Les arts performatifs oubliés, selon des artistes

Dans le cadre du budget fédéral 2025, le gouvernement de Mark Carney a annoncé qu’il bonifierait le financement du Conseil des arts du Canada (CAC) de six millions de dollars sur trois ans. Une mesure « nettement insuffisante » pour certain(e)s intervenant(e)s du milieu culturel. 

Le CAC, dans une réponse acheminée par courriel au Montréal Campus, affirme voir cet investissement comme un « un signe significatif du soutien continu envers les arts et de la reconnaissance des contributions essentielles du secteur à la vie canadienne ». Michelle Chawla, directrice du CAC, a soutenu dans une lettre ouverte adressée à la communauté artistique canadienne que son « message fort » avait été entendu par des dirigeant(e)s du pays.

En vue du dépôt du budget fédéral de l’année 2025, la Coalition canadienne des arts, un organisme fédéral de défense des intérêts de la communauté artistique, avait demandé qu’ 1 % du budget total soit accordé à la culture afin que celui-ci suive l’inflation. Toujours selon la Coalition canadienne des arts, parmi les organismes dont les besoins étaient « les plus criants » figurait le CAC, qui n’arriverait pas à remplir sa mission. 

Entre le début 2024 et la fin 2025, le nombre de subventions totales accordées pour le programme Explorer et créer, qui soutient la création artistique à différentes étapes de son processus, a chuté, passant de 2162 à 1735, selon les données ouvertes du CAC. 

La Coalition avait donc réclamé que 140 millions soient investis au CAC, un montant établi après des rencontres avec le Conseil pour déterminer ce dont il avait besoin pour subvenir aux demandes d’artistes. Au final, 6 millions seront accordés sur trois ans à partir de 2026, nettement en deçà des revendications de l’industrie. 

Insatisfaction d’une partie du milieu 

Karla Étienne, membre du comité directeur de la Coalition canadienne des arts, est, pour sa part, plus mesurée face à cette annonce, qu’elle perçoit comme un « pansement ponctuel » qui n’aidera pas l’organisme fédéral à soutenir plus d’artistes canadien(ne)s sur le long terme. La nature de l’usage des six millions additionnels reste encore inconnue, mais le CAC devrait annoncer des informations supplémentaires en début d’année. 

La déception se fait également entendre chez certain(e)s artistes québécois(es). Hugo Fréjabise, auteur, metteur en scène et membre de la Grande mobilisation pour les arts au Québec, a qualifié la lettre de Mme Chawla de « déraisonnable et insultante ». Selon lui, le 140 millions demandé par la Coalition représentait « le minimum », le CAC n’étant pas actuellement en mesure de répondre aux besoins des artistes. « Quand on parle de 16 % d’artistes qui ont été soutenus, c’est qu’il y a un vrai problème dans le système, juge-t-il. C’est comme si on était dans la catastrophe de la catastrophe. »

Il rappelle que le CAC est un subventionneur essentiel pour le milieu culturel québécois. L’organisme fédéral est connu pour avoir un taux d’acceptation moins élevé, mais des bourses plus généreuses par rapport à son équivalent provincial, le Conseil des arts et des lettres du Québec. 

Une imprévisibilité qui affecte les artistes

Étant également directrice générale de l’Assemblée canadienne de la danse, Karla Étienne explique que les demandes de subventions sont nécessaires à toutes les étapes d’un projet artistique et qu’il faut constamment « repartir à zéro ». Par exemple, si un(e) artiste obtient de l’argent pour la création, il doit refaire des demandes pour présenter son œuvre et la diffuser, alors que rien ne garantit qu’elles seront acceptées. « Tes chances d’obtenir une subvention ne sont pas liées simplement à la qualité de ton projet, c’est juste que le Conseil des arts n’arrive pas à répondre à la demande », précise-t-elle. Ce climat d’imprévisibilité élevé, selon Karla Étienne, fait en sorte que « la santé mentale des artistes est très touchée ». Ce point de vue est partagé par Hugo Fréjabise, qui témoigne de la vulnérabilité dans laquelle sont plongés des artisan(e)s de son domaine. « On voudrait juste pouvoir vivre minimalement de nos œuvres », réclame-t-il. 

Questionnée sur les autres mesures du budget, Mme Étienne remarque que l’administration Carney « a donné de l’argent aux industries culturelles qui propulsent l’économie », telles que l’audiovisuel et les festivals, qu’elle associe à la volonté du gouvernement de créer « un Canada fort », comme l’indique le titre du budget. « Je pense qu’il y a un doute qui subsiste sur l’apport économique des arts de la scène pour [Mark] Carney », songe-t-elle. 

Bien qu’elle salue toute mesure prise pour le milieu culturel, elle considère que les montants accordés aux autres industries culturelles sont disproportionnés en comparaison au financement du CAC.

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