Restez positifs!

Photo Simon Belleau - Si l'objectif derrière le sérosorting est louable, une relation non protégée entre deux personnes séropositives peut être dangereuse. «Il y a la possibilité d'être contaminé par une autre souche du virus. Un partenaire infecté peut être contaminé par un virus résistant à son traitement. À ce moment, la trithérapie risque d'échouer», croit le Dr Trottier.

Dans une salle aux lumières tamisées, une centaine d’hommes suivent le rythme du DJ. C’est vendredi soir au Tools. Une affiche à l’entrée indique «Dance Poz». Karl Rouillier est là pour répondre aux questions des nouveaux venus. «Le Dance Poz, c’est un party pour les homosexuels séropositifs et leurs amis.»

Chaque deuxième vendredi du mois depuis trois ans, Karl Rouillier organise le Dance Poz. Faites pour les homosexuels séropositifs, les soirées poz (positifs) sont l’occasion de sortir de l’isolement. L’événement permet aussi d’amasser des fonds afin de venir en aide aux sidéens.

Karl Rouillier a eu l’idée d’organiser de telles soirées après avoir été DJ pour les événements Positive Mingle de l’organisme Sida Bénévole Montréal. «J’essaie d’aider les gens », dit tout simplement l’organisateur.

L’instant d’une soirée, les fêtards peuvent oublier leur maladie et la ségrégation qui l’accompagne. «Personne ne va te poser de questions», souligne Marc Lemaire, bénévole pour le Dance Poz. Ces événements permettent aussi aux hommes atteints du VIH de faire de nouvelles rencontres. «Les gens développent des amitiés. Certains y viennent pour trouver un amoureux ou un amant, des gens qu’ils ne pourront pas contaminer», raconte Marc Lemaire.


Le prix de la conquête

«Es-tu safe?» Le bénévole ne compte plus les fois où il s’est fait poser cette question. Lorsqu’un homosexuel séropositif y répond honnêtement, il s’expose au rejet. Car la peur de la contamination est bien réelle chez la population homosexuelle. Avec raison, croit le docteur Benoit Trottier de la clinique l’Actuel, qui se spécialise dans le traitement des maladies transmises sexuellement. Selon ce dernier, 15 à 20% de la population homosexuelle est séropositive.

Certains ont donc choisi de s’en tenir au serosorting (traduit par sérotriage ou séroadaptation) et d’avoir des relations sexuelles uniquement avec des individus du même statut sérologique. Le Dance Poz devient alors l’endroit idéal pour trouver un partenaire.

Le Dr Trottier appuie cette philosophie, mais souligne que les relations non protégées entre séropositifs ne sont pas sans danger. «Les gens se disent que lorsque les deux partenaires sont séropositifs, ils peuvent faire l’amour sans protection. Mais il y a la possibilité d’être contaminé par une autre souche du virus. Un partenaire infecté peut aussi être contaminé par un virus résistant à son traitement. À ce moment, la trithérapie risque d’échouer.» Les autres infections transmissibles sexuellement doivent aussi être prises en compte par les gens atteints du sida. «Certaines infections, dont l’herpès, peuvent accélérer l’infection du VIH», explique-t-il.


Le risque de se mettre à nu

La mode du BareBack (la sodomie sans protection) revient par ailleurs en force dans le milieu gai de Montréal. «Les jeunes ne veulent pas mettre de condom. C’est une mode!» s’étonne Marc Lemaire. Certains homosexuels rechercheraient même volontairement les aventures non protégées avec des séropositifs. «J’ai vu ça sur le côté américain, raconte-t-il. Il y a des séronégatifs qui veulent coucher avec des séropositifs au plus vite afin de ne plus s’inquiéter.» Karl Rouillier connaît aussi cette nouvelle vague. «C’est très populaire aux États-Unis et ça s’en vient au Canada. Les gens ne savent pas si leur partenaire est séropositif et c’est ce qui les excite. Ça se passe dans les saunas, mais pas au Poz», assure l’organisateur.

La négligence de protection est très répandue, confirme le Dr Trottier. «Dans notre clientèle, certaines personnes vont dans les saunas sachant très bien qu’elles s’exposent à la contamination. Ces hommes ont un comportement autodestructeur. C’est pour eux une forme de suicide passif.»

Selon Marc Lemaire, il n’y a pas suffisamment de sensibilisation faite auprès des jeunes hommes homosexuels. «Ils ne savent pas à quel point c’est compliqué d’avoir le VIH. Quand tu es détecté, tu essaies des médicaments qui te donnent des cauchemars, des diarrhées, des démangeaisons, de l’insomnie. Tu as peur d’en parler à ta famille et de te faire juger. Tu deviens dépressif. Tu t’inquiètes de ne pas avoir assez d’argent pour payer tes médicaments. La trithérapie, c’est très cher. Tu as une vie, un appartement et tu dois tout laisser. C’est très dur.» Bien souvent, avoue Marc Lemaire, les soirées poz sont les dernières parcelles de vie sociale pour ceux qui souffrent d’une maladie dont on ne guérit pas.

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