La femme latina, figure hypersexualisée, souvent jouée par une actrice avec un corps courbé, envahit le cinéma. Cette mauvaise représentation est la preuve que cette industrie ne cessera jamais de nous discriminer.
Étant à moitié dominicaine, j’ai toujours eu de la difficulté à comprendre pourquoi je ne voyais pas de femmes comme celles qui m’ont éduquée au grand écran. Pourquoi choisit-on de laisser les stéréotypes parler en créant le personnage d’une femme hispanophone?
Désolée de vous surprendre, mais non, ma mère, mes tantes et ma grand-mère ne sont pas constamment en talons hauts et ne sont pas l’incarnation de l’amour et du sexe. Elles sont bien plus que ça, mais on ne semble pas le montrer à la télévision.
Gloria, dans la série Modern Family, interprétée par l’actrice colombienne Sofía Vergara, est l’exemple parfait pour comprendre cette représentation. Cette trophy wife, ou femme-trophée en français, avec une grosse poitrine et de belles hanches, prend plaisir à se maquiller, porter des chandails décolletés et crier lorsque non nécessaire.
Forcer le cadre
Vous remarquerez qu’il est très rare qu’on perçoive dans le cinéma une latina qui ne coche pas l’une des caractéristiques physiques et psychologiques de Gloria. La plus récurrente demeure les formes, notamment la grosseur des fesses et des seins.
On force ces personnages à entrer dans un cadre précis sans même leur laisser la chance d’en sortir. La protagoniste latina peut se retrouver dans n’importe quel emploi, histoire ou contexte. Une chose est certaine, elle restera toujours « sexy ».
En effectuant ce type de représentations, Hollywood s’attaque à notre culture et notre identité. L’industrie souhaite tellement nous sexualiser qu’elle en vient même à érotiser notre langue.
« Mami » – le mot que j’utilise pour appeler ma mère, cette femme forte et résiliente – est répété dans des contextes sexuels. Non seulement cela rabaisse la valeur du mot, mais cela alimente aussi la préconception que la culture hispanophone est basée sur le sexe.
Le coupable? Le male gaze présent dans l’industrie, soit la perception du sexe féminin à travers un œil hétérosexuel masculin. Les femmes sont dépeintes comme des objets passifs du désir, tandis que les hommes incarnent le désir et le sujet actif. Le personnage féminin initie très rarement une relation amoureuse, c’est son pendant masculin qui se retrouve dans cette position de conquête.
La majorité des protagonistes féminins à l’écran sont victimes de cette dynamique. Toutefois, lorsqu’on parle de femmes issues de minorités, dont les latinas, une dimension raciale vient s’y ajouter.
Hypersexualisée
Les personnes hispanophones sont souvent qualifiées d’« exotiques » en raison de leurs pays d’origine. La femme provenant de ces régions « lointaines » appartenant au « tiers monde » semble être « prête à se faire conquérir », selon l’imaginaire occidental hétérosexuel.
Cette fausse analogie renforce l’idée que la latina ne semble exister que pour répondre aux besoins de l’homme et qu’elle se soumet silencieusement à son autorité.
Cette conception des latinas dans le cinéma dépasse les limites de l’écran et se reflète dans notre société.
L’idée de cette femme hypersexualisée présentée à la télévision est fétichisée. C’est probablement pour cette raison que la catégorie « latina » fait fureur sur les sites de pornographie.
Au sein de la communauté latina elle-même, on peut également observer les conséquences de cette représentation. Plusieurs femmes se sentent obligées de rentrer dans ce cadre imposé par Hollywood.
En observant constamment ce genre d’exemples télévisés et de dynamiques, je constate que les jeunes latinas semblent croire que leur corps est leur seul attrait. C’est ce que l’industrie cinématographique nous implante comme pensée.
Nous sommes plus qu’un corps, plus qu’un simple désir, plus qu’un stéréotype. La culture, la langue et les valeurs sont riches et je ne pourrais pas être plus fière d’être latina.



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