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Marc-Andre Sabourin23 septembre 20085 min

Des étudiants universitaires s’impliquent dans les élections fédérales

Pour plusieurs étudiants qui militent dans les partis politiques fédéraux, le déclenchement des élections a été le signal de départ d’un marathon de 36 jours. Dans l’espoir de voir le chef de leur parti à la tête du pays, ils délaisseront les salles de classe et allongeront leurs heures de travail.

Jeudi le 11 septembre, théâtre Le National. Le parterre de la salle est plein à craquer de partisans du Bloc québécois venus applaudir leur chef, Gilles Duceppe, à l’occasion de son investiture. Mathieu Noël, vice-président du forum jeunesse du parti, se faufile dans cette mare de gens, serrant les mains de plusieurs membres influents du parti sur son chemin. Cette soirée est la conclusion heureuse d’une semaine mouvementée pour cet étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQAM. En trois jours, il s’est rendu à Sherbrooke, à Saint-Bruno et à Montréal pour mobiliser les troupes.

Mathieu Noël est l’un des nombreux étudiants impliqués dans la campagne électorale en cours. Les partis politiques fédéraux n’hésitent pas à faire confiance à leurs jeunes et à leur confier de grandes responsabilités au sein de leur organisation. Christopher Young, étudiant au baccalauréat en journalisme à l’UQAM, est l’éclaireur au Québec du chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Jack Layton. «Je planifie la logistique de ses déplacements dans la province. Je lui indique les routes à prendre et l’accompagne lors de ses discours.»

 

Mathieu Noël applaudit son chef, Gilles Duceppe, lors d'un discours au théâtre Le National - photo: Marie-Dominique Asselin

Certains étudiants universitaires sont même candidats, tel François Fournier, sous la bannière libérale dans Verchères, et Maxime Clément, candidat bloquiste dans Lac Saint-Louis. Ce comté, une forteresse libérale de l’Ouest de Montréal, est un bon terrain d’apprentissage pour les nouvelles recrues, estime Mathieu Noël. «Le parti envoie souvent des jeunes dans ces circonscriptions pour leur fournir une expérience de campagne. Ils sont beaucoup plus impliqués et dévoués, et donnent leur 110%. Le politicien de 45 ans va penser seulement à sa carrière et à son nom, tandis que le jeune se battra vraiment pour ses idéaux.»

Concilier études et militantisme n’est toutefois pas une tâche facile. Pendant une campagne électorale, l’implication politique devient un travail à temps plein. «Pour militer, il faut faire certains compromis, admet Mathieu Noël. Il faut couper quelque part, et c’est souvent le sommeil qui écope. Je ne dors que deux ou trois heures par nuit.» Heureusement pour lui, il n’a pas de cours cette session puisqu’il est en période de rédaction. «Je me suis arrangé avec ma directrice pour pouvoir m’impliquer dans la campagne», explique-t-il.

Situation similaire pour Christopher Young, qui consacrera une centaine d’heures par semaine au NPD pendant la campagne. «J’ai dû aller à deux ou trois demi-cours cette semaine, avoue-t-il. Une chance que j’ai des amis sur qui je peux compter pour les notes de cours!» Les professeurs de l’UQAM sont, selon lui, assez conciliants. «L’Université valorise beaucoup l’implication politique et les professeurs sont ouverts à des arrangements».

Ahmad Nazah, étudiant au baccalauréat en économie à l’Université McGill et responsable de la campagne jeunesse du Parti libéral du Canada, réussit quant à lui à assister à toutes ses séances de cours. «Je me lève à 6h et je me couche à minuit et demi, explique le jeune homme. Tu ne comptes pas les heures quand tu aimes ça. C’est comme un sport, plus tu en fais et plus tu apprends». Ahmad est confiant d’arriver à concilier ses passions sans heurts. «Ça dépend de chaque personne. Le secret est d’être bien organisé et de bien équilibrer son temps. Ma priorité est l’école et le parti ne va jamais te demander de manquer un cours pour travailler. On peut jouer avec l’horaire, ce n’est pas du 9 à 5.»

La vie sociale en prend aussi pour son rhume. Moins d’amis, moins de sorties et moins de fêtes pendant la campagne, bien entendu. «Je peux m’en passer pour 36 jours, assure Ahmad. C’est compensé par le fait qu’on rencontre plein de gens. De toute façon, Stéphane Dion a dit que la campagne allait être un party en elle-même.» Christopher Young essaie malgré tout de conserver un contact avec le monde extérieur. «Ça me permet de sortir de la bulle, mais j’ai de la misère à décrocher parfois! Quand je vois mes amis, il y en a toujours un qui me demande pourquoi il devrait voter pour le NPD!».

Une question de conviction

La plupart des postes au sein des partis sont bénévoles. Dans ces circonstances, est-il parfois difficile de trouver la motivation nécessaire pour attaquer chacune des 36 journées de campagne? Les trois jeunes hommes sont unanimes: ils le font parce qu’ils croient profondément aux idéaux de leur parti. «Je rêve de l’indépendance du Québec, alors ce n’est pas grave de mettre beaucoup d’heures là-dedans», répond Mathieu Noël. «Quand je regarde les nouvelles et les annonces des autres partis, je crois sincèrement que le NPD est le meilleur pour le Canada», affirme Christopher Young, dont le travail est toutefois un peu rémunéré. «On ne fait pas ça pour l’argent, on le fait pour nous-mêmes et parce qu’on croit au parti», ajoute pour sa part Ahmad Nazah.

Même si aucun d’entre eux n’affirme rêver d’une carrière en politique, tous  les trois s’entendent pour dire que l’expérience qu’ils acquièrent au sein des partis est unique. «La politique touche à tout, que ce soit pour faire un budget, des communications, des relations de presse ou de l’organisation», explique le jeune libéral. «Ça permet de découvrir des compétences qu’on ne pensait pas avoir. Ça ouvre les horizons, c’est un job varié qui aide à déterminer tes intérêts», complète Christopher Young. Il croit également que son implication l’aidera à mieux comprendre les rouages de la politique dans son futur métier de journaliste.

Le PLC, le Bloc québécois et le NPD ont tous des ailes jeunesse très actives au Québec. Plusieurs centaines de jeunes y participent, parfois dès l’âge de 14 ans. Le Parti conservateur (PC) n’a quant à lui pas de groupe jeunesse dans la Belle Province. Le PC n’a pas retourné les appels de Montréal Campus.

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