Les saveurs dans les vapoteuses, vraiment bannies?

Le Montréal Campus a pu se procurer des produits de vapotage à saveur autre que celle du tabac, même si la vente de ces produits est officiellement interdite au Québec depuis le 31 octobre 2023. Enquête.

« Il y a des boutiques respectant plus ou moins la loi qui ont continué de vendre ces produits après le 31 octobre », observe Alex Beaucage, directeur des opérations chez Vaporus, magasin spécialisé dans la vente d’articles de vapotage.

Le Montréal Campus a pu prouver ces informations dans trois magasins de l’île de Montréal.

Phil, vapoteur depuis plus de cinq ans, a aussi remarqué le non-respect de la loi. L’homme de 21 ans déclare pouvoir « encore se procurer des cartouches et des vapoteuses jetables aromatisées dans deux magasins à moins de 500 mètres de chez lui ».

Le problème n’est pas seulement circonscrit à la métropole. À Kahnawake, réserve mohawk située à une vingtaine de minutes en voiture de l’UQAM, la vente d’articles de vapotage à saveur se fait à visage découvert. Le 12 janvier dernier, le Montréal Campus s’y est rendu pour constater qu’il est possible de se procurer des vapoteuses jetables pour 25 $.

Lorsque leur vente était légale, le prix de vapoteuses semblables oscillait entre 30 et 35 $ dans les magasins spécialisés sur l’île de Montréal.

Vérifications suffisantes?

La vente de produits de vapotage en ligne est interdite au Québec depuis 2015.

Toutefois, le Montréal Campus a pu en commander à partir d’un site ontarien. Au moment de la réception, seule une signature a été exigée par l’employé de Postes Canada. 

Aucune preuve d’identité pour vérifier l’âge de l’acheteur n’a été réclamée. Selon le site de la compagnie, une « signature d’adulte » est pourtant requise.

De son côté, le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS) assure avoir émis 13 avertissements de non-respect en lien avec le nouveau règlement sur le vapotage. Quelque 628 visites d’inspection ont été effectuées dans des points de vente par le MSSS depuis le 31 octobre 2023.

Vaincre la dépendance

Pour Nathan, un utilisateur d’articles de vapotage aromatisés de 20 ans, la loi n’a pas modifié ses habitudes de consommation. Après le 31 octobre, il a réussi  à cesser de vapoter pendant deux semaines. Toutefois, son cercle d’ami(e)s a continué d’acheter des vapoteuses à saveur. Cette exposition constante l’a graduellement ramené à ses vieilles habitudes.

Aujourd’hui, il continue d’avoir une vapoteuse à saveur avec lui. Connaissant des dépanneurs montréalais en vendant encore, Nathan n’a pas de problème à s’en procurer.

La loi a aussi affecté les personnes utilisant la vapoteuse comme moyen d’arrêter la cigarette. C’est le cas de Jean-François Aubé, 55 ans, pour qui les vapoteuses ont été une véritable bouée. Ce sont leurs saveurs qui l’ont éloigné de la cigarette. « Comme fumeur, les saveurs de tabac n’étaient vraiment pas bonnes. » Si la loi avait été adoptée plus tôt, il « ne sait pas comment il aurait fait pour arrêter ».

Aujourd’hui, il utilise des alternatives légales pour vapoter. Certains magasins spécialisés vendent maintenant des « rehausseurs de saveurs ». Ces additifs aromatisés aux goûts variés sont mélangés à un liquide contenant de la nicotine, créant un cocktail chimique similaire aux vapoteuses autrefois légales.

Un combat qui ne date pas d’hier 

Avant juillet 2021, la concentration de nicotine dans les vapoteuses pouvait s’élever jusqu’à 66 mg/ml. En réponse à une étude menée pour Santé Canada, le gouvernement canadien a modifié la Loi sur le tabac et les produits de vapotage afin de revoir à la baisse la concentration de nicotine, qui est depuis limitée à 20 mg/ml.

Cette étude parue en 2020 démontre que les jeunes Canadien(ne)s consommant des produits de 50 mg/ml et plus vapotent principalement pour « le sentiment d’euphorie (head rush) ». Ce sont 36 % des consommateurs et consommatrices interrogé(e)s qui disent vapoter du liquide à 20 mg/ml et plus. Cette dose de nicotine comporte davantage de risques pour la santé.

Alex Beaucage aurait priorisé d’autres solutions au bannissement total des saveurs autres que celle du tabac. Il donne l’exemple de l’Ontario, qui limite la vente de produits de vapotage à saveurs aux magasins spécialisés. Ainsi, les dépanneurs ne peuvent pas en vendre.

Le directeur des opérations chez Vaporus aurait également aimé que le gouvernement établisse un système de permis pour vendre ces produits. Il s’attriste de voir beaucoup d’argent envoyé au marché noir ou à d’autres provinces par les consommateurs et consommatrices québécois(e)s. « Je ne pense pas que la loi protège adéquatement la population », déplore-t-il.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *