La génération du baby-boom entraînera bientôt ce qu’on appelle un « death-boom ». Face à cette vague de défunt(e)s annoncée, Viviane Louwet, thanatologue de profession, estime qu’il y a un « manque de personnel» dans l’industrie funéraire.
Avec le vieillissement de la population québécoise, le nombre de défunt(e)s enregistré(e)s augmente chaque année. Alors que l’Institut de la statistique du Québec a relevé 78 800 mort(e)s pour l’année 2024 dans la province, l’organisme estime que ce nombre atteindrait les 100 000 par année pour 2036.
Cette hausse s’inscrit dans un contexte où le paysage funéraire est déjà en transformation. En 1963, dans un contexte de modernisation de l’Église, le Vatican avait levé la proscription de la crémation, la réduction du corps humain en cendres étant jusque-là interdite par l’Église. Utilisée, à cette époque, pour seulement 2 % des décès au Québec, la crémation s’est progressivement imposée dans les pratiques funéraires, atteignant 72 % en 2015, d’après la Corporation des thanatologues du Québec.
Pourtant, selon Geneviève Soza-Florent, finissante en Techniques en thanatologie au cégep de Rosemont, l’incinération est appelée à son tour à diminuer. Elle considère que d’autres pratiques plus écologiques, telles que l’aquamation ou la crémation par l’eau, gagneront en popularité dans les prochaines années. Dans ce contexte de pénurie de main-d’œuvre, le programme de Mme Soza-Florent enregistre un taux de placement de 100 % des diplômé(e)s.
Enseigner la mort
Pour préparer la relève en thanatologie, deux programmes au collégial offrent une formation dans le domaine : le cégep de Rosemont, à Montréal, et le Campus Notre-Dame-de-Foy, à Québec. « Un des motifs principaux [d’inscription à la technique] est la curiosité de la mort », estime Sophie Benoit, coordonnatrice et enseignante depuis près de 30 ans à la Techniques en thanatologie du cégep de Rosemont.
Constatant la prédominance du style gothique dans ses classes, l’enseignante craint que certain(e)s de ses élèves optent pour son programme ne s’appuyant que sur des goûts passagers. « Être curieux de quelque chose, ça n’équivaut pas être capable de le faire », note-t-elle.
Pour ne pas brusquer les étudiant(e)s impressionné(e)s par la mort, elle s’assure de présenter la réalité du métier de manière graduelle. Selon Mme Benoit, « notre imaginaire face à la mort » est grand et ne se « déprogramme pas facilement ». Elle précise devoir « faire de l’apprivoisement » avec ses élèves.
Taux d’abandon élevé
« Plus on avançait dans les étapes, plus il y en avait qui quittaient, parce qu’ils réalisaient que la théorie, ce n’est pas la pratique », témoigne Viviane Louwet, diplômée de l’école funèbre et membre de la Corporation des thanatologues du Québec.
Elle est entrée au cégep avec 40 camarades de classe en 2012 et elle estime que 18 ont complété, avec elle, le programme. Elle trouve que c’était « beaucoup », comparé au nombre habituel de diplômé(e)s.
Ce taux d’abandon « est plus lié à une charge de travail qu’à une charge émotive », selon Sophie Benoit. Pour encourager l’entraide lors d’épreuves parfois exigeantes ou chargées d’émotions, elle mise sur la création de liens d’amitié entre ses élèves.
L’enseignante au cégep de Rosemont affirme que son programme dispose de ressources limitées pour offrir à ses élèves une représentation globale du métier. Les corps non réclamés ou donnés à la science permettent à ses étudiant(e)s d’apprendre la thanatopraxie.
La réalité du métier
En fin de parcours scolaire, comme tous les étudiant(e)s du programme, Mme Louwet a dû réaliser deux stages en thanatologie.
Elle déplore un écart frappant entre la formation théorique à l’école et la réalité du métier. « Ce sont deux mondes complètement différents », regrette-t-elle.
Une fois arrivée sur le marché des stages et du travail, Viviane Louwet considère avoir appris « sur le tas » certaines pratiques funéraires.
Elle se décrit comme un « caméléon », adaptant ses pratiques funéraires aux différentes croyances et religions pratiquées par les défunt(e)s.


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