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Simon Granger10 octobre 20085 min

Des athlètes de l’UQAM racontent les Jeux olympiques de Pékin


Huit étudiants de l’UQAM ont participé aux Jeux olympiques de Pékin. Montréal Campus s’est assis avec quatre d’entre eux pour discuter de leur expérience en Chine. Une aventure inoubliable qui les a fait passer à travers toute une gamme d’émotions.

Une sensation «complètement débile». C’est en ces termes que la sabreuse Sandra Sassine, encore fébrile, parle de sa compétition aux Jeux olympiques (JO) de Pékin, une aventure qu’elle a partagée avec sept autres athlètes uqamiens. Des Jeux qui revêtaient un cachet très particulier, alors que tous les regards étaient rivés sur la nouvelle puissance que représente la Chine.

 

La sabreuse Sandra Sassine, l'haltérophile Marilou Dozois-Prévost et le nageur Benoît Huot, tous étudiants à l'UQAM, ont été marqué par leur participation aux Jeux olympiques de Pékin - photo: Marie-Dominique Asselin

Sandra Sassine en était à sa première expérience olympique. Rien ne pouvait la préparer à ce qu’elle allait vivre lors de cet événement international. «Ce n’est pas comme dans les autres compétitions, raconte l’étudiante au baccalauréat en enseignement de l’éducation physique à l’UQAM. Trente minutes avant le match, tu es enfermée avec ton adversaire. Après, quand tu arrives sur la piste, éclairée par les spotlights, tu te sens comme un gladiateur!»

La première compétition olympique est très stressante pour les recrues. La pression était particulièrement grande pour l’haltérophile Marilou Dozois-Prévost, étudiante en psychologie à l’UQAM, qui s’est préparée pendant des années pour une épreuve qui dure… six secondes! «J’avais peur de comment j’allais réagir. Je me demandais si j’allais me jouer des tours, comme ne pas dormir pendant une semaine. Il faut prendre les choses une journée à la fois. Mais quand même, j’ai piqué des grosses crises de larmes à cause du stress!» Une nervosité qu’elle a cependant réussi à mettre de côté pendant sa compétition, qui s’est soldée par une dixième place.

Même pour un vétéran comme le nageur paralympique Benoît Huot, qui en était à ses troisièmes JO, l’expérience de Pékin restera mémorable. «Je ne m’habitue jamais, c’est toujours extraordinaire. La première fois, on ne réalise pas vraiment ce qu’on fait, mais plus on fait de Jeux, plus on réalise à quel point c’est magique», raconte l’étudiant en communication.


«Tout était A one»

L’organisation sans faille des Jeux de Pékin a marqué l’imaginaire des athlètes. «J’avais des attentes élevées, mais elles ont été dépassées dix fois», affirme Marilou Dozois-Prévost. Benoît Huot ajoute pour sa part que «tout était A one, jusque dans les petits détails.» «La première chose qui m’a frappée, c’est le nombre de bénévoles, souligne Sandra Sassine. Pour un athlète, au moins dix personnes étaient là pour répondre à ses questions!» La plongeuse Émilie Heymans, qui étudie en gestion et design de la mode à l’UQAM, met toutefois un bémol à l’enthousiasme du peuple de l’Empire du milieu. «C’était difficile de savoir si les Chinois nous comprenaient vraiment. Ils voulaient tellement nous faire plaisir qu’ils acquiesçaient tout le temps, même s’ils ne saisissaient pas vraiment ce que nous leur disions.»

 

Marilou Dozois-Prévost a été particulièrement épatée par l’ampleur du village olympique, qui abritait plus de 10 000 athlètes. «C’était immense, ça me prenait 20 minutes juste pour marcher la moitié du village.» La jeune femme de 22 ans a également apprécié l’ambiance qui régnait au sein de la délégation canadienne. «Puisque tout le monde portait les vêtements de son pays, c’était facile de connecter les uns avec les autres. Il y avait une grosse solidarité entre les athlètes, tout le monde se parlait.»
Émilie Heymans relativise cependant son expérience en Chine en la comparant avec les deux derniers JO d’été. «L’organisation à Pékin était aussi bonne qu’à Athènes, en 2004, ou à Sydney, en 2000.» Elle croit cependant que l’ambiance était plus électrisante à Sydney. La plongeuse estime que les Australiens avaient une meilleure connaissance des sports et des athlètes présents aux Jeux, à tel point que les gens la reconnaissaient dans la rue.


«Du fake»

Plusieurs controverses ont fait surface dans les semaines précédant les derniers JO, notamment sur le respect des droits de l’homme en Chine. Même si les athlètes rencontrés par Montréal Campus se disent sensibles à la question, la possibilité de gagner une médaille l’emportait sur les préoccupations politiques et humanistes. «En tant qu‘athlète, on doit être un peu égoïste, penser à soi et à ses besoins pour être au top», affirme Émilie Heymans. Benoît Huot ose tout de même s’avancer sur la question. «La Chine a utilisé les Jeux comme vitrine pour montrer ce dont elle était capable, un peu comme l’Allemagne en 1936. Mais tout ce qu’on a vu, c’était du fake.» Selon lui, le gouvernement chinois, en fermant des usines pour améliorer la qualité de l’air ou en sortant les gens pauvres de la ville, «a créé un monde idéal» qui ne correspondait pas à la réalité observée lors de ses précédentes compétitions en Chine.

Même si les JO sont terminés, la vie d’olympien continue d’occuper les athlètes en dehors des gymnases. Forts de leur expérience, certains donnent des conférences, comme Sandra Sassine, qui rencontre les jeunes dans les écoles, et Benoît Huot, qui visite des entreprises partout au Canada pour discuter «du sport, de la motivation et de l’atteinte de ses objectifs».

Marilou Dozois-Prévost espère quant à elle profiter de sa performance pour attirer des commanditaires. Elle a d’ailleurs eu droit à une grande médiatisation pendant l’été, un jeu auquel elle s’est prêtée volontiers. «Je veux changer l’image préconçue qu’on les gens de l’haltérophilie», affirme la jeune olympienne.

Émilie Heymans, qui a remporté l’argent à la tour de 10 mètres, doit elle aussi composer avec une attention médiatique plus importante. Elle avait déjà été jetée sous les feux de la rampe après avoir obtenu le titre de championne du monde en 2004, une expérience qu’elle a trouvée épuisante. Mais les choses sont différentes cette fois-ci. «Gagner une médaille implique d’être un modèle pour la société. Aujourd’hui, je me sens plus mature et plus responsable. Mon rôle est donc plus facile à accepter.»

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