Non classéTout le monde est comptant

Simon Granger27 août 20084 min

De nouveaux joueurs défient les coutumes du marché immobilier montréalais. Ils ont les poches pleines et une offre difficile à refuser: votre maison pour une pile de billets verts.

«J’achète des maisons cash». Ces mots se retrouvent sur des affiches dispersées aux quatre coins de la ville, dans les annonces classées et sur Internet. Le format est toujours le même: la phrase choc, suivie d’un numéro de téléphone, rien de plus. Ces publicités plutôt austères ont de quoi intriguer le consommateur averti et trotter longuement dans la tête de celui qui peine à arrondir ses fins de mois.

Pour quiconque doit se départir en vitesse de son domicile ou n’arrive plus à payer ses factures, l’idée de vendre sa maison pour de l’argent comptant devient une option alléchante. C’est exactement la clientèle visée par les compagnies comme Eureka service immobilier. «Le but est d’aider les personnes qui ne parviennent plus à payer leur hypothèque et qui reçoivent des avis pour leurs taxes, ou qui vivent des situations difficiles comme un divorce ou un décès», explique un représentant de l’entreprise, Ricardo Zéphir.

Malgré ces objectifs louables, Ricardo Zéphir ne cache pas qu’une telle initiative s’avère assez lucrative. L’offre faite aux clients est souvent bien en bas du prix du marché. «On n’a pas peur de dire qu’on fait de l’argent. Des fois, on achète des résidences à un prix ridicule. Mais on fait une offre et les gens ont le temps d’y penser. On achète les maisons pour le profit, pas pour l’habiter.»

 

Vente rapide

Ce qui pousse bien des gens à dire oui est l’idée de pouvoir se libérer de sa demeure en moins de temps qu’il n’en faut pour dire «bungalow». «On a les ressources pour acheter en 72 heures. Les gens apprécient de pouvoir vendre leur domicile rapidement.»

La procédure est simple. Un représentant visite la propriété, étudie l’état de la maison, la valeur de l’immeuble et les motifs de la vente, le tout sans frais. Une offre est ensuite déposée dans les trois jours. Cette démarche permet d’éviter le recours à un agent d’immeuble, un service qui peut engendrer des coûts additionnels d’environ 5% du prix de la maison. Pour une propriété de 250 000$, cette somme peut s’élever à 12 500$, sans compter les taxes. «Nous, on retire les frais d’inscription au marché et le jeu des négociations pour vendre rapidement» ajoute Ricardo Zéphir.

Le représentant ne voit pas de concurrence entre lui et les courtiers immobiliers et soutient que les agents eux-mêmes dirigent parfois leurs clients vers son entreprise. Un avis qui n’est pas partagé par une ancienne agente d’immeuble, Marilyn Cohen, qui possède aujourd’hui sa propre compagnie d’achat de maisons cash. «Je leur fais certainement de la compétition. J’offre un service unique et c’est ce qui fait que je suis puissante».

Selon elle, la procédure d’achat de maison pour de l’argent comptant serait tout à fait légale. «Tout est fait selon les normes de la business. Le processus est très transparent. Les évaluations sont faites par des professionnels, la transaction est reconnue par un notaire et les acheteurs ont les mêmes recours en cas de vices cachés.» Contrairement aux agents d’immeuble, qui ont l’Association des Courtiers et Agents Immobiliers du Québec, ces nouveaux entrepreneurs n’ont aucun ordre professionnel qui encadre et réglemente leurs activités.

Méthode peu connue

L’achat de maisons pour de l’argent liquide est encore peu commun au Canada. Cette méthode s’est d’abord développée en Floride, avant de se généraliser aux États-Unis à la suite du crash immobilier qui a frappé le pays. Les associations de protection des consommateurs contactées par Montréal Campus connaissent peu ces entreprises et n’ont jamais reçu de plaintes à leur sujet. Cependant, le responsable des communications à l’Union des consommateurs, Charles Tanguay, prône la prudence. «Spontanément, il faudrait se méfier d’une personne qui arrive avec une valise pleine d’argent. Mieux vaut passer par un autre mode de vente, surtout que le marché est favorable aux vendeurs ces temps-ci. Il est préférable d’attendre une ou deux semaines pour tirer le maximum de la valeur de sa maison.» Le relationniste n’approuve pas cette méthode qui vise une clientèle au prise avec une situation difficile. «Ces gens-là font de la spéculation. Ce n’est pas illégal, mais c’est regrettable. C’est un peu comme les pawnshops.»

Marilyn Cohen se défend bien d’exploiter la détresse des gens. Elle assure d’exercer son métier avec compassion et n’aider que les gens qui ont des motifs raisonnables de vendre leur maison, tout en mentionnant que plusieurs entrepreneurs de ce domaine sont des «requins» qui ne pensent qu’aux profits.

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