Éloge de la foulosophie

Photo: Julien Houde 

Ses costumes colorés, lorsqu’il n’est pas tout simplement nu, son attitude déjantée et ses calembours aussi inusités que nombreux donnent l’impression que François Gourd est complètement fou. Mais si ce n’était pas plutôt la logique de la raison qui étouffait la folie créatrice qui sommeille en chacun de nous, demande-t-il?


Dans le cadre des Journées de la culture, François Gourd, iconoclaste de la scène culturelle montréalaise, cofondateur des Foufounes Électriques, ancien candidat du parti Rhinocéros et actuel président du NéoRhino, animera un café foulosophique  les 27 et 28 septembre. Ses peintures et ses sculptures sont également présentées au Centre d’exposition de Repentigny du 30 août au 28 septembre. Pour souligner ce «mois non-officiel du Gourd», Montréal Campus a rencontré le foulosophe dans son appartement sur le plateau Mont-Royal.

Montréal Campus: À quoi ressemblera le café foulosophique?
François Gourd: Ça va être assez désorganisé, comme d’habitude. Je n’ai pas vraiment encore de thèmes précis pour les discussions.

MC: Dans les dépliants annonçant votre café foulosophique, on mentionne que vous y parlerez de «la condition humaine afin de rétablir l’équilibre entre la raison et la passion.» Pourquoi aurait-on besoin de rétablir cet équilibre?
FG: Selon moi, l’humanité court à sa perte parce qu’elle a toujours écouté la raison, qui est du côté gauche du cerveau. Ça a pris toute la place par rapport au droit qui est le côté créatif, instinctif et intuitif. Un être équilibré, c’est quelqu’un qui a les deux. Je ne sais pas qui tu croises, mais les trois quarts des gens que je rencontre ne sont pas heureux, ils sont angoissés et stressés. D’après toi pourquoi les psychologues fonctionnent-ils autant?
Depuis le «je pense donc je suis» de Descartes, la philosophie est allée vers la vénération du cerveau et de l’intellect. Mais quelqu’un avec un quotient intellectuel élevé n’est pas grand-chose sans quotient émotionnel. Certains penseurs ont réalisé qu’ils ne sont pas heureux. Ils ont beau être de grands scientifiques, ils ont le côté droit atrophié. Ce n’est pas normal qu’un enfant rit de 700 à 800 fois par jour alors qu’un adulte ne le fait que de sept à huit fois. Où sont passés tous ces rires?

 

MC: Vous parlez d’un équilibre déficient entre l’intellect et l’émotion. En êtes-vous venu à la conclusion que notre société est malade?
FG:Tranquillement, oui. Déjà jeune j’étais un reject, un lunatique. J’avais des amis imaginaires. Mes parents ont essayé de me placer à Brébeuf, à Notre-Dame ou au Collège Bourget. Je n’ai jamais obtenu mon diplôme d’études secondaire. Mais quand je postulais pour une job, j’écrivais que j’avais 14 ans de scolarité. Dans les faits, c’était vrai avec toutes les années que j’avais doublées (rires).

MC: Vos actions sont dirigées vers une quête du bonheur et l’évitement du malheur. Qu’est-ce que le bonheur selon vous?
FG: C’est souffrir le moins possible, s’en faire le moins possible et être en santé. Encore là, c’est relié. Ceux qui ont fait des crises cardiaques parmi mes amis sont les plus stressés. Mais bon, chacun doit trouver ce qui vaut la peine d’être vécu. En 2006, à l’Université de Harvard, le cours le plus populaire a été Positive Psychology, qui apprend aux étudiants à se concentrer sur ce qui les rend heureux. L’idée, c’est de dire: «détendez-vous, relaxez». Les gens sortent de l’Université et travaillent comme des fous. Je me dis que s’ils faisaient un peu de création au lieu de regarder la télévision, ils feeleraient bien mieux.

 

MC: Regardez-vous la télévision quand même?
FG: Un peu, mais c’est souvent pour constater que câlice, c’est plate, ç’a pas d’allure! J’aime regarder les nouvelles pour voir comment fonctionne le monde, mais je préfère regarder un film que j’ai loué. Quand j’ouvre le journal dans la section arts et spectacles, il y a trois pages consacrées à la télévision. Le cerveau du monde est rendu comme du jello. Ils ne pensent plus, ils travaillent et s’assoient devant la télévision. Toute la téléréalité c’est d’une banalité. Star Académie c’est du manger mou pour l’esprit. Même pour les téléséries, c’est rare qu’on y trouve une grande intelligence.

 

MC: Selon vous, quelle est la place dans la société de la satire, du rire ?
FG: Dans l’histoire, ça vient de loin. Diogène, Aristophane, ce sont des philosophes qui tournaient en dérision une société toujours axée sur le pouvoir et le matériel. Eux proposaient plutôt l’imaginaire. Dans les déités, il y avait Dionysos, le dieu de la fête. Après on peut passer à Rabelais et à Érasme de Rotterdam avec Éloge de la folie. Ce livre-là fait juste dire dans un langage différent la même chose: amusez-vous plus, soyez moins sérieux, peu importe comment, chacun trouve sa méthode.
J’explique à mon garçon, maintenant jeune adulte, que j’essaie que mon mode de vie me coûte le moins cher possible pour moins travailler pour pouvoir faire autre chose. Je n’ai pas le temps de faire de l’argent, j’ai trop d’affaires à faire, dixit mon ami Armand Vaillancourt. Tu sais, à l’exposition de Repentigny, je fais juste dessiner des bonshommes un peu partout. Ça montre que quelqu’un ose présenter ses barbots, sa folie, sa créativité. Mon exposition peut donner envie aux gens d’être créatifs chez eux.


Pour ceux qui auraient envie de plonger dans l’univers de François Gourd, le joyeux luron a réalisé plusieurs longs métrages dont Masturbation libre, un film faisant l’apologie de l’onanisme et l’Avis d’un fou, une autobiographie chaotique recensant les plus grands moments de sa loufoque carrière. Le foulosophe se présente aussi aux élections fédérales sous la bannière NéoRhino, dans la circonscription Laurier-Sainte-Marie, contre nul autre que Gilles Duceppe.

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