Non classéInceste académique

Gabriele Briggs21 novembre 20085 min

Relations intimes entre professeurs et étudiants

Regards insistants, sourires à la dérobée, petits gestes tendres: l’attirance est parfois palpable entre un professeur et son étudiant. Mais quand une séance d’étude se transforme en partie de jambes en l’air, le meilleur comme le pire peuvent survenir.

Michelle* était certaine d’échouer l’un de ses cours de science politique. Mais c’était sans compter le béguin qu’avait pour elle son professeur. Lors de son examen de mi-session, Michelle a remis une copie presque blanche. «Mon professeur a regardé mon test et m’a invité à m’asseoir à ses côtés.» Alors qu’ils étaient à l’arrière de la classe, l’enseignant lui a donné toutes les réponses de l’évaluation. «À ce moment, je croyais qu’il avait pitié de moi et qu’il aurait fait la même chose pour n’importe quel élève. Je ne pensais pas qu’il s’intéressait à moi.»

 

«Puisque le professeur évalue l'étudiant, ce dernier peut se sentir obliger de continuer la relation par peur de représailles», prévient Muriel Binette, ombudsman par intérim de l'UQAM et directrive du Bureau d'intervention et de prévention en matière de harcèlement - photo: Jean-François Hamelin

 

Trois semaines plus tard, son professeur l’a invitée à monter à son bureau. Michelle se doutait qu’il ne voulait pas parler travail. Devant ses yeux ébahis, il a changé à la hausse toutes les notes de ses travaux. «Il m’a ensuite posé plusieurs questions sur moi. Il m’a dit que je me démarquais des autres, qu’il aimait ma façon d’être, mon éducation.» La jeune femme ne savait pas comment réagir. «Pour moi, c’était hors de question que l’on puisse avoir une relation. Il était mon professeur et il ne m’attirait pas. Mais, je ne pouvais rien faire. J’avais peur de refuser ses avances et qu’il change mes notes à la baisse aussi facilement qu’ils les avaient augmentées.» Heureusement pour l’étudiante, l’homme n’a rien tenté et l’a laissée quitter son bureau.

Durant le reste de la session, Michelle a fui son professeur. Après l’examen final, il lui a demandé si c’était possible de la revoir… malgré sa femme et ses enfants. Elle a catégoriquement refusé et ne l’a jamais revu.

L’expérience de Michelle illustre bien les dangers des amourettes entre professeurs et étudiants. D’une part, explique le psychologue Serge Tremblay, qui a déjà enseigné à l’UQAM , le professeur peut prendre tous les moyens pour épater sa dulcinée, par exemple modifier ses résultats. «Lorsqu’il tombe amoureux, l’individu est sous l’effet d’une drogue euphorisante, il perd contact avec la réalité. Il prend alors des risques pour aller chercher l’attention de l’autre et lui plaire.»

Cependant, lorsque les choses tournent mal, rien n’assure à l’étudiant que son professeur ne changera pas ses notes à la baisse. «Puisque le professeur évalue l’étudiant, ce dernier peut se sentir obliger de continuer la relation par peur de représailles», prévient Muriel Binette, ombudsman par intérim de l’UQAM et directrice du Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement.

L’Université n’a pas de politique qui interdit les relations intimes entre professeurs et étudiants. De plus, explique l’ombudsman, peu d’étudiants viennent se plaindre en cas d’abus lorsque la relation était désirée au départ par les deux partis. Toutefois, certains viennent lui demander conseil lorsque le couple dérape et qu’ils jugent être victimes d’un traitement injuste de la part de l’enseignant. Elle tente alors de les conseiller et de régler la situation à l’amiable.

Relation excitante

À son entrée en poste en 2007, il était inconcevable pour Mathieu*, professeur de sociologie au collégial, de tomber amoureux d’une étudiante. L’homme a cependant rapidement pris le dessus sur le professeur lorsqu’il a rencontré l’une de celles-ci.

«Je l’ai remarquée dans le cours. Elle était belle et brillante. Elle avait 22 ans, moi 24.» Mathieu n’aurait toutefois jamais osé faire les premiers pas. «Elle est venue me voir dans mon bureau. On a parlé longtemps et je sentais qu’elle était intéressée. Alors, je l’ai invitée à se voir amicalement. À notre premier rendez-vous, ça a cliqué. Ça fait deux ans aujourd’hui.»

La relation de Mathieu est à mille lieues des clichés qui réduisent les liaisons entre professeurs et élèves à des aventures passagères. Muriel Binette conçoit qu’un tel couple puisse fonctionner, mais à certaines conditions. «Personnellement, je ne vois pas ce qu’il y a de mal dans ces relations, à condition que l’enseignant sache demeurer objectif dans ses évaluations.»

Mathieu est conscient de ce danger. «Il y a une situation d’autorité qui donne la responsabilité au professeur. Ça rend la situation délicate par le simple fait que la réussite de l’étudiant soit impliquée.» Ce à quoi le psychologue Serge Tremblay met un bémol. «Il ne faut pas confondre pouvoir et autorité. Un enfant de six ans peut avoir le pouvoir sur ses parents même s’ils ont l’autorité. Dans le cas des relations entre professeurs et étudiants, ces derniers peuvent également détenir le pouvoir.» Mathieu avoue d’ailleurs avoir eu peur de se faire manipuler au départ et que sa belle cherche à le séduire pour avoir de meilleurs résultats.

L’enseignant craignait aussi que l’attirance prennent le dessus sur l’impartialité. «Tous les professeurs ont une subjectivité. On sait que c’est très important de délimiter la sphère privée et la sphère publique, mais on ne peut s’empêcher d’être humains.» Il voulait à tout prix éviter que ses sentiments n’interfèrent dans ses évaluations. «J’étais même plus sévère avec elle pour être sûr de ne pas faire de traitements de faveur.»

Malgré sa prudence, la situation demeurait délicate. «On a fait très attention de ne pas s’afficher dans la classe. On se cachait et l’interdit de la relation rendait les choses plus excitantes.»

À la fin de la session, le couple s’est révélé au grand jour. «J’ai accompagné ma blonde à son bal de finissant et, en même temps, je devais y assister en tant que professeur. Les gens ont pris ça en riant, ça n’a pas crié au scandale.»

Études supérieures: risque supérieur

Si la relation de Mathieu a été acceptée et n’a causé aucun préjudice à sa belle, les répercussions auraient pu être plus graves s’il avait enseigné aux cycles supérieurs. Selon Muriel Binette, les dérapages sont plus dommageables à la maîtrise et au doctorat. Plus on monte dans les études, plus le milieu est petit. Les étudiants côtoient toujours les mêmes collègues, des relations peuvent naître et donner suite à une foule de rumeurs. Par ailleurs, prévient l’ombudsman, les risques d’abus de pouvoir de la part du directeur de mémoire ou de maîtrise sont plus élevés, comme il est régulièrement en contact avec l’élève et évalue son travail de près. «Lorsque la relation prend fin, le professeur peut sévir dans sa correction. Les relations de travail deviennent malsaines et l’étudiant peut même abandonner ses études.»

*Noms fictifs

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