L’astrologue Alexandre Aubry s’installe à son bureau et calcule la position des planètes qui lui permettront d’écrire son horoscope du jour. S’il affirme réussir à gagner sa vie avec l’astrologie, il va sans dire que les spécialistes qui réussissent à vivre uniquement de ce gagne-pain sont plutôt rares de nos jours au Québec.
Chez les Aubry, l’astrologie n’est pas prise à la légère. La mère d’Alexandre, Jacqueline, fait partie de ceux et celles qui l’ont popularisé dans les médias québécois. Elle pouvait vendre jusqu’à 30 000 livres annuellement dans les années 1990, ce qui lui rapportait près de 50 000 $, sans compter les émissions de télévision, les horoscopes et les consultations astrologiques.
Recopier un tel succès est presque impossible aujourd’hui, estime Alexandre Aubry, qui se considère chanceux d’en vivre pleinement. Pour plusieurs, il s’agit plutôt d’un métier à temps partiel.
Apprendre à lire les astres
Les formations pour devenir astrologue ne sont pas reconnues par le ministère de l’Éducation du Québec, ce qui rend la tâche complexe pour déterminer la qualité des services offerts par un(e) astrologue.
La formation la plus suivie demeure celle de l’Organisation de recherches interactives en astrologie naturelle (ORIAN), le groupe qui réunit les astrologues du Québec depuis 1978. Le cursus offert par l’ORIAN comprend des cours sur une période de trois ans pour une durée totale de 180 heures. Au menu : interprétations de thèmes natals (la position du Soleil, de la Lune et des planètes du système solaire lors de la naissance d’une personne), apprentissage des différents signes astrologiques, examens théoriques, etc.
Marie-Christiane Trudel enseigne et préside l’ORIAN depuis 2018. Elle juge que la formation offerte est « rigoureuse », compte tenu de l’ensemble des contenus d’apprentissage à maîtriser pour terminer le parcours ainsi que le corps professoral qui pratique l’astrologie depuis plusieurs décennies. Toutefois, aucune instance officielle en matière d’astrologie n’est en mesure d’établir des critères d’évaluation entre les différentes formations offertes sur le marché, hormis le bouche-à-oreille entre les initié(e)s.
« Depuis la pandémie, on a vu un intérêt soudain pour l’astrologie. Nous avons eu nos premiers gros groupes en 2020 et le nombre d’étudiant(e)s est constant depuis cinq ans », explique la présidente d’ORIAN. Mme Trudel a suivi cette même formation en 1979, un an à peine après la fondation de l’organisme.
Un constat demeure : parmi les étudiant(e)s qui terminent la formation de trois ans de l’ORIAN, à peine un sur dix vont pratiquer l’astrologie au niveau professionnel. La présidente de l’organisation n’est toutefois pas inquiète de cette donnée. « Beaucoup de nos étudiants suivent les cours seulement pour cultiver une passion. De toute façon, pour faire une bonne consultation astrologique, ça prend bien des années d’études et beaucoup de temps », indique-t-elle.
Sébastien Michel pratique l’astrologie et réussit en à vivre depuis 2008. Il s’intéresse aux arts divinatoires, comme le tarot, depuis son enfance. À la mi-vingtaine, il réalise que son amour des astres peut devenir un travail et il décide donc de suivre des formations privées auprès de l’astrologue américain Steven Forrest. M. Michel propose différents types d’enseignement en fonction de sa clientèle, soit des formations courtes pour les adeptes d’astrologie jusqu’à un cursus « complet » sur une durée de 18 mois. Avec des classes en ligne de plus de 80 personnes, l’astrologue de 46 ans note qu’environ le tiers de ses étudiant(e)s ont l’ambition de pratiquer l’astrologie au niveau professionnel, mais seuls 10 % d’entre eux et elles réussissent à tirer des revenus de cet art divinatoire.
Gagner sa vie grâce à l’astrologie?
Alexandre Aubry a commencé sa carrière au sein des radios communautaires de la Rive-Sud de Montréal en 2008 avant que la station montréalaise Rythme FM 105,7 le repère et lui propose des chroniques d’horoscope.
« Le directeur de la station est venu me voir pour me dire que mon segment est le plus écouté de toute la station. Les gens appelaient à la station et je devais rapidement faire leur portrait astrologique, c’était vraiment excitant », explique M. Aubry.
Il poursuit son parcours médiatique avec des segments dans deux émissions à V-Télé (l’ancêtre de Noovo) qui lui permettent d’être connu partout dans la province. Hélas, le professionnel du zodiaque a dû trouver d’autres types de revenus avec la fin de ses segments à Rythme FM en 2014 et, l’année suivante, de ses chroniques à la télévision. Il suggère l’hypothèse que la montée en popularité des réseaux sociaux au milieu des années 2010 et l’apparition de pages d’astrologie sur ceux-ci auraient contribué à une baisse de présence des horoscopes dans les médias.
Il est impossible de répertorier le salaire moyen d’un(e) astrologue au Québec, tant les sources de revenus varient entre ces derniers. Pour Alexandre Aubry, ce sont les consultations pour des cartes du ciel, la rédaction d’horoscopes pour des magazines, les conférences et la publication de son ouvrage d’astrologie annuelle qui lui permettent de gagner sa vie. « Si je réussis à gagner 50 000 $ par année, c’est une année chanceuse », lance ce dernier sur un ton optimiste.
Pour Sébastien Michel, les formations et les consultations représentent le cœur de son gagne-pain. Il s’est également lancé dans les vidéos YouTube, qui lui permettent de récupérer des bénéfices sur la publicité, a-t-il raconté au Montréal Campus, sans préciser le montant de ces revenus publicitaires. Vers 2015, Sébastien a quitté son emploi à temps plein dans une banque pour s’adonner complètement à l’astrologie, mais il a dû combler avec le tarot pour obtenir un bon salaire, raconte-t-il.
Réaligner les astres
L’astrologie a été catégorisée comme une science pendant plusieurs siècles avant que la discipline ne s’en distancie. Pour le président des Sceptiques du Québec, Michel Belley, l’astrologie, « c’est de la foutaise », une affirmation répétée maintes fois lorsqu’interrogé par le Montréal Campus.
Les Sceptiques du Québec sont une association qui veut encourager la pensée critique et défendre la méthode scientifique, notamment contre les différentes formes d’affirmations qui ne se basent pas sur la méthode empirique.
« Il n’y a que deux astres qui ont une influence sur le cours des événements sur Terre : la Lune et le Soleil. Le premier joue un rôle sur les marées et le second peut jouer sur l’humeur des gens avec le changement de saisons. Sinon, les astres sont trop loin de nous », explique le rédacteur en chef de la revue Québec sceptique.
De ce fait, comment expliquer que tant de personnes continuent à solliciter les services des astrologues? Michel Belley propose une hypothèse psychologique, celle de l’effet Barnum, un biais cognitif qui consiste à donner une description très vague à une personne pour qu’elle puisse s’y reconnaître. « Les gens prennent la phrase qui fait leur affaire, sans prendre en considération que le portrait astrologique entre souvent en contradiction avec leur propre personnalité », précise le président des Sceptiques du Québec.
« Ça demeure du divertissement avant tout et on peut résumer notre profession ainsi : nous ne sommes pas la voiture de la destinée des gens, mais plutôt les phares. On guide les gens, mais ils sont libres dans leurs choix », explique l’astrologue Alexandre Aubry.



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