une activité de filles. Mais quand l’homme découvre qu’il peut s’exprimer physiquement, c’est un défoulement. Il devient accro», observe le professeur.

Dans le passé, la danse a permis à Alberto de dominer ses propres démons. Issu d’un milieu aisé et éduqué, le Guatémaltèque a perdu les membres de sa famille dans des circonstances tragiques avant de trouver refuge au Canada à 25 ans. Sur son visage épargné par les ans, nulle trace de ce parcours tumultueux. Le salseros affiche un sourire communicatif et généreux. À l’image de sa discipline, ce grand séducteur traverse les décennies sans prendre une ride, le regard tourné vers le bon côté des choses.


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