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Stephane Rolland10 octobre 20085 min

Déréglementation des droits de scolarité des étudiants internationaux

Québec permet dorénavant aux universités d’augmenter sans limite la facture des étudiants internationaux de six disciplines. Incertains de la somme qu’ils devront payer à l’avenir, les voyageurs académiques concernés attendent avec inquiétude de connaître les intentions de leur alma mater.

Illustration: Jo-Annie Larue

Les étudiants internationaux de certaines facultés seront obligés de se serrer la ceinture pour le reste de leurs études, mais ils ignorent de combien de crans ils devront le faire. À peine deux semaines après la rentrée scolaire, le gouvernement québécois a adopté un règlement qui laisse les universités libres de choisir les droits de scolarité imposés aux étrangers inscrits au premier cycle en génie, en administration, en droit, en mathématique, en sciences de la nature et en informatique.

 

Si les universités appliquent ce règlement, des étudiants internationaux qui paient déjà entre 12 000 et 14 000 dollars par an en droits de scolarité pourraient être forcés de précipiter la fin de leurs études. «À l’UQAM, la clientèle touchée est particulièrement vulnérable, affirme un uqamien qui assiste régulièrement aux activités du Collectif des étudiants internationaux de l’UQAM (CEI). Certains de mes amis m’ont fait part de leurs doutes quant à leur capacité de continuer à étudier au Québec.»

 

La possibilité de voir des étudiants plier bagage à cause de la déréglementation inquiète le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études (CCAFE), une instance du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Dans un avis remis à la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, le CCAFE considère que la nouvelle mesure est précipitée et suggère de la remettre à plus tard afin d’en analyser les conséquences.

La ministre de l’Éducation est allée de l’avant malgré les recommandations du CCAFE. Dans un entretien qu’elle a accordé au journal Le Devoir, elle affirme que les universités sont «contentes» du nouveau règlement. Elle croit également que le libre marché les rendra plus compétitives par rapport aux autres établissements canadiens. «Cela va forcer les universités à être plus dynamiques et plus créatives», a-t-elle affirmé au quotidien.

Jusqu’à présent, McGill est la seule université qui a fait part de sa satisfaction en ce qui concerne la décision de la ministre. Les droits de scolarité y seront augmentés l’automne prochain, mais la direction n’a pas encore déterminé l’ampleur de cette augmentation.

Le vice-président aux affaires externes de l’Association étudiante de l’Université McGill, Devin Alfaro, considère que la nouvelle politique ne pénalise pas seulement les étrangers, mais tous les étudiants universitaires de la province. «Cela ouvre la porte aux inégalités. Est-ce que les universités vont commencer à avantager les facultés qui sont plus payantes? Est-ce qu’elles vont considérer qu’il est plus avantageux d’enseigner à des étudiants étrangers qu’à des Québécois?»

Selon le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), David Paradis, le nouveau règlement entraînera un déséquilibre entre les universités. «Une disparité entre les institutions des grands centres et celles des régions sera créée, car les grandes villes attirent plus d’étrangers.» Ainsi, davantage d’argent irait renflouer les coffres des universités urbaines.

Il souligne également que les établissements francophones seront désavantagés par rapport à leurs homologues anglophones. Plusieurs étudiants internationaux préfèrent étudier en anglais et ceux qui optent pour la langue de Molière sont généralement moins payants. En effet, les universitaires provenant de la France, d’Algérie et d’Haïti, trois pays qui ont signé une entente bilatérale avec Québec, sont exemptés de la hausse. À l’UQAM, environ 40% des 2 400 étudiants internationaux sont Français.

Cette inégalité risque d’ouvrir une véritable boîte de Pandore, craint David Paradis. «C’est un incitatif dangereux à l’introduction de la langue anglaise dans les universités francophones. On peut se demander si elles ne seront pas tentées de modifier leur politique linguistique afin de pouvoir enseigner en anglais.»

Augmentera, augmentera pas

L’UQAM n’a pas encore déterminé si elle hausserait les droits de scolarité. Un groupe de travail composé de membres des Services à la vie étudiante et du vice-rectorat aux affaires administratives et financières débattra de la pertinence d’augmenter les frais ou non. Plusieurs pistes de réflexions seront étudiées, notamment la possibilité d’adopter une clause grand-père qui protégerait les étudiants déjà inscrits. Le comité ad hoc se demandera également si l’UQAM est désavantagée par rapport aux autres universités.

Aucun étudiant ne participe à ces discussions. Le groupe de travail devra toutefois soumettre ses suggestions à l’approbation de la Commission des études (CE), où siègent 19 étudiants. Advenant une augmentation des frais pour l’année 2009-2010, la proposition devra être approuvée par la CE avant février, mois où l’UQAM décide des droits de scolarité pour l’automne suivant.

L’Université de Montréal et l’Université Laval se donnent aussi le temps d’évaluer le nouveau règlement avant de prendre une décision. À l’Université Concordia, le vice-président aux affaires externes de l’association étudiante, Colin Goldfinch, affirme que son université a promis de ne pas augmenter les frais. Celui-ci doute cependant de la sincérité de ces propos. «Nous trouvons cette promesse suspecte. Je ne crois malheureusement pas qu’ils vont la tenir.» L’Université Concordia n’a pas répondu à la demande d’entrevue de Montréal Campus.
Bien que la nouvelle politique de tarification permette d’augmenter les frais dès l’année budgétaire 2008-2009, aucune des universités contactées par le Montréal Campus n’a l’intention de le faire avant l’année scolaire 2009-2010. Il est peu probable que d’autres établissements aillent de l’avant plus tôt puisque les procédures administratives nécessaires pour appliquer une telle augmentation ne permettent pas d’agir dans un délai plus rapproché que l’automne 2009.

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